Théâtre - Tragicomédie en deux temps

C'est au Quat'Sous, la semaine dernière, que la chose a commencé à me grignoter de l'intérieur. Tout juste avant que le noir ne se fasse et que Vincent River vienne enfoncer son clou, impitoyable, insupportable presque dans sa dénonciation de la petite violence ordinaire. En ouvrant le programme, donc, une feuille volante s'en échappe et vole, justement, jusque sur le siège de mon distingué voisin. C'est un message en forme de cri. De cri d'alarme...

Le petit texte émane du Centre des auteurs dramatiques, le CEAD. Et il dénonce le désengagement du gouvernement fédéral dans le secteur culturel. Nos lecteurs curieux y reconnaîtront l'essentiel du dossier mis au jour par les collègues Baillargeon et Rioux-Soucy: révision des programmes culturels fédéraux, réévaluation de la politique de diplomatie ouverte, compressions budgétaires, réduction de personnel et fermeture éventuelle de centres culturels à l'étranger. Tout cela sous prétexte d'équité et d'efficacité financière et en faisant appel au «gros bon sens» comme on le conçoit à l'ouest des Grands Lacs. On se souviendra que ce «sens concret de la réalité» avait amené, il y a quelques années, un député à tenter de faire annuler l'achat scandaleux, selon lui, d'une toile de Rothko à un «prix de fou»...

La voix du CEAD se joint en fait à celles des différents groupes de pression du secteur, comme le Conseil québécois du théâtre (CQT), par exemple, qui a déjà publié depuis mars dernier une bonne demie-douzaine de textes sur le désengagement des gouvernements dans le domaine de la culture (www.cqt.ca/Accueil/Archives). Et toutes ces voix dénoncent, unanimement évidemment, ce recul. Bon. Mais voilà qu'il fait tout noir maintenant. Et Danielle Proulx entre en scène. Chut...

Deuxième acte

Même si le «beau milieu» dénonce d'une même voix le faible investissement des gouvernements dans la culture, certains se voient déjà forcés de passer à «d'autres stratégies» que celles de l'attente et de la dénonciation. Comme m'en faisait part un ami qui assistait à la plus récente Entrée libre des Cahiers de théâtre Jeu sur le financement des compagnies de théâtre, tout est loin d'aller pour le mieux dans le meilleur des mondes...

Les compagnies se multiplient, on le sait, et l'assiette financière disponible est toujours la même. Et plutôt que de se laisser crever, certaines d'entre elles («surtout les jeunes») n'ont que le choix de s'inventer de nouvelles façons («parfois très impressionnantes») de survivre. D'autant que les budgets sont d'abord destinés à ceux qui sont déjà bien implantés et qui ont «fait leurs preuves»... D'où une sorte de «crise sous-jacente permanente» que l'on n'ose pas encore nommer et qui donne à tout le milieu une structure désormais génétiquement (j'allais écrire gélatineusement) instable et chambranlante.

On pourrait soutenir aussi que cette «crise» est une résultante directe du sous-financement et qu'on la nomme depuis tellement longtemps que ceux qui décident vraiment n'entendent plus rien. Comme si les politiques s'en foutaient un peu et que la culture devait d'abord se traduire en retombées économiques plus ou moins immédiates, comme dans le commerce. Cette approche «pragmatique» de la culture semble d'ailleurs être devenue la règle à Ottawa et elle en vient même parfois à menacer des institutions bien établies. Rappelons qu'il y a quelques semaines à peine dans notre cahier Culture du samedi (Le Devoir du 11 novembre dernier), Rémi Boucher des Coups de théâtre attendait toujours, dix jours avant l'ouverture de son festival, une réponse du bureau du ministre Peter MacKay sur une subvention de 20 000 $ pour inviter des diffuseurs étrangers à voir des spectacles produits ici!

Comme il va devenir de plus en plus difficile de tourner à l'étranger avec un spectacle à la suite des révisions de programme amorcées, on va faire comment, M'sieur MacKay et M'ame Oda, pour «rentabiliser les investissements dans la culture»?

Hum?

En vrac

n C'est ce soir à 19h30 que s'ouvre à La Licorne, rue Papineau, la XXIe Semaine de la dramaturgie organisée par le CEAD. Comme à l'habitude, l'événement prendra officiellement son envol avec la lecture du texte qui s'est vu remettre la Prime à la création 2006: c'est donc Voiture américaine de Catherine Léger qui lancera les activités de la Semaine qui se terminera samedi avec la lecture du texte de Suzanne Lebeau, Le bruit des os qui craquent. On vous en parle ici parce que la Semaine de la dramaturgie est chaque année une occasion unique d'entendre la voix de la relève au moyen de la lecture d'une dizaine de textes travaillés par les auteurs avec les spécialistes du CEAD. En plus des lectures, on pourra aussi assister à un atelier public autour de Juliette de Micheline Parent (mercredi, jeudi et samedi à 10h et 13h) et à trois rencontres, de mercredi à vendredi à 14h, sur des sujets comme la résidence d'écriture à l'étranger. Soulignons que l'entrée est libre pour les ateliers et les rencontres, et que le prix d'entrée pour les lectures publiques est fixé à 8 $. On se renseigne sur tout cela à La Licorne au % 514 523-2246.

n Pour donner plus de corps encore à son nouveau «Cycle États-unien» amorcé avec Under Construction de Charles L. Mee (à l'affiche de l'Espace Go jusqu'au 16 décembre), le Théâtre de l'Opsis offre un atelier de maître avec le metteur en scène américain Leon Ingulsrud. Membre de la Siti Company de New York, Ingulsrud enseigne également l'interprétation dans plusieurs universités et il a signé une foule de mises en scène. Il travaillera ici à partir de deux approches développées à la Siti: une technique d'improvisation, le viewpoint, et la méthode d'entraînement du comédien Suzuki. Le stage d'une durée de 40 heures aura lieu du 4 au 9 janvier, est soutenu par Emploi Québec et le Conseil des arts du Canada et s'adresse à «20 interprètes ayant terminé une formation dans une école de théâtre reconnue et pouvant assister à 90 % des heures de classe». On peut soumettre sa candidature à l'Opsis par télécopieur (Tél: 514 526-5678) ou par courrier électronique (info@theatreopsis.org). On vous l'aura dit.