Si c'est écrit, ça doit être vrai

La ministre d'un ministère en est finalement arrivée à la conclusion qu'elle était dépassée par les événements.

«Quand j'ai été nommée ministre de l'Environnement, j'ai pris ça au sens premier, ministre de ce qui environne, de ce qu'il y a autour. Comme j'étais solidement implantée dans mon milieu, je me suis dit que ça n'allait pas être trop compliqué. J'ai songé que je n'aurais à m'occuper que de mon carré de sable bitumineux. Je ne pensais pas que j'allais être pognée avec des moumounes qui craignent pour des niaiseries comme l'avenir de la planète Terre, comme si l'activité économique productrice de richesse et d'emplois pouvait être nuisible à qui que ce soit», a déclaré depuis l'Afrique la ministre, qui a ajouté «perdre royalement [s]on temps à cette conférence de mauviettes alors qu'il y a tant d'autres choses à faire, de la prospection gazière par exemple».

«Le Kenya, c'est quoi ça, le Kenya? Un autre de ces pays qui vivent au crochet du reste du monde. Je suis persuadée que si le Kenya faisait partie du Canada, il serait une de ces provinces qui reçoivent de la péréquation, détroussent de ce fait l'Alberta et poussent l'insulte jusqu'à ne même pas voter conservateur, a poursuivi la ministre. La seule bonne raison d'être venue ici, c'est qu'en chemin, l'avion a brûlé quelques tonnes de bon pétrole albertain, renforçant ainsi notre économie et rehaussant notre niveau de vie.»

La ministre a ajouté que la bataille autour du respect du protocole de Kyoto divise inutilement le pays. «On n'a pas besoin de chicane entre les créateurs de richesse et les chialeux pauvres. Si les partisans de la calotte glaciaire veulent qu'elle dure, ils n'ont qu'à acheter des congélateurs. Mais les congélateurs, je tiens à vous le rappeler, ça pollue d'aplomb. Vous voyez bien que la position des chialeux ne tient pas debout», a-t-elle souligné.

La ministre a par ailleurs véhémentement déploré que son homologue français s'ingère dans les affaires internes du Canada en louant la position du Québec dans le dossier Kyoto. «Est-ce que je m'ingère dans les affaires internes françaises, moi? Non, et il y a d'excellentes raisons pour ça: je ne parle pas un traître mot de français, je ne connais rien à la France, je me fous de la France, c'est laid la France, on y mange beaucoup plus mal qu'en Alberta, les Françaises ne sont pas aussi belles que moi, et la France, dites-moi, elle en serait où si on n'était pas allés la sauver en 44? C'est bien ce que je pensais.»

Selon la ministre, tout ce qu'on peut accorder à la France, c'est d'avoir une ministre de l'Environnement qui se prénomme Nelly. «Ça, je comprends ça. Il y a même plein de Nelly en Alberta», a-t-elle conclu.

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Un candidat à la direction du Parti libéral du Canada a révélé qu'il avait été mal cité lorsqu'on a rapporté qu'il était disposé à reconnaître le Québec comme nation.

«Êtes-vous malades? Vous pensiez vraiment que je serais assez fou pour débiter une pareille ânerie, qui risquerait de compromettre l'unité canadienne et le délicat équilibre entre les citoyens citoyennes de toutes origines, de toutes cultures, de toutes langues, de toutes couleurs, de toutes religions, de toutes coutumes, de toutes traditions, de toutes allégeances et de toutes différences? Depuis quand le Parti libéral serait-il en faveur du fédéralisme d'ouverture? C'est une patente conservatrice, le fédéralisme d'ouverture, la meilleure preuve en étant que ça ne marche pas», s'est étonné le candidat.

«Non, ce que j'ai dit, c'est qu'il fallait de toute urgence reconnaître le Québec comme notion. Un concept, quoi, une idée générale, une espèce d'abstraction, une vue de l'esprit. Ça n'engage à strictement rien, et comme les Québécois avalent n'importe quoi, ils vont accepter ça, j'en suis convaincu», a ajouté le candidat.

«Il n'y a qu'à leur dire qu'il s'agit d'un accommodement raisonnable.»

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Un gars aperçu à la station de métro Berri-UQAM en train de courir à toutes jambes vers le quai direction Longueuil s'est révélé, après interrogatoire, dans l'impossibilité radicale d'expliquer pourquoi il courait ainsi.

«Le quai direction Longueuil est sensiblement éloigné des autres, de sorte que de l'endroit où j'étais lorsque vous m'avez vu en train de courir, il était radicalement impossible d'entendre si une rame arrivait ou était sur le point de partir. Il était, en conséquence, parfaitement idiot de courir. Aussi ne puis-je vous expliquer pourquoi je courais», a déclaré le gars lorsque rejoint sur le quai, attendant toujours le métro, par un interrogateur qui, lui, s'était rendu au même quai en marchant tranquillement.

«La seule hypothèse plausible que je voie, c'est que la station de destination porte le nom Longueuil-Université de Sherbrooke, et Sherbrooke, je veux dire la ville, ça sonne loin en termes de métro et, subconsciemment, les gens qui courent vers le quai direction Longueuil sentent que s'ils ratent le prochain convoi, ils vont accuser un retard considérable. Mais cela ne tient pas debout puisque chacun sait qu'il y a une rame toutes les cinq minutes. Peut-être, donc, que je suis juste con. Ou alors très soucieux de montrer que je suis pressé parce que ma très importante présence est requise quelque part dans les plus brefs délais sinon le monde va s'écrouler, ce qui revient au même», a ajouté le gars, légitimement fier d'être interviewé même si ce n'était pas pour la télé.

Le gars a cependant précisé qu'il détestait les autres