Bien manger quand on n'a pas les moyens

Fruits et légumes sont essentiels dans une saine alimentation. Avec un peu de débrouillardise, on peut parvenir à bien manger, même quand on est démuni, en déterminant, par exemple, à quel moment acheter le meilleur produit au meilleur prix et à
Photo: Fruits et légumes sont essentiels dans une saine alimentation. Avec un peu de débrouillardise, on peut parvenir à bien manger, même quand on est démuni, en déterminant, par exemple, à quel moment acheter le meilleur produit au meilleur prix et à

Peut-on bien manger quand on est démuni? La réponse est non, sauf si on a accès aux ressources de base pour par cher. Dur constat toutefois quand on s'aperçoit que le monde rural ne vit pas mieux et ne s'alimente pas mieux malgré la proximité des ressources dont il jouit.

Ce constat d'échec est lié à la méconnaissance des aliments mais aussi et surtout à l'aseptisation de la nourriture offerte dans les commerces de grandes surfaces, au changement des habitudes de consommation, à la publicité et au désir de calquer les modes de vie urbains, notamment la malbouffe.

Certaines personnes arrivent néanmoins à survivre de façon presque agréable en jonglant avec les spéciaux et en usant de toutes les ressources qui s'offrent à elles. Une partie de la solution passe par les cuisines collectives et la conserve mais aussi par la capacité de déterminer à quel moment acheter le meilleur produit au meilleur prix et à quel endroit.

Évidemment, il faut exclure certains aliments à cause de leur prix de base. À l'exception de quelques espèces dont on ne sait que faire, le poisson est un exemple de denrée inaccessible, sauf pour ceux qui le pêchent. Les spécialistes de l'alimentation s'entendent pour promouvoir la consommation des poissons riches en vitamines B, en oméga-3 et en protéines, qui atteignent toutefois des prix exorbitants, même les poissons dits des pauvres.

Par exemple, la morue, jadis considérée comme un poisson de pauvres, est aujourd'hui devenue un poisson de riches. En effet, sa raréfaction en a multiplié le prix par cinq en dix ans.

Pour la viande et la volaille, il faut s'attendre à payer cher pour obtenir des parties nobles ou des morceaux sélectionnés. Et on ne parle même pas ici de filets mignons ou d'entrecôtes mais de parties moins éminentes quoique tout aussi savoureuses. Ce sont les morceaux à braiser et à bouillir ainsi que les abats, par exemple le foie, le coeur et les rognons, dont certaines sociétés ont depuis longtemps appris, par nécessité, les qualités nutritives, sans oublier leur prix très raisonnable.

Au Québec, nous devrons réapprendre à faire nos achats si nous voulons nous alimenter autrement. Il nous faut changer notre comportement par rapport à la nourriture, comme nous le faisons avec l'environnement. Pourquoi ne pas enseigner aux familles dans le besoin la richesse nutritionnelle d'aliments comme les légumineuses et des façons de les apprêter pour qu'ils soient bons au goût?

Et le fast-food, contrairement aux apparences, coûte cher et s'adresse lui aussi aux plus démunis. Il cause des torts irréparables dans notre société, qui commence timidement à le dénoncer.

Malgré tout cela, certaines familles à faible revenu réussissent à faire des miracles au quotidien dans leur cuisine. Selon Mme Traoré, il est possible de faire manger une famille de quatre personnes pour moins de 10 $ par jour. Il faut simplement user de débrouillardise et courir les aubaines, les fins de stock et les spéciaux des circulaires.

C'est toutefois un travail à temps plein pour cette mère de famille au chômage qui assure seule la garde de trois enfants.

Les aliments miracles

Dans son petit appartement de trois pièces et demie dont elle garde jalousement l'adresse dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, Mme Traoré passe une grande partie de la journée à cuisiner. «Moins en hiver», assure-t-elle en me montrant sa réserve de conserves de piments, de tomates, de gombos ou encore de fèves, qu'elle a préparées au moment fort des récoltes.

Presque fâchée lorsque je lui demande comment elle y arrive, elle me répond du tac au tac: «Chez nous, en Afrique, on avait moins d'argent et moins de produits à notre disposition, et on mangeait sans crever de faim. Aujourd'hui, les gens ne veulent plus cuisiner... C'est la faute à la télé!»

Selon elle, les habitudes de consommation nord-américaines doivent changer. «Tous les jours, mes enfants mangent à leur faim du riz, du manioc ou encore des purées de maïs, de haricots rouges, et même des gourganes du Lac-Saint-Jean, assure-t-elle en riant aux éclats. Et puis, on achète chez Samy Fruits, au marché Jean-Talon. Ce n'est pas cher, mais il faut savoir quoi acheter.»

Elle poursuit en m'assurant qu'il en est de même pour le poisson. «Vous, dit-elle en pointant son doigt vers moi, vous achetez toujours les mêmes poissons: du saumon, des filets, du thon... Normal que ça coûte cher. Nous, on achète les restes ou les espèces dont les Blancs ne veulent pas et on fait de la soupe, du poisson au four et de la sauce tomate qu'on mange avec le riz.»

Au menu du lendemain, Mme Traoré pense déjà à faire cuire longtemps à feu doux des joues de boeuf qu'elle accompagnera de banane plantain et de haricots rouges. Le dimanche, après la messe, on se retrouve tous avant le foot pour manger du poulet avec de la semoule et de la sauce aux piments ou aux arachides, et tout le monde est content.

Pour Mme Traoré, on est pauvre dans la tête parce qu'on veut le rester. Cadeau du ciel, elle venait tout juste de recevoir sa dinde pour Noël, «de quoi manger pour longtemps, et ça va me permettre d'acheter pour les plus petits des jouets chez Dollarama. Ils ne le savent pas, eux!»

