Et puis euh - Fascinons-nous

On dira ce qu'on voudra, et si on ne veut rien dire, c'est correct aussi puisque nous vivons dans une démocratie phénoménale où on peut raisonnablement s'accommoder de n'importe quoi, l'humain constitue un objet de fascination proprement immarcescible (c'est la fascination qui est immarcescible, pas l'humain, qui, lui, pèche par marcescibilité flagrante même s'il essaie de se faire accroire le contraire avec des gadgets comme la chirurgie plastique, le Grecian Formula 16 ou des espadrilles blancs neufs. Tout à fait, des espadrilles blancs neufs. On ne sait encore pourquoi au juste, mais lorsque l'humain de 60 ans et plus va se promener à pied dans une démarche touristique, il porte immanquablement des espadrilles très neufs et très blancs. Question de confort, rétorquerez-vous sans doute, mais cela n'explique pas pourquoi ils sont toujours très blancs. Et c'est là que j'interviens pour vous dire: parce que les vieux veulent se démarcescibiliser, mesdames messieurs.) Par exemple, prenez la décision annoncée par des sauteuses à ski canadiennes d'entreprendre des démarches sérieuses afin que la discipline soit ouverte aux femmes lors des Jeux de 2010, à Vancouver. «Il est terrible qu'au XXIe siècle, les femmes n'aient pas droit à un traitement égal», a dit Katie Willis, une sauteuse de 15 ans qui est actuellement la meilleure au pays et la sixième au monde.

Bien sûr, on aura compris que la fascination ne provient pas du fait que les femmes réclament l'égalité, y compris la possibilité de s'élancer du tremplin majestueux et de tutoyer les cieux en une phénixienne voltige semi-horizontale (quand on est poète, hein), mais de la réaction des gens lorsqu'on leur soumet la question pour fins de discussion autour d'enjeux de société. «Ouais ben, va falloir qu'on admette les gars à la nage synchronisée, d'abord», répond aussitôt l'humain, si si, vous essaierez, vous verrez. Et si vous voulez pousser un peu la réflexion en considérant ce qui n'est pas offert aux deux sexes dans le programme olympique, vous ne tarderez pas à vous imaginer un gymnaste masculin aux barres asymétriques — avec ce que cela suggère comme douleur par procuration dans la région —, un autre à la poutre et un autre lançant en l'air un ballon, un cerceau et un ruban tout en faisant des sparages sur le tapis. Car c'est là qu'on est rendu: tout doit être égal.

Il est en effet trop facile d'oublier qu'avec les progrès de la science sportive, il n'y a plus d'empêchements valables. Finis les préjugés d'antan, comme lorsque, il y a 50 ans à peine, on croyait qu'une femme endommagerait gravement sa santé si elle tentait de courir un marathon ou qu'un quasi-sexagénaire pourrait continuer à livrer de la grosse boxe professionnelle avec pas de casque comme Rocky Balboa le fait en ce moment même devant nos yeux ébahis.

Autre motif de fascination: l'amateur de sport lui-même. Alors là, il y a de quoi ne pas en revenir, peu importe où on est rendu.

La dernière fois, nous avions évoqué le sondage annuel que mène le magazine ESPN auprès de ce qu'il appelle la SportsNation, une espèce de genre de groupe de personnes qui forment un ensemble qu'on peut définir de différentes manières à la condition que le tout se fasse au sein d'un Canada uni. La SportsNation se reconnaîtrait d'ailleurs elle-même comme SportsNation, mais la NonSportsNation, selon des sources, considérerait de l'extérieur cette reconnaissance comme purement symbolique, enfin c'est très compliqué.

Donc, premier résultat fascinant: 13 % des amateurs croient que Dieu eux-mêmes en personnes — Ils sont bien trois, non? trois dans un? un programme triple, en quelque sorte — intervient directement dans les événements sportifs. C'est quand même plus de un sur huit, ça, mes amis. À votre place, je passerais au peigne fin la liste des participants à votre pool de quelque chose et je les soumettrais à une enquête de crédit. S'il y en a un seul qui entretient des connexions avec une force supérieure, il triche. Démasquez le coquin sans plus tarder. Cela, bien qu'il demeure relativement difficile de savoir de quel côté Dieu penche dans un match étant donné l'insondabilité légendaire de Ses voies.

