Bulletin de l'opposition

François Legault s'est finalement remis de son piteux désistement de la course au leadership du PQ. Le député de Rousseau a été le meilleur de son camp au cours de la dernière session. Dès la première semaine, il a poussé le ministre du Développement économique, Raymond Bachand, dans les câbles, jusqu'à ce que l'intervention mal avisée d'André Boisclair lui permette de se dégager. Il s'est appliqué à tourner le fer dans la plaie du ministre des Finances, Michel Audet, qui avait commis l'erreur de chiffrer le déséquilibre fiscal à 3,9 milliards. Les amendements qu'il proposait à la Loi sur les heures d'ouverture des commerces auraient constitué des balises utiles au «droit à l'escalope». A-.

Mario Dumont a connu sa meilleure session depuis la débandade adéquiste du 14 avril 2003. Il a été particulièrement mordant dans sa critique du bilan gouvernemental en matière de santé. Sa sortie sur les abus de l'accommodement raisonnable ont rejoint les préoccupations d'une bonne partie de la population. En recrutant Gilles Taillon comme président de l'ADQ, il a un peu redoré l'image de son parti. B.

Camil Bouchard (Vachon) n'est pas le député le plus spectaculaire de l'Assemblée nationale, mais ses interventions sont toujours bien ciblées. Il peut s'enorgueillir d'avoir contribué à faire reculer le ministre de l'Éducation, Jean-Marc Fournier, sur la question de la taxe scolaire. B.

Louise Harel (Hochelaga-Maisonneuve) ne semblait pas fâchée d'en finir avec l'intérim au poste de chef de l'opposition. Il lui aura fallu du temps, mais elle a finalement trouvé la faille dans la cuirasse du ministre de la Santé, Philippe Couillard. Elle y a mis beaucoup de coeur, donnant même l'exemple de sa propre mère, hospitalisée à Sacré-Coeur, qui avait attendu 28 jours avant de pouvoir prendre un bain. B.

À cause de ses manières doucereuses, Marie Malavoy (Taillon) peut sembler inoffensive, mais il ne faut pas la sous-estimer. Avec beaucoup de finesse, elle a le don de faire ressortir la vacuité, voire le ridicule des propos de la ministre des Relations internationales, Monique Gagnon-Tremblay. Comment l'entente sur la représentation du Québec à l'UNESCO peut-elle être à la fois une «simple entente administrative» et une «entente historique»? B.

***

À l'image de la session qu'a connue l'opposition, Diane Lemieux (Bourget) n'avait pas son feu habituel, même si elle s'est payé la traite avec le discours à 10 000 $ de Line Beauchamp. Son habitude de renchérir sur les questions de ses collègues lui joue parfois de vilains tours. Jeudi, elle s'est fait rembarrer par le premier ministre Jean Charest, qui a pris à témoin la nouvelle recrue du PQ, Pierre Curzi, qui a vu un grand progrès dans l'entente sur l'UNESCO. B-.

Le PQ ne voulait rien savoir de la réforme du mode de scrutin, mais Luc Thériault (Masson) peut difficilement prendre le crédit de l'enterrement que lui a réservé Benoît Pelletier puisqu'il n'a pas posé de question sur ce sujet au cours de la session. En revanche, il a pris complètement au dépourvu le ministre des Transports, Michel Després, en lui apprenant que le train de banlieue sur le tronçon Mascouche-Repentigny traversait la zone de sécurité d'une usine d'armement. B-.

Au dernier conseil national du PQ, Rita Dionne-Marsolais (Rosemont) est intervenue avec beaucoup d'émotivité pour empêcher les délégués d'adopter une résolution demandant à un éventuel gouvernement péquiste de nationaliser la production d'énergie éolienne. Ils n'en ont tenu aucun compte. Elle a eu plus de succès en commission parlementaire quand elle a accusé Hydro-Québec d'être de collusion avec le gouvernement Charest pour atténuer la hausse des tarifs d'électricité à la veille des élections. C.

Le PQ a commis une grave erreur en refusant de participer à la coalition pilotée par Claude Béchard pour forcer Ottawa à financer le plan québécois de lutte contre les changements climatiques, Le résultat a été que Stéphane Bergeron (Verchères) s'est mis lui-même sur la touche dans un débat de première importance. C-.

Claude Boucher (Johnson) a une fâcheuse propension aux déclarations intempestives. Se présentant comme l'organisateur en chef du PQ en Estrie, il s'était engagé solennellement à ce qu'un gouvernement péquiste annule la vente du mont Orford quoi qu'il advienne. André Boisclair a dû le ramener à une vision plus réaliste des choses. C-

***

Daniel Turp (Mercier) a connu une session misérable. Après la belle bataille qu'il avait menée pour que la lumière soit faite sur le financement du Festival international du film de Montréal, il est soudainement devenu muet sur presque tous les dossiers culturels. Il a peut-être été démoralisé par le désintérêt d'André Boisclair pour un projet de constitution provisoire d'un Québec souverain, sur lequel il travaillait depuis des années. D.

À l'occasion de l'inauguration d'une bibliothèque dans son comté, Jonathan Valois (Joliette) s'est laissé aller à douter d'une victoire du PQ aux prochaines élections. Pour se justifier, il a expliqué qu'il ne voulait pas froisser les partisans libéraux qui étaient présents. Il ne manque pas d'agressivité, mais le style «barre à clou» a ses limites. Un dossier aussi complexe que les relations fédérales-provinciales et la Constitution demanderait plus de subtilité. D.

Le club des silencieux, qui regroupe les députés de l'opposition n'ayant posé aucune question pendant la session, connaît une expansion inquiétante. On y retrouve les péquistes Rosaire Bertrand (Charlevoix), Jacques Côté (Dubuc), Guy Lelièvre (Gaspé), Sylvain Pagé (Labelle), Hélène Robert (Deux-Montagnes) et Cécile Vermette (Marie-Victorin), les adéquistes Sylvain Légaré (Vanier) et Sylvie Roy (Lotbinière) ainsi que le député de Mégantic-Compton, Daniel Bouchard, que personne n'a vu depuis des lustres. D.

Le député adéquiste de Beauce-Nord, Janvier Grondin, est un homme pittoresque et sympathique, mais il dit parfois des choses étonnantes qui pourraient lui valoir le prix de la pitrerie de l'année. En commission parlementaire, il s'est inquiété de l'état de la couche d'ozone, mais il ne semblait pas très bien informé: «Le trou est-tu réparé aujourd'hui?» E.

mdavid@ledevoir.com

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.