L'orange de Noël

Et pourtant, il existe de l'aide humanitaire. Les banques alimentaires se vident d'ailleurs à vue d'oeil mais sans jamais régler le problème. Aujourd'hui, l'orange n'est plus l'emblème de Noël et de la pauvreté; dans une famille à faible revenu, ne plus avoir de bière, de boissons gazeuses, de chips ou d'ailes de poulet épicées, c'est pire que de manquer de fruits et de légumes.

Les habitudes alimentaires sont enracinées et les changer constitue un parcours du combattant qu'il faut commencer très jeune. Pour Mme Traoré, il y aura à Noël les clémentines pour l'odeur, la dinde pour la fête et le riz pour accompagner la dinde. Après, on mangera les restes, puis on reprendra ses habitudes: Samy Fruits, la circulaire, l'aide alimentaire et la tournée des adresses qu'on s'échange dans la communauté. Si elle achète les bananes mûres à 25 ¢, ce n'est pas pour faire du pain aux bananes mais parce que c'est ainsi qu'elles sont à leur meilleur.

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Voici les résultat des tests de foie gras au torchon, réalisés à l'aveugle samedi dernier sur les ondes de la radio de Radio-Canada. Cinq produits parmi les meilleurs du Québec ont été testés.

Critères: apparence, couleur, texture, morceaux apparents, dosage des épices et assaisonnement, équilibre total. Notes: de un à cinq points par critère, cinq points étant la note la plus élevée.

- Première position: foie gras traiteur préparé par La Queue de cochon, rue Saint-Hubert, Montréal: 62 points.

- Deuxième position: foie gras traiteur préparé par Denise Cornellier Traiteur, rue Laurier, Montréal: 58 points.

- Troisième position: foie gras Palmex Rougié, disponible dans les épiceries fines et les grandes surfaces: 45 points.

- Quatrième position: Palmex Rougié, foie gras Élevages du Périgord, disponible dans les épiceries fines et les grandes surfaces: 43 points.

- Cinquième position: foie gras Champs D'Élysées, disponible dans les épiceries fines et les grandes surfaces: 39 points.

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Biblioscopie - Recettes faciles

Collection «Marabout chef»

119 pages, 2006

Nous connaissons depuis longtemps cette collection qui nous garantit des recettes testées trois fois. Voilà des recettes très faciles, simples et peu coûteuses à découvrir. Un livre pour tous et pour toute l'année.

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Philippe Mollé est conseiller en alimentation. On peut l'entendre tous les samedis matin à l'émission de Joël Le Bigot, Samedi et rien d'autre, à la Première Chaîne de Radio-Canada.
 
2 commentaires
  • Claude Stordeur - Inscrit 15 décembre 2006 23 h 48

    Ce qui revient chère

    ce sont les transformations et les animaux d'élevage en sont une. Il faudrait un temps de guerre pour que gens réapprennent a cuisiner avec les produits de base. Je fais mon pain moi même, avec un investissement de 50.00 on peut se procurer une boulangeuse qui fait tout le travail et a un prix vraiment intéressant pour un pain dont je connait la teneur, au environ de 60 cents le pain de 600gr. Cela me prend 5 minutes a mettre les ingrédients dans la cuve de cuisson et le reste se fait tout seul.

    Même si on en a les moyens, il faut changer nos habitude alimentaire qui sont bien trop riche pour les " sans exercice" que nous sommes. Et avec justesse, vous signalez les haricots et autre gourgounes qui bien préparée avec un peu de poisson ou de viande font un repas trés équilibré et a un prix de revient excellent.

  • Joane Hurens - Abonné 16 décembre 2006 12 h 25

    Les sardines et le congélateur!

    Bonjour monsieur Mollé,
    Viens de lire votre chronique que j'ai particulièrement appréciée cette semaine.

    Ce serait bien qu'il y ait un ou deux livres de recettes et de trucs pour économiser, simples à consulter. Comment nourrir sa petite famille avec moins de 10$ par jour? Avec des menus à la semaine. Comment faire des conserves? Comment exoliter les vertus d'un petit congélateur pour les bleuets et les fraises «à la mode Pinard», les poivrons verts, les piments de toutes sortes, les poireaux, jus de carottes, etc. Il me semble que de tels livres de recettes pourraient être distribués gratuitement la fondation Chagnon par exemple pour aider ceux et celles qui ne savent pas comment «étirer» un morceau de viande.

    Peut-être pourriez-vous démarrer un blogue de volontaires? Je ne suis pas une grande cuisinière mais je pense qu'il y en a comme moi qui ont quelques idées de présentations «andragogiques» accrocheuses et quelques trucs qui viennent de l'économie familiale traditionnelle. Enfin, je devrais sans doute m'inscrire à une des cuisines collectives de la Rive-Sud où j'habite pour mettre quelques'unes ces belles idées en pratique.
    Les oméga-3 en passant: une salade de légumineuses accompagnée de sardines à la moutarde à 87 cents la boîte, c'est pas mal du tout!
    Le principe de ce livre et/ou CD-ROM serait de réunir tous les trucs simples pour bien manger en une présentation la plus accessible possible.

    Voilà. Peut-être pas originale. Mais c'est ce que votre chronique d'aujourd'hui m'a inspiré.

    Joane Hurens
    Saint-Lambert

    ps: un petit congélateur, ça coûte environ 200$. Le ministère des Affaires sociales pourrait par exemple mettre un programme d'accès à un congélateur si le ou la responsable de la bouffe à la maison s'engage à participer pendant un an à une cuisine collective.