Autre donnée que vous pouvez lancer à la cantonade dans un cocktail dînatoire pour un effet rosbif garanti: 56 % des fans croient que la lutte est arrangée.

Bon.

Ici, évidemment, la surprise étonnante réside dans le fait qu'il n'y ait que 56 % qui croient la lutte arrangée. Car on déduit aussitôt, exactement comme dans le cas de la nage synchronisée masculine, que c'en fait un sacré tas, cause de vertige démocratique puisque tous ces gens ou presque ont le droit de vote, qui sont persuadés du contraire. Certes, ici, on ne dispose pas de toutes les informations pertinentes, on ne sait pas si ce sont 44 % qui croient la lutte non arrangée ou si, là-dedans, certains ont dit ne pas savoir. Je me risque tout de même à émettre une hypothèse vlan dans les dents: quelqu'un qui ne sait pas si la lutte est arrangée ou non ne vaut pas mieux qu'un autre qui croit que la lutte n'est pas arrangée, aussi peut-on les mettre tous dans le même bain, et soyons-en sidérés. (J'espère que vous ne lisez pas ceci juste avant d'aller vous coucher, cela pourrait vous donner des cauchemars.)

Ces chiffres soulèvent quand même deux interrogations fondamentales induites par une analyse combinatoire complexe que j'ai élaborée au moment même où un ami lecteur, M. Carpentier, me faisait part d'une corrélation troublante* dans le merveilleux sportª: si Dieu intervient dans les événements sportifs, les événements en question s'en trouvent-ils dès lors arrangés? Et si on met quelques billets du dominion sur l'événement, s'agit-il d'un pari ontologique?

Vous ne le savez pas, hein? Je le savais. C'est parce que vous n'avez pas l'heur de faire partie du groupe d'élite: les 2 % qui disent qu'ils seraient absolument incapables de continuer à vivre si le sport-spectacle disparaissait.

(* Dans le match opposant votre Canadien à leurs Sabres mardi soir, deux joueurs portaient le numéro 51: Bouillon et... Campbell. Et dire que 51 est une marque de pastis, une boisson que je vois dans ma soupe. Scusez.)

La prochaine fois, nous verrons si ça sent vraiment la coupe et ce qu'il y a à boire dedans.

***

jdion@ledevoir.com

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5 commentaires
  • Louise Delisle - Inscrite 21 décembre 2006 09 h 28

    Espadrille

    Salut, chroniqueur remarquable! Je ne sais pas si les sportifs, ne l'étant pas moi-même, trouvent beaucoup de plaisir à lire vos articles, mais pour ma part, j'aime toujours vous lire quand même, vous êtes si amusant.

    Petite remarque: espadrille est un mot de genre féminin.

    Joyeuses fêtes, bonne année, et au plaisir de vous lire encore!

    Louise Delisle
    West Lake Ainslie
    Île du Cap-Breton

  • Pierre-R. Desrosiers - Inscrit 21 décembre 2006 10 h 30

    Que sent la coupe?

    Sachant que Jung a écrit: «Tout ce qui ne parvient pas à la conscience revient sous forme de destin», s'ensuit-il qu'une équipe sportive marquée par le destin est une équipe inconsciente? Et que si le Canadien est destiné à la Coupe (Ça sent la Coupe, je veux bien, mais que sent-elle? et que ressent-elle?), c'est que le Canadien est sans conscience? Cendrillon connaissait-elle Jung? Éclairez-moi, divin chroniqueur.

    Desrosiers

  • Michel Gauthier - Abonné 21 décembre 2006 14 h 54

    marcescibilité

    Ouais! Ça serait-y qu'avec vos espadrilles au masculin, vos talents littéraires soient menacés par la marescibilité?

