L'ADQ légère

L'ADQ avait perdu les élections du 14 avril 2003 bien avant qu'elles ne soient déclenchées. Dès la fin de 2002, la cause était déjà entendue. La seule question était de savoir où s'arrêterait la dégringolade.

De conseil général en congrès, l'ADQ avait adopté une foule de propositions qui n'étaient pas nécessairement destinées à faire partie de sa plate-forme électorale, mais qui ne l'en rendaient pas moins très vulnérable aux attaques.

À l'automne 2002, le PQ avait mis à profit les ressources de la machine gouvernementale pour les démolir de façon systématique. Le ministère de l'Éducation avait produit une analyse dévastatrice sur les «bons d'études», qui allaient entraîner la fermeture d'écoles. Le ministère de la Famille et de l'Enfance s'en était pris aux «bons de garde», tandis que le ministère des Finances avait souligné en rouge les effets du taux d'imposition unique.

L'ADQ avait bien tenté de rectifier le tir dans sa plateforme officielle, dévoilée en février 2003, mais le mal était déjà fait. Avec un gouvernement adéquiste, le Québec allait carrément retourner à l'âge de pierre.

Mario Dumont est bien déterminé à ne pas répéter la même erreur. Dimanche, il a annoncé que sa plate-forme serait rendue publique avant Noël, et tout ce qui s'y retrouvera aura été passé au crible.

Même si les délégués au congrès de Trois-Rivières se sont prononcés en faveur de l'abolition des commissions scolaires, on peut être certain qu'il n'en sera pas question dans la plate-forme. De manière à éviter d'autres mauvaises surprises, M. Dumont a également indiqué qu'il n'y aurait pas d'autre conseil général d'ici aux prochaines élections. Il ne restera plus qu'à chiffrer le tout au moment opportun.

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En fin de semaine dernière, nous avons eu droit à une version plus légère, moins indigeste de l'ADQ, mais les principes qui l'animent demeurent essentiellement les mêmes.

Si elles paraissent moins radicales, les propositions qui ont été adoptées en matière d'éducation et de politique familiale traduisent toujours le même souci de favoriser la liberté de choix et la responsabilisation des individus, d'alléger le poids des structures et de la réglementation.

Dans le cahier distribué aux délégués, on pouvait lire une proposition visant à «remodeler l'État québécois». Ils ont plutôt résolu de le rendre «plus performant», mais il était très clair dans leur esprit que le gouvernement Charest a été beaucoup trop timide dans son entreprise de «réingénierie».

Le nouveau président de l'ADQ, Gilles Taillon, qui est un conservateur modéré, n'est sans doute pas étranger à ce changement de ton, mais les militants adéquistes eux-mêmes semblent avoir acquis une plus grande maturité.

Dans le passé, les assemblées donnaient fréquemment lieu à des interventions hargneuses dénonçant l'omniprésence de l'État, la lourdeur de la bureaucratie ou la mainmise des syndicats sur la société québécoise. On n'a rien entendu de tel à Trois-Rivières. Les débats sur des sujets comme la non-mixité des classes ou l'aide financière aux étudiants ont même laissé apparaître un certain clivage entre modérés et conservateurs auquel les adéquistes ne nous avaient pas habitués.

Depuis sa fondation, l'ADQ a toujours prétendu refléter les préoccupations de «monsieur et madame Tout-le-monde», mais elle a souvent confondu les sautes d'humeur de la population avec un désir de changement radical.

Cette fois-ci, ses propositions pourraient bien apparaître comme des solutions adéquates à bien des gens qui ont le sentiment que l'école québécoise est en train de manquer le bateau ou qui constatent que le réseau des garderies laisse trop souvent pour compte les familles défavorisées qu'il devrait aider au premier chef.

Il ne s'agit pas de revenir quarante ans en arrière. Contrairement à ce qui a été rapporté, l'ADQ ne propose pas de séparer les garçons des filles dans toutes les écoles, mais plutôt de favoriser la formation de groupes non mixtes là où un nombre suffisant de parents en feraient la demande. Monsieur et madame Tout-le-monde pourraient bien trouver que l'idée n'est pas si bête.

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Quelle que soit la valeur de son programme, l'ADQ demeure confrontée à deux problèmes. L'arrivée de Gilles Taillon est sans aucun doute une bonne nouvelle. L'ancien président du Conseil du patronat peut bien faire semblant de réfléchir à une éventuelle candidature, mais il est moralement tenu de défendre les couleurs adéquistes aux prochaines élections. La seule question est de savoir où.

Il faudra cependant que d'autres candidats de valeur l'imitent. Plus encore qu'un programme, les électeurs choisiront les hommes et les femmes qu'ils jugeront les plus aptes à gouverner. M. Dumont lui-même ne se fait aucune illusion sur ses chances de réunir autant de vedettes qu'à l'époque où les sondages accordaient 40 % des intentions de vote à l'ADQ. Il faut beaucoup d'abnégation pour abandonner un poste enviable afin de se joindre à un parti qui lutte pour sa survie.

L'autre problème est un problème de conjoncture. Dimanche, M. Taillon a lancé à la blague que l'ADQ ferait tout pour soutenir André Boisclair et l'aider à démontrer qu'il a raison de penser que le programme du PQ n'est pas montrable.

Le nouveau président voulait faire rire son auditoire, mais il y a plus de sérieux qu'il ne semblait le croire dans sa boutade. Plus M. Boisclair réussira à se distancier du programme de son parti en atténuant le caractère référendaire des prochaines élections, plus l'ADQ aura des chances de tirer son épingle du jeu.

Si l'électorat se polarise sur la question nationale, elle n'ira nulle part avec sa troisième voie autonomiste. En guise de défense de l'identité québécoise, Mario Dumont en est réduit à jouer à l'apprenti sorcier avec l'accommodement raisonnable. En revanche, si le bon gouvernement devient le thème majeur de la campagne, son programme de gros bon sens pourrait trouver un écho inattendu.

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mdavid@ledevoir.com