Théâtre - Vivement la suite!

C'est déjà la troisième fois que Wajdi Mouawad écrit pour les jeunes publics. Au milieu des années 1990, Alphonse transportait les enfants de 7 à 10 ans dans une sorte de voyage initiatique hallucinant de rêve et de poésie. Puis, au tournant du millénaire, Pacamambo visait les 9 à 12 ans avec le personnage d'une fillette héritant du rêve fou de sa grand-mère décédée à ses côtés. Et voilà qu'arrive Assoiffés, un très sonore cri de révolte et une quête presque mythique qui viennent frapper en plein coeur les ados de plus de 14 ans. Il ne reste plus maintenant à Mouawad qu'à explorer le monde de la petite enfance pour avoir touché à toute la gamme des publics possibles...

Assoiffés en est encore au stade des avant-premières, et c'est sur le plateau des Coups de théâtre, plus précisément à l'Espace Libre, qu'on a pu en voir deux représentations-laboratoires le week-end dernier. Mise en scène par Benoît Vermeulen — qui a aussi collaboré au texte, nous apprend le programme —, la production du Théâtre le Clou devrait prendre l'affiche en janvier et tourner un peu partout par la suite. Mais on peut vous dire d'ores et déjà que, même malgré quelques rebords de pantalon mal repassés et de rares petits fils qui pendent à la fin de l'histoire, Assoiffés est l'une de ces productions essentielles dont on ne sort pas indemne, une sorte de grand cru grinçant.

Pourquoi un grand cru? Parce qu'on n'oubliera pas de sitôt la vigueur du cri qu'on y entend. Parce que Murdock, le jeune ado révolté, est l'un des plus beaux personnages de théâtre qu'on ait vu ici. Parce que la mise en scène de Benoît Vermeulen est éblouissante, même s'il reste encore quelques bosses à aplanir pour, par exemple, rendre plus concret le personnage de Norvège, ou plutôt pour en rendre la présence moins évanescente, plus liée. Parce que la scénographie de Raymond Marius Boucher est exceptionnelle et que tout l'ensemble parle aux ados dans une langue qui est la leur et qui vient les chercher dans ce qui les révolte.

On aura bien sûr l'occasion de revenir sur Assoiffés lorsque le spectacle sera prêt, mais il faut déjà remercier Rémi Boucher des Coups de théâtre de nous avoir donné l'occasion d'assister à l'élaboration d'une oeuvre aussi riche.

Vivement la suite!

Questembert en Québec

Vous le savez si vous êtes un habitué de cette chronique, j'ai eu la chance d'assister, il y a quelques semaines en Bretagne, à un festival consacré au théâtre pour la toute petite enfance. Implanté dans une petite communauté rurale en pleine campagne, à Questembert, Festi'môme fait la preuve que des projets culturels peuvent être rassembleurs et dynamiser toute une région... à condition qu'on en ait la volonté politique. La dernière chronique écrite là-dessus la semaine dernière se terminait d'ailleurs en posant la question: c'est pour quand, le premier Questembert au Québec? Eh bien voilà que c'est presque fait!

C'est du moins ce que nous apprend une lectrice, Janie Filion-Billot, en rappelant une «expérience sensationnelle» qui s'est déroulée l'an dernier sur la Basse-Côte-Nord au moyen d'un programme du ministère de l'Éducation, des loisirs et du sport (MELS): la culture à l'école. La chose est trop belle, l'enthousiasme de notre correspondante trop communicatif pour ne pas y faire écho.

Comme le rappelle Janie Filion-Billot, ce programme est une sorte «d'immense bottin rempli de fiches d'artistes québécois de toutes les sphères prêts et prêtes à intervenir auprès des jeunes. Au mois de septembre, les enseignants désireux de recevoir des sous pour bénéficier de ce service doivent monter différents projets, en espérant qu'ils soient acceptés».

Elle travaillait alors à «l'école des blancs» de La Romaine, située quelque part entre Natashquan et Blanc-Sablon, «là où il n'y a plus de route, là où le bateau cesse de passer les mois d'hiver, là où la culture ne se rend jamais»... Nous sommes en 2005 et les enseignantes de l'école Marie-Sarah de La Romaine décident de monter un projet culturel: faire venir un conteur pour qu'il apprenne aux enfants à se «raconter eux-même des contes». Pour payer les coûts du voyage, l'école se joint à d'autres écoles de la Basse-Côte. Mais laissons plutôt la parole à Janie Filion-Billot.

«Notre artiste, Simon Gauthier, est venu. En quelque 10 jours, il a visité près de 8 écoles, parcouru plus de 500 km de Blanc-Sablon à l'île d'Antiscosti, parfois en motoneige, parfois en avion... Pour notre part, le concierge de l'école et un membre de la communauté sont allés chercher M. Gauthier (et le photographe qui le suivait au cours de ce périple) à Tête à la Baleine, à 150 km de La Romaine en pleine tempête. Avec des vêtements chauds prêtés par le directeur du village voisin, Simon Gauthier et Pierre Dunnagan sont arrivés chez nous grelottants [...]. Pour une journée d'activités dans nos classes! Magnifique journée... Les enfants ont pu enfin assister à un spectacle! Un spectacle culturel, avec un vrai artiste qui nous a fait voyager dans un monde complètement nouveau. Il s'agit d'une rareté par là-bas... »

Simon Gauthier allait toutefois passer toute la fin de semaine à La Romaine et accepter de donner aussi un spectacle pour les adultes du village «qui souffrent eux aussi du manque de visiteurs culturels». Ce fut un grand moment de bonheur pour tout le village rassemblé dans la petite salle à manger du motel local...

Notre lectrice conclut. «Alors le premier Questembert, il a déjà eu lieu au Québec. Simplement, humblement: il n'a pas eu lieu dans une région touristique et médiatisée [...] Il a même sûrement eu lieu bien avant l'expérience que je vous raconte, en d'autres lieux aussi éloignés, sinon plus, que La Romaine. Peut-être serait-il temps de rendre la culture importante dans nos régions aussi, même si ce sont de petits villages... ? Et peut-être serait-il temps de médiatiser les efforts inconcevables que les régions doivent faire pour avoir une vie culturelle de qualité?»

Voilà, c'est dit!

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En vrac

- Puisqu'on est encore dans le «territoire jeunes publics», on vous souligne comme ça en passant la reprise d'un spectacle irrésistible à la Maison Théâtre: il s'agit de Faux départs, une production sans parole du DynamOThéâtre mettant en relief le travail de clown. À l'affiche jusqu'au 26 novembre, Faux départs s'adresse aux enfants de 8 à 12 ans... et à leurs parents qui trouveront là matière à oublier certains de leurs tracas.

- Dans la série reprise à ne manquer sous aucun prétexte, nos lecteurs de la région d'Ottawa pourront voir Peepshow de Marie Brassard au CNA, du 29 novembre au 2 décembre. Cette performance exceptionnelle dont on a dit qu'elle «hausse le voyeurisme au rang de la voyance» est le dernier volet d'une trilogie urbaine amorcée avec Jimmy, créature de rêve et La Noirceur qu'on a pu voir à l'Usine C lors de précédentes éditions du FTA. On se renseigne au % 613 947-7000.

- On a entendu beaucoup de choses sur Peter Handke depuis quelque temps. Et même si l'on s'interroge encore sur la pertinence de ses opinions politiques, il est difficile de faire abstraction de son oeuvre. La meilleure façon de vous faire une idée là-dessus est probablement d'aller voir Outrage au public que présente le Groupe Audubon au Goethe-Institut à compter de ce soir. On se renseigne au 514 817-4241.