Le top 5 de 2006

1- La décision de Stephen Harper de transformer en perche une motion du Bloc québécois destinée à lui mettre des bâtons dans les roues en demandant à la Chambre des communes de reconnaître que les Québécois forment une nation a été l'événement le plus instructif de la dernière année en politique fédérale.

Ceux qui doutaient encore de la volonté du premier ministre de rebâtir une coalition électorale conservatrice qui inclut le Québec ont été confondus. En ralliant la plupart de ses députés purs et durs de l'Ouest canadien à sa résolution, M. Harper a démontré l'emprise qu'il exerce sur ses troupes.

La démission de Michael Chong, ministre en titre sinon en pratique des affaires intergouvernementales, aura été la seule égratignure subie par le premier ministre dans le cadre de cette opération. Son départ illustre surtout combien Stephen Harper gouverne en solo. Tenu à l'écart du dossier, M. Chong n'aurait pas dû avoir besoin de cinq jours pour prendre acte de sa trop grande insignifiance ministérielle. À l'évidence de sa confusion sur le sens de la résolution, le lieutenant québécois du premier ministre, Lawrence Cannon, n'était pas dans le coup non plus.

Enfin, le désarroi du Bloc québécois — qui a d'abord dénoncé avec véhémence le texte de la résolution parce qu'elle faisait allusion à l'existence d'un «Canada uni» pour ensuite l'appuyer à l'unanimité de ses députés — a démontré que la formation souverainiste ne s'est jamais complètement remise de l'électrochoc qu'avait constitué la victoire de 10 députés conservateurs au Québec en janvier dernier.



2- Le rôle central de la carte de l'environnement dans la victoire au leadership de Stéphane Dion a bousculé les calculs de l'establishment libéral et des autres partis. Les observateurs au congrès ont pu mesurer de visu l'effet rassembleur de ce thème sur les délégués. Pourtant, plusieurs stratèges étaient convaincus que c'était la carte de la nation qui allait faire la différence entre la victoire de leurs poulains respectifs et la défaite de Michael Ignatieff.

Dans cet esprit, les deux autres principaux candidats s'étaient positionnés pour bénéficier de l'élan anti-nation. Contrairement à Stéphane Dion qui avait donné au préalable sa bénédiction à la résolution de Stephen Harper et qui l'avait défendue et appuyée aux Communes, Bob Rae s'y était rallié à son corps défendant et seulement du bout des lèvres. De son côté Gerard Kennedy s'était campé en adversaire de la résolution. Leurs appels du pied n'ont pas eu l'effet escompté.

La victoire de Stéphane Dion et la montée de la question de l'environnement dans les préoccupations des Canadiens vont avoir comme première conséquence la production par le gouvernement Harper d'un plan vert plus musclé défendu, selon toute vraisemblance, par un ou une ministre mieux armé que Rona Ambrose, grièvement blessée au champ d'honneur d'un gouvernement trop lent à se mettre au goût du jour.



3- L'arrivée d'Elizabeth May à la tête du Parti vert, ponctuée par sa seconde place dans London-North-Centre aux élections complémentaires du mois dernier, a illustré combien la connexion de la cadette des formations politiques fédérales avec une activiste de premier plan pourrait bouleverser les règles du jeu au prochain scrutin.

Dans un premier temps, le débat sur la pertinence d'inviter le Parti vert à participer aux débats des chefs de la prochaine campagne électorale est relancé. Ce parti a-t-il moins sa place sur ces tribunes que le Bloc québécois qui ne présente aucun candidat dans neuf provinces, ou le NPD dont les candidats font strictement acte de présence depuis des lunes au Québec comme en Alberta? Les autres partis vont-ils vraiment vouloir avoir l'air de conspirer avec les réseaux de télévision pour exclure la seule femme à diriger un parti fédéral de l'exercice? Aura-t-on un débat similaire sur la présence de Françoise David et de son collègue du Parti vert aux prochaines élections québécoises?

4- Le vote de la Chambre des communes sur le prolongement de la mission canadienne en Afghanistan jusqu'en 2009 a été la première grosse erreur stratégique de Stephen Harper. La manoeuvre a isolé les conservateurs des autres partis sur une question controversée. Elle a également privé le gouvernement canadien d'un levier dans sa campagne pour convaincre ses partenaires de l'OTAN de pousser davantage à la roue en Afghanistan.

Cette erreur de débutant aura des conséquences sur la prochaine campagne fédérale, mais il est trop tôt pour dire lesquelles. Derrière le noir et blanc des sondages d'opinion se cache en effet une véritable zone grise qu'aucun parti n'a encore vraiment réussi à cerner.

5- La défaite de Bernard Lord en septembre au Nouveau-Brunswick — malgré un certain retour en grâce préélectoral — aurait joué un rôle important dans la décision de Jean Charest de ne pas faire rouler les dés en envoyant à son tour le Québec aux urnes cet automne. Maintenant qu'il est disponible, plusieurs s'attendent à ce que M. Lord fasse le saut en politique fédérale.

L'arrivée de ce conservateur identifié à la branche progressiste de la droite canadienne, et dont les états de service — malgré sa défaite — font un aspirant légitime à la direction éventuelle du parti fédéral, donnerait du tonus à l'équipe électorale de Stephen Harper tout en installant un prétendant éventuel à son trône au sein de son gouvernement. Sait-on jamais, les conservateurs — s'ils perdaient des élections d'ici là — pourraient fort bien être à la recherche d'un nouveau chef à la même date l'an prochain.



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Là-dessus, je vous quitte jusqu'au 22 janvier. D'ici là, joyeuses fêtes.

chebert@thestar.ca

Chantal Hébert est columnist politique

au Toronto Star.