Le recentrage

L'ancien président de la CSN, Gérald Larose, a raison de dire qu'au cours des dernières décennies, les négociations les plus dures avec les syndicats du secteur public ont eu lieu quand le PQ était au pouvoir.

Les décrets de 1983, qui avaient amputé de 20 % les salaires des employés de l'État, n'ont aucun équivalent sous un gouvernement libéral. Même dans l'opposition, le PQ n'a jamais cautionné une grève illégale, comme les libéraux l'ont fait en 1999.

Il est vrai que le PQ a longtemps confessé un «préjugé favorable envers les travailleurs», qui s'est manifesté notamment par l'adoption de la loi anti-briseurs de grève, mais il a aussi imposé le maintien des services essentiels en cas de grève dans le secteur public.

Ce n'est un secret pour personne que Lucien Bouchard souhaitait tout autant que Jean Charest modifier l'article 45 du Code du travail pour faciliter la sous-traitance. D'ailleurs, on attend toujours les conséquences catastrophiques que prédisaient les syndicats à l'automne 2003.

Si André Boisclair voulait un bel exemple de copinage entre un gouvernement péquiste et le monde syndical, plus précisément la FTQ, il aurait pu choisir celui de la Gaspésia, mais il ne voulait sans doute pas indisposer un prédécesseur aussi loyal que Bernard Landry!

Même si l'ancien premier ministre n'avait pas entretenu l'espoir d'un retour, M. Boisclair n'aurait pas pu compter sur son appui pour faire prendre un virage à la Tony Blair au PQ. Après la défaite d'avril 2003, des conseillers de M. Landry, en particulier le politologue Richard Nadeau, avaient vainement tenté de l'en convaincre. Dans son esprit, il n'y a jamais eu trop d'État.

Plutôt que de chercher à recentrer son parti, il a invité les syndicats à y former un nouveau «club politique», le SPQ libre, dont la présidente, Monique Richard, est finalement devenue celle du PQ. Le SPQ libre a été très actif pendant la «saison des idées», de sorte que le congrès de juin 2005 a eu pour résultat de réhabiliter la social-démocratie d'antan.

***

Pour devenir chef, M. Boisclair a dû promettre de faire sien un programme qui ne reflétait en rien ses convictions. À l'époque, il manquait de qualificatifs pour dire tout le bien qu'il en pensait.

Ses anciens collègues du caucus péquiste, qui le connaissaient bien, devaient pourtant savoir à quoi s'en tenir. M. Boisclair n'allait pas confier à un député de l'aile progressiste, en l'occurrence Camil Bouchard, qui ne l'avait même pas appuyé pendant la course à la direction, la maîtrise d'oeuvre de la véritable plate-forme électorale.

M. Bouchard a travaillé comme un forcené, mais il est vite apparu que ses vues très généreuses ne correspondaient pas du tout à la «doctrine Boisclair». Une pluie de mesures sociales coûteuses, mais rien pour augmenter la productivité et favoriser l'investissement. Sans parler de ce projet de constitution provisoire sur lequel Daniel Turp travaille depuis des années.

En réalité, parallèlement à ce comité officiel, un chef de parti confie toujours à un proche conseiller le soin d'élaborer les orientations qu'il entend présenter aux électeurs. Au PQ, la tradition veut que la plate-forme soit dévoilée à l'occasion d'un conseil national spécial tenu après le déclenchement des élections, alors que les militants sont placés devant un fait accompli.

Le 15 mars 2003, ils avaient approuvé sans la moindre discussion un document préparé par Richard Nadeau, qui ne prévoyait la tenue d'un référendum «qu'en accord avec la volonté populaire et lorsque la perspective d'une victoire apparaîtra clairement à l'horizon». De quoi faire passer Lucien Bouchard pour un aventurier avec ses «conditions gagnantes»!

À l'époque, M. Landry était premier ministre et les sondages laissaient espérer au PQ un troisième mandat d'affilée. M. Boisclair n'est cependant pas en position d'imposer ses volontés à son caucus. Il lui faudra faire des compromis, mais comment réunir en un tout cohérent des visions diamétralement opposées?

***

Au nom de la «cause», les chefs historiques du PQ ont réussi tant bien que mal à faire cohabiter les diverses tendances au sein du parti. Il y a cependant des limites à maintenir une coalition quand l'horizon recule sans cesse. M. Boisclair a beau répéter qu'il souhaite tenir un référendum le plus vite possible, qui y croit encore? En attendant, la vie doit continuer.

Que cela plaise ou non à ses militants, le PQ a perdu son innocence pour devenir un parti de gouvernement comme les autres. Certes, la souveraineté demeure l'article 1 du programme, mais pendant 18 des 30 dernières années, il a eu la responsabilité d'arbitrer les différents groupes intérêts qui s'affrontent au sein de la société québécoise. Il est inévitable qu'ils tentent de l'investir et le divisent.

