Hors-jeu: Petit pot pourri

C'est vraiment trop bête. J'avais la question d'entre les questions sous la main et une bonne soixante-dizaine de philosophes à portée de point d'interrogation, et j'ai oublié de la leur poser. Remarquez, j'avais une circonstance exténuante, ainsi que le paraphrasa Archimède après qu'on lui eut fourni un point d'appui et qu'il eut constaté que soulever le monde n'est point une sinécure, surtout avec tous ces problèmes d'obésité: c'est qu'aux États, on vire un peu sur le top (terme d'argot parisien) avec le football. Football sur ESPN, football sur ESPN 2, football sur ESPN 3, football sur ESPNs 4 à 1000, football sur Fox Sports, football ceci, football cela, cahiers spéciaux dans la gazette, et du football à la radio.

D'ailleurs, soit dit en passant dans le même désordre d'idées, les matchs de volleyball de Penn State sont aussi diffusés à la radio, et je vous prie d'observer immédiatement une pause de deux heures afin de réfléchir à ce que cela peut donner.

Du football, donc, tellement de football que les bulletins de nouvelles du soir ne résument pas les événements de la journée mais présentent les matchs du lendemain, ce qui prouve une fois pour toutes que les Américains sont encore plus en avance sur leur temps qu'on ne le pense, et on le pense déjà beaucoup. Tellement de football que j'en ai oublié de poser la question, celle qui fait vibrer notre peuple encore plus que la perspective de rapatriement de points d'impôt, celle dont la réponse pourrait enfin nous éclairer sur le sens réel de cette existence en apparence absurde, celle qui fait de Shakespeare un minable écrivailleux de comédies de boulevard avec ses «être ou ne pas être» (à propos, saviez-vous qu'on ne fait pas d'Hamlet sans casser des oeufs?).

Alors, Théodore ou Hackett?

C'est ce qu'on appelle, dans le domaine de la philosophie, un problème de kierkegaardiens de but.

En quelque sorte.

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C'est pas tout, ça. Il s'en passe des choses dans le Wonderful World of Sportsª aux United States of Americaª. Voyez plutôt grâce à ce pot particulièrement pourri des plus récents événements d'intérêt à survenir outre-45e.

Une dame, se présentant sous le pseudonyme «anon-6247343», a placé une annonce sur Internet intitulée «Des billets de Série mondiale en échange de ce que vous faites déjà». Il s'agissait de paires de billets dans les sections 320 ou 330 pour les 4e et 5e matchs de la série, qui avaient lieu au PacBell Park de San Francisco.

Mais encore?

«Je suis prête à échanger ces billets contre du sperme sain. J'essaie présentement de devenir enceinte et, pour des raisons qui ne vous regardent pas, je dois acquérir du sperme d'un donneur. Le sperme congelé disponible dans une banque réputée coûte entre 250 $ et 300 $ l'éprouvette, l'insémination requiert deux éprouvettes par mois, et les probabilités de fécondation ne sont pas aussi bonnes qu'avec du sperme frais, qui me serait donc très précieux. Si vous acceptez d'être un donneur, notez que le don ne se fera ABSOLUMENT PAS par la bonne vieille méthode.

[...] «Ceci ne fait pas partie du contrat formel, mais je peux assurer le donneur que l'enfant sera élevé pour être un partisan des Giants.»

Il n'y a pas de blague précise à faire avec ça, mais vous pouvez toujours travailler un calembour avec «ballon-sacrifice».

À part ça, dans la série «Cette bonne vieille Thémis n'est pas qu'aveugle, elle est aussi gelée comme une binne», l'ancien demi défensif et retourneur de bottés des Dolphins de Miami et des Raiders de Los Angeles, Fulton Walker Jr, a été reconnu coupable, la semaine dernière, d'avoir vendu 228 grammes de marijuana depuis sa maison de la Virginie-Occidentale.

Il n'y a pas de blague précise à faire avec ça, mais pour sa faute, Walker a été condamné à... six mois de réclusion à domicile.

Et dire qu'ils veulent trouver Oussama binne Laden and bring him to justice.

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Les tickets de sport professionnel coûtent assez cher comme ça, il était temps qu'on ait droit à un peu plus de service, non? Voilà en tout cas ce que se sont sans doute dit dans leur Ford intérieur les dirigeants des Pistons de Detroit, de l'Association nationale de basketball (Ford, Detroit, Pistons, admirez quand même la suite dans les idées). Et ils ont agi, messieurs dames, que c'en est émouvant.

Cette saison, chacune des salles d'aisance du Palace, l'aréna où se produisent les Pistons, se verra assigner un superviseur qui sera sur place pendant les matchs. «Chacun des w.-c. sera patrouillé personnellement pour le plaisir des usagers», a-t-on déclaré, ajoutant que le nom du responsable serait affiché à la porte «afin de créer un sentiment d'appartenance».

«Nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour avoir un amphithéâtre dernier cri», a dit le porte-parole du Palace, Jeff Corey. «De nos jours, les gens s'attendent à plus.»

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Dans leurs efforts permanents et sincères de relance d'une franchise qui connaît sa part de difficultés, nos amis de toujours Jeffrey Loria et David Samson, propriétaires des Marlins de la Floride, viennent d'annoncer un mégacongédiement: celui de John Routh.

Routh agissait, depuis dix ans, à titre de Ford intérieur (ben quoi, Ford, Miami, on ne peut pas avoir de la suite dans les idées à tous les paragraphes) de la mascotte Billy the Marlin, un marlin géant dont le costume fait osciller la balance à 35 livres et qui n'est pas aussi sexy que Youppi, mais qui a exactement le poids et l'amplitude du Q.I. du petit David.

Selon les Marlins, Routh sera remplacé par un autre employé payé moins cher. Les sommes ainsi économisées devraient permettre l'embauche de cinq ou six joueurs autonomes de premier plan, à moins que le vieux Jeff ne fasse comme d'habitude et s'en mette dans les poches avant d'aller fourrer quelqu'un d'autre ailleurs.

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Bon, l'échelle de Scoville dont vous vous foutez éperdument, c'est un instrument de mesure de la, comment dire, piquantosité des ailes de poulet, utilisée notamment au Sports Cafe & Grill de State College (Pennsylvanie). Ainsi, si vous commandez des ailes «Pure Fricken Hell» parfumées au habanaro, vous aurez besoin de 300 000 unités d'eau pour juguler une unité de piment habanaro. C'est le top (terme d'argot marseillais) de l'échelle.

Non, messieurs dames, si vous cherchez des moumounes, ne perdez pas votre temps, ce n'est pas aux États que vous en trouverez.

jdion@ledevoir.com