Courants: D'un soleil à l'autre

Un mythe répandu: soleil pour soleil, tous les pays se valent et l'astuce consiste à acheter un prix. mais la tendance se situe à un autre rayon.


courants

Il y a de cela quelques dizaines d'années, l'évasion-soleil se résumait à quelques pays. C'était avant l'avènement des forfaits tout-inclus-tous-azimuts où le marché de la chaleur, calqué sur le modèle du Club Med, s'est mis à profiter de la manne des snowbirds en mal de répit hivernal. Si bien que certaines destinations classiques, telle la Martinique par exemple, sont tombées dans l'oubli des Québécois venus du froid. Un retour aux «sources» est-il possible?


Un mythe répandu: soleil pour soleil, tous les pays se valent et l'astuce consiste à acheter un prix. Bien sûr, il y a toujours des vacanciers qui s'acharnent à jouer aux poulets rôtis dans des basses-cours touristiques, mais la tendance va plutôt au rayon de la diversification.


Si les voyageurs québécois rêvent de la douce caresse du soleil sur la peau lorsqu'ils pataugent les deux pieds dans la neige, plusieurs d'entre eux recherchent aussi la chaleur des rapports humains dans le choc des cultures. Veulent comprendre le quotidien des gens qu'ils visitent. Aspirent à vivre des aventures originales.


Les destinations qui sont entrées dans la ronde universelle du tout-inclus, à peu près pareil partout, misent gros sur la conversion du roi soleil en touristicodollars. Et ratent bien souvent l'occasion de faire rayonner leur pays en développant du même coup «l'autre tourisme», plus fidèle et durable.


Consciente d'avoir été écartée des grands pôles-soleil de la terre, la Martinique lance une offensive sur les marchés canadien et américain, presque un cri d'alarme en fait, pour ranimer la flamme caraïbe. C'est que les aléas de l'offre et de la demande avaient fini par freiner les ardeurs des transporteurs aériens, qui n'offrent de vols directs sur cette île des Antilles que quelques mois par année, l'été, davantage donc pour la clientèle martiniquaise que l'inverse.


Avec pour conséquence un monotourisme de Français, qui y sont chez eux — parfois très, très chez eux —, et des prix rébarbatifs: grosso modo, le seul billet d'avion sur la Martinique se compare presque à une semaine tout-inclus en République dominicaine... République pour République, le calcul est facile à faire.


Pas étonnant que les décideurs touristiques de l'île antillaise réclament haut et fort une liaison aérienne directe Montréal—Fort-de-France tout au long de l'année, d'abord pour éviter les incongruités de transferts bizarres et ensuite pour restimuler la demande et ainsi exercer une pression à la baisse sur les tarifs. Des représentants de l'Office de tourisme martiniquais sont récemment débarqués à Montréal pour rencontrer des transporteurs aériens. Ils croisent les doigts: tous leurs projets restent tributaires de la mise en place de ces vols.


Outre le Club Med, la Martinique n'offre aucun forfait tout-inclus. Quelques hôtels proposent des demi-pensions, sans plus. «Quand on accueille un touriste chez nous, on l'accueille en Martinique, pas dans un resort, explique Miguel Laventure, président de l'Office de tourisme de la Martinique. C'est tout le pays qui est un resort. On veut que les viviteurs irriguent partout, échangent avec les gens, participent à la vie caraïbe... »





Francité, créolité, américanité


Belle philosophie, qui s'impose d'elle-même toutefois. N'oublions pas que nous sommes en France, avec les mesures sociales et les conditions salariales d'un département de l'Hexagone calquées sur celles de «la métropole», comme on appelle là-bas la patrie d'outremer. Ce qui en fait un heureux et parfois surprenant mélange de francité et de créolité, avec la contrepartie du prix à payer, plus élevé que dans les autres destinations-soleil. Ainsi, la Martinique ne sera probablement jamais un produit de masse. «Nous sommes spécifiques même dans les Caraïbes», martèle M. Laventure.


Il faut dire que les atouts sont de taille. D'abord, le Québécois y trouve dépaysement et exotisme dans sa langue.


Ensuite, les paysages rassemblent tous les éléments d'un écotourisme qui peut encore être développé: la mer, la montagne et toutes les nuances de microclimats qui y sont rattachées, la randonnée, la plongée...


Enfin, la gastronomie offre ses subtilités françaises à la martiniquaise, avec parfois un soupçon d'américanité. Tout cela dans une relative sécurité et sans le harcèlement qu'on retrouve à certains endroits, des aspects sur lesquels insistent évidemment les dirigeants touristiques du pays.


Nul doute que les baby-boomers québécois qui arrivent — ou sont déjà — à la retraite, qui ont du temps et de l'argent et qui se réclament de la différence, constituent, entre autres, une cible parfaite pour une Martinique à la recherche du touriste perdu.


«Pour des raisons de facilité, on a laissé tomber tout un marché en n'assurant pas de continuité», admet M. Laventure. Si bien qu'aujourd'hui, on trouve à peine 2 % de Québécois sur l'ensemble des touristes dans l'île, majoritairement français: tous les oeufs sont dans le même panier. Le moindre rhume dans la «métropole» et le tourisme risque de tousser fort en Martinique.


Vraiment, on n'a pas toujours idée à quel point les décisions qui se prennent dans les coulisses peuvent avoir des répercussions jusque dans le choix du soleil qu'on achète.





dprecourt@ledevoir.com