Lucien Bouchard avait réalisé un véritable tour de force en 1996 quand il avait réussi à mobiliser tout le monde dans la croisade pour le déficit zéro. Seul le héros de la campagne référendaire pouvait imposer l'assainissement des finances publiques, avec son cortège de compressions douloureuses, comme passage obligé vers la souveraineté.

Pourtant, au bout du compte, Lucien Bouchard n'a pas réussi à transformer le PQ. Au contraire, c'est le PQ qui a eu raison de lui. À l'évidence, André Boisclair n'a ni le prestige ni l'autorité morale qu'avait l'ancien premier ministre.

Il a parfaitement le droit de penser que le programme du PQ ne correspond pas aux besoins du Québec de demain. Peut-être même a-t-il raison, mais il aurait fallu soulever ce problème à l'occasion de la course à la direction, pas à la veille du déclenchement des élections.

Faut-il comprendre que M. Boisclair entend demander à la population le mandat de répudier le programme de son parti après l'avoir lui-même encensé pour se faire élire chef?

mdavid@ledevoir.com

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3 commentaires
  • Robert De Blois - Inscrit 3 février 2007 06 h 30

    Le recentrage hypothétique du PQ

    On dit toujours et c'est également ma perception la plus forte que le PQ est une sorte de chapelle pour initiés, c'est à dire un regroupement de personnes ayant reçu une sorte d'illumination divine qui ferait passer les québécois à un état supérieur de comprèhension, d'affirmation et liberté au delà de toute espérance. Ausi, il est normal que ces personnes aient tendance à discuter surtout entre elles, oubliant de convaincre les reste de la population qui ne comprendra jamais rien et finira un jour par se retrouver devant un fait accompli. Tout ça semble bien relever d'une forme particulière de pensée magique et de la perception d'une réalité plutôt virtuelle que réelle.

    Selon mon expérience, et mes observations, votre article frappe dans le mille, en ce sens que les gens du PQ, particulièrement son aile gauche et syndical, semblent bien incapables d'effectuer quelque changement que ce soit au plan des idées et du programme, à moins d'aller encore plus loin dans l'idéal socio-démocratique et socialiste. L'alliance avec les syndicats et les mouvements de gauche, conjugés à une intervention étatique importante, ont toujours été les traits dominants des gouvernements du PQ.

    Mais paradoxalement, et en même temps, il est historiquement notée qu'avec ces gouvernements, les conditions de travail des employés des secteurs public et parapublic se sont détériorées d'une façon surprenante, que ce soit au plan salarial ou des avantages sociaux comme le régime de retraite. Peut-être que la culture du PQ et celle des syndicats, dans leur forme un peu dictatorial et très interventionniste, se sont conjugées pour rapetisser le simple travailleur de ces secteurs et l'obliger à se soumettre sans dicussion à une forme de dictat de penseurs plus éclairés que sa bonne base militante.C'est ainsi par exemple qu'aujourd'hui les retraités de ces secteurs, anciens cadres ou syndicalistes, et pour plusieurs anciens ou actuels militants du PQ se retrouvent dans des situations aberrantes au plan du maintien du pouvoir d'achat de leurs pensions, et en son réduits à quêter les miettes de bonne volonté et de collaboration que voudront peut-être un jour leur accorder les gouvernements et les syndicats.

  • richardle - Abonné 3 février 2007 10 h 05

    investir l'avenir

    Comme le retour sur le passé permet de mieux décrypter le présent et que le présent du PQ s'avère de plus en plus éloigné des besoins réels de la population, je pense que nous n'avons d'autre choix que de construire d'ores et déjà une alternative crédible à sa social-démocratie d'opérette. Lors des prochaines élections il nous faudra nous aligner sur le bien commun et voter Québec solidaire.
    Richard Lépine

  • Léandre Nadeau - Inscrit 3 février 2007 18 h 26

    Que fait le SPQ libre dans les instances démocratiques du PQ

    La Conférence des Présidents du PQ réunit les présidents élus par les membres du PQ dans toutes les régions du Québec. C'est l'instance démocratique la plus importante entre les Congrès. Comment se fait-il qu'un club de personnes non élues par les membres du PQ ait sa place dans cette instance? C'est une aberration et les membres nous l'ont exprimé lors de la dernière course à la direction du PQ. Le représentant du SPQ libre a recueilli moins de 1% des suffrages. C'est une bébelle anti-démocratique et les conséquences sont visibles. À titre d'exemple, aujourd'hui, j'écoutais les nouvelles sur les chaînes continues...Les deux anges du SPQ libre, Laviolette et Dubuc qui étaient présents à la Conférnce des Présidents, avaient autant d'exposure que le chef du PQ...Quand le PQ aura-t-il le courage d'effacer cette bavure anti-démocratique laissée par l'ex-chef?