Nanotechnologies - L'infiniment petit n'intimide pas (encore) le consommateur

Cette image électronique illustre comment les nanotechnologies peuvent traiter l’infiniment petit comme la molécule. Le fruit de la nanoscience, remplie de promesses mais aussi de nombreuses craintes, a déjà commencé à s’immiscer dans notre quo
Photo: Cette image électronique illustre comment les nanotechnologies peuvent traiter l’infiniment petit comme la molécule. Le fruit de la nanoscience, remplie de promesses mais aussi de nombreuses craintes, a déjà commencé à s’immiscer dans notre quo

Sur le point d'occuper de plus en plus de place dans nos vies quotidiennes, les nanotechnologies, ces technologies qui exploitent les règles physiques de l'infiniment petit pour donner de nouvelles propriétés à certains matériaux, évoluent toujours dans un monde d'incertitude quand à leur innocuité.

Mais étrangement, elles n'inquiètent pas les consommateurs, qui les considèrent moins dangereuses que les pesticides, les désinfectants chimiques, la fumée, le génie génétique et même les boissons alcoolisées ou les voyages à moto, indique une étude publiée dans la dernière livraison du célèbre magazine scientifique Nature.

Selon Steven Curral, professeur de génie à la University College de Londres, en Grande-Bretagne, le public n'a visiblement pas encore levé son bouclier pour se mettre à l'abri des nanoparticules, des nanotubes et autres nano-objets censés révolutionner le monde. Et cette réaction, qui accompagne bien des changements, n'est pas encore sur le point de survenir.

Au terme d'une enquête qui, cette année, a mené 503 États-Uniens à définir les coûts-bénéfices de 44 technologies, Steven Curral est catégorique: les nanotechnologies jouissent actuellement, chez nos voisins du Sud, d'une perception assez «neutre». Les personnes sondées les considèrent plus profitables que l'amiante, les armes à feu ou les additifs alimentaires utilisés par l'industrie. À l'inverse, la vaccination, l'énergie solaire et la fluoration de l'eau induisent des sentiments plus favorables que la nanoscience.

Avec l'apparition d'un nouveau produit issu des nanotechnologies chaque jour sur le marché (pour un total de 700 jusqu'à maintenant), cette étude devrait sans doute faire sourire les nanopromoteurs et autres industriels de la nanoparticule ou du nanotube qui voient dans ces technologies des sources intarissables d'innovation et de profit.

Mais elle ne devrait toutefois pas leur faire oublier que le pire pourrait bien être à venir.

Un vide propice à la peur

La raison? En évoluant dans un monde visible uniquement à l'aide d'un puissant microscope électronique, la nanoscience ouvre certes la voie à une foule de nouveaux produits auxquels la petite taille des nanoparticules conférera des caractéristiques spéciales: une meilleure résistance à la chaleur, une meilleure conductivité électrique...

Déjà, des vitres pour les voitures ou les tours de bureaux reposent sur ces technologies pour se faire autonettoyantes sous l'effet de la pluie. Des lotions solaires et des shampooings y ont aussi succombé afin d'être plus efficaces ou plus hydratants. Et le milieu du sport aime bien la chose lui aussi pour élaborer des produits plus légers: raquettes de tennis, vélos et chaussures de course, par exemple.

Mais toute médaille a son revers. Pleines de potentiel, les nanoparticules laissent toutefois bien des questions en suspens. C'est qu'avec leur petite taille, elles sont en effet capables de traverser les barrières de protection de l'organisme humain et animal. Conséquence: ces bouts de matière nanométriques peuvent par exemple entrer dans une cellule humaine sans frapper quoi que ce soit. Cet atout pour la médecine pourrait cependant avoir des effets secondaires que les scientifiques, pour le moment, n'arrivent pas très bien à définir.

Face à l'environnement et aux écosystèmes, les nanoparticules semblent aussi se présenter comme des «amies» ayant un visage à deux faces: une fois rejetées dans la nature, elles pourraient virtuellement être profitables (aide à la dépollution) mais aussi dommageables (disparition d'espèces). Jusqu'à preuve du contraire.

Prévenir les attaques

Vu sous cet angle, le portrait des nanotechnologies est aujourd'hui mi-figue, mi-raisin. Et ce, même si, comme le rappellent les environnementalistes, le fruit de la nanoscience a déjà commencé à s'immiscer sans tambour ni trompette dans les vies quotidiennes, avec de nombreuses promesses et les craintes qui viennent forcément avec.

N'empêche, pour l'équipe de chercheurs dirigée par M. Curral, la perception des nanoparticules et leurs multiples cousines ne devrait pas trop changer. Motif: lorsqu'une technologie présente de grands avantages (c'est d'ailleurs le cas des nanos en matière de santé), la perception des risques est toujours moins élevée, notent-ils dans leur rapport.

Cette remarque a du sens. Elle explique aussi pourquoi les organismes génétiquement modifiés (OGM), en offrant de bien faibles avantages par rapport à des plantes non modifiées, trouvent actuellement une place dans l'assiette des consommateurs... mais pas dans leur coeur.

Éduquer le public

Cet état de fait ne doit toutefois pas inciter les acteurs des nanotechnologies à dormir, disent les auteurs de cette étude, qui pensent que le moment est propice «pour éduquer le public de façon approfondie avec de l'information sur les avantages et les inconvénients des nanotechnologies».

Et d'ajouter: «L'éducation va permettre d'éviter que les opinions ne se polarisent en fonction de la désinformation», laissant ainsi présager que le monde de l'infiniment petit, oublié, négligé ou confiné dans des médias spécialisés depuis des années, est bel et bien parti pour faire grandement parler de lui à l'avenir.

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conso@ledevoir.ca