    Que les trois Dieu et votre Ford intérieur nous en préservent !

    Joyeuse célébration du solstice d'hiver...

    Michel Gauthier

  • Claude Audet - Inscrit 28 décembre 2006 08 h 58

    À défaut de Gatorade !

    En effet, pour le croyant, ses succès sont souvent validés par l'intervention du divin (dépendant de sa religion). Et ils s'en trouve même qui croient être l'instrument de Dieu dans tous les aspects de leur vie, dans tout ce qu'ils font, à tous moments. Et quand ils ont à se dépasser, au-delà de la peur, de la douleur et de l'adversité, j'imagine que de se sentir propulsé par une force supérieure qui, soi-disant, les accompagne même dans la défaite, cela peut certes augmenter leur confiance et ainsi leur détermination jusqu'à la victoire, sinon offrir un certain réconfort devant l'échec.

    Étant croyant de nature en "des" forces supérieures (non de façon religieuse, mais plutôt gnostique), j'ai peine à constater qu'aujourd'hui, la motivation principale qui poussent un athlète à se surpasser ne soit plus de plaire à son Dieu (ou à ses dieux) ou encore à son pays comme jadis, durant des compétitions sur le mont Olympe contre des champions des contrées voisines, pas plus que de plaire aux fans dans la ville où il pratique son sport (on évite les critiques autant que possible, sinon on peut facilement se faire échanger quand le public ne nous aime plus). Non, la seule motivation valable aujourd'hui pour un athlète à donner son 110 %, c'est l'Argent. Car voilà, on a beau se moquer "des dieux" (trois ou plus... quand le diable est dans'cabane), faut tout de même réaliser qu'on a finit par Le ou Les remplacés par un autre dieu plus brillant, plus méritant, un dieu en "argent sonnant" : Le dieu CA$H, pour qui la majorité des amateurs de sports (87 % = différence du 13 %) et en fait, 87 % de tout l'Occident même, représente aujourd'hui l'unique raison de vivre et de "performer" en ce monde moderne, riche et... matérialiste au max, n'est-ce pas..?

    C'était quoi donc cette histoire du Veau d'Or dans la Bible, là là ?

    Or, il y a quelques années de cela, j'ai trouvé spécial qu'à la fin de certaines parties de football canadien, alors que tous les spectateurs se ruaient vers la sortie, certains joueurs provenant des deux équipes se réunissaient dans un coin du terrain pour prier Dieu ensemble, une minute ou deux, afin de le remercier, lui rendre grâce ou quoi encore... Le geste était touchant, non ?

    Pas un sujet facile, hein... Mais pour ce qui de savoir si Dieu intervient ou non dans les événements sportifs et donc, de s'interroger sur les résultats qui pourraient être "arrangés" ou prévus d'avance par une quelconque "intervention divine"... eh bien je dis : Non, moi, je n'y crois pas..! Je crois par contre que d'inviter simplement la Vie à venir nous "booster" un brin, le temps de gagner, ça, ça se peut bien...!? Ça fait peut-être plus d'effet que du Gatorade en tous cas. Mais si vous demandez à un certain copain à moi qui est croyant et qui a gagné 3 fois à la loterie en 7 ans pour un total accumulé assez "astronomique", je serai moi-même intrigué d'en connaître sa réponse..! Pas vous ?

    En passant, au hockey, vous avez remarqué ces gardiens buts qui se parlent tout seul quand le jeu se déroule à l'autre bout de la patinoire... Mais à qui parlent-ils donc ? Et vous, quand vous parlez tout seul, y a-t-il quelqu'un qui vous entend ? L'espéreriez-vous ? Et si c'était votre défunte belle-mère qui vous répondait... La considéreriez-vous comme une entité supérieure ou bien comme une émissaire de Satan ?!! Hihihi...

    Claude Audet, Montréal

  • anass bitrou - Inscrit 13 février 2007 07 h 45

    salut

    je veux travaillé avec vous par ce que je suis section lettre bacheliere et je suis modéliste des espadrilles sportive