Mieux-être - Gourmets avertis

Elles avaient lancé des centaines d'invitations et nous étions une quinzaine autour des tables du petit resto Le Flambard, rue Rachel, à Montréal. Julie et Lucie trouvaient finalement qu'il est difficile de nous joindre, nous les gens sollicités par toutes sortes de choses, dont notre famille, on l'a vu, n'est pas la moindre (ça m'a d'ailleurs fait sourire, cet étonnement de journalistes devant les résultats d'un sondage; il faut croire que les nouvelles reflètent la réalité, que les médias parlent de la vraie vie pour être étonnés de l'importance de la famille!)

Revenons à notre resto et à notre repas gastronomique, qui se donnait pour objectif de rallier plaisir des sens et bon sens. Lucie, déjà, a choisi pour son établissement une cuisine sans produits industrialisés et sans additifs chimiques; pour sa part, Julie, qui s'est lancée dans l'encadrement et l'aide, ce qui s'appelle coach en nutrition aux États-Unis, ferait bien une révolution du bon sens en alimentation.

Son bon sens signifie bonne alimentation, bien sûr, avec une conviction bien ancrée selon laquelle le biologique et le naturel ont la préférence. On y revient dans un instant. Le chef Martin s'était fait complice du concept en acceptant de mettre son talent et son temps au service de cette expérience; sa douce moitié et leur petite fille s'étaient installées un peu en retrait. La famille, yes sir, surtout un dimanche de congé!

Julie se proposait donc de partager avec nous ses connaissances et ses réflexions sur les aliments et notre alimentation. D'emblée, elle a avoué être à contre-courant. Elle a étudié en Californie au CHEK Institute, qui propose une vision holistique de l'alimentation (allez voir à www.chekinstitute.com, c'est intéressant). J'aurai fini par comprendre que contre-courant, pour Julie, c'est notamment une philosophie prônant de «manger le plus près de la terre» et proposant de mettre des bémols ici et là où le discours dominant est catégorique.

Prenons deux exemples: les gras saturés et le lait. On a diabolisé les gras saturés, dit-elle. Les toxines sont stockées dans les graisses, alors les viandes conventionnelles, on leur retire le gras, mais les viandes biologiques et leur gras biologique saturé biologiquement... non. Être à contre-courant, ici, c'est encourager les gens à manger de la viande.

«Le gras enrobe l'estomac et le protège de l'acidité, et les bons gras permettent de mieux assimiler les vitamines. Les clients végétariens que j'aide sont les plus carencés. Ils grignotent et sont de vraies bibittes à sucre. Et le sucre supprime le système immunitaire pendant quatre heures!», dit-elle. La dame assise en face, qui venait de se plaindre des gens qui mangent leur lunch en faisant une réunion le midi, a ajouté ceci: «Le manque de protéines a une influence sur le vieillissement de la peau, sans parler du manque d'énergie.»

On peut être végétarien et manger assez de protéines, voyons. Mais je n'étais pas là pour lancer un débat sur le végétarisme ou sur les méfaits du soya, un sujet qu'on a d'ailleurs effleuré... Donc, on a parlé du lait.

C'est Julie qui affirme ceci: «En pasteurisant, on tue les enzymes. Les enzymes sont nécessaires pour assimiler le calcium. Pasteur lui-même, sur son lit de mort, a dit que la pasteurisation n'est pas la panacée, qu'il faut aussi se soigner par l'intérieur.» Oh, j'ai hâte de lire vos courriels! S'il existe un dogme, c'est bien celui de la pasteurisation du lait. Vous connaissez la bataille que mène Carol Vachon à Québec pour qu'un jour nous puissions boire du lait cru. On a gagné le fromage, déjà, et Julie nous encourage à consommer du fromage de lait cru. Mais la bataille du lait...

Mais il ne faut pas oublier le chef Martin, qui venait nous présenter ses plats. Comme nous étions entre nous, il a consenti à nous livrer quelques-uns de ses secrets, et je vous dirais que ce n'est pas le moindre des plaisirs de la formule «gourmets avertis»!

Apprendre les trucs et les astuces d'un chef qui répond à vos petites interrogations, je connais ça de temps en temps avec Daniel Trottier à Ma vie en mains, l'émission à laquelle je collabore à la télé (SRC). Et franchement, on ne s'en lasse pas. Rien qu'avec la recette de la soupe au pistou du chef Martin, je peux mourir heureuse... Et repue.

Pour finir sur une note de santé, j'ai appris que les travaux de Weston A. Price inspirent notre coach et son approche nutritionnelle qui, finalement, peut se résumer ainsi: on vous dit de lire les étiquettes pour savoir ce que vous mangez, mais Julie vous dit ceci: on ne lit pas les étiquettes car on n'a pas d'étiquettes! On mange frais, nature, bio: «On ne peut pas être plus sain que l'aliment qu'on mange.»

Une petite expérience où la gastronomie se met au service de la nutrition, très tendance et... fort agréable!

- www.leflambard.com

- www.lajulie.com

- www.westonaprice.org, où il y a aussi de l'information pour les végétariens.

vallieca@hotmail.com

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2 commentaires
  • Yves Buguet - Inscrit 3 février 2007 09 h 57

    lunch

    Juste une remarque linguistique: j'observe que vous utilisez l'anglicisme lunch emprunté de l'anglais "luncheon" : morceau. ne tombez-vous pas sous le coup de la loi 101.
    Un petit français qui vous aime beaucoup.

  • Anouk Préfontaine - Inscrite 5 février 2007 10 h 23

    Des fraises en janvier? Non, merci.

    Bonjour Carole,
    Bien intéressante, l'amorce de ce mouvement plutôt «gros bon sens» qui émerge en ce moment dans les milieux les plus avant-gardistes. Paradoxalement, ces milieux avant-gardistes sont en fait partisans d'un retour aux sources, nutritionnel et ancestral, à savoir, «qu'est-cé qu'on mangeait donc en hiver qu Québec, y'a juste de ça 60 ans?» Réponse: certainement pas des fraises du Chili! Qui d'entre vous a préparé des panais cette semaine? Eh bien moi, si. Légumes-racine en hiver et petits fruits en saison. Est-ce bien difficile? Ragoûts et soupes l'hiver, têtes-de-violon et asperges au printemps; pommes, poires et noix en automne. Bananes? Ça pousse pas au Québec alors je n'en mange pas. Seule exception, les avocats, mon péché mignon. Et le lait cru? Absolument. Non altéré, ni tansformé, pompé, additionné, usiné. La viande? Bien sur. Agneau, dindon, poulet, boeuf, porc, tout quasi-bio. Vous vous demandez comment j'ai accès à tout ça? Je vis sur une ferme familiale" J'ai fais le choix de produire presque toute ma bouffe et celle de mes animaux moi-même. Vous n'avez pas accès à ca? Qu'à cela ne tienne! Un bon ami à moi dit toujours que c'est facile de faire son épicerie au supermarché: il s'agit de ne jamais aller dans les allées du milieu! En suivant les murs extérieurs du magasin vous passerez dans les rayons des légumes, fromages, viandes, poissons, produits laitiers, boulangerie et puis hop! à la caisse. On évite ainsi bien des maux et surtout et on s'épargne les listes d'ingrédients à lire (ou les stupides et inutiles valeurs nutritionnelles faites avec des moyennes et allouant 30% de marge d'erreur)! Maintenant, excusez-moi, j'ai un Osso Bucco sur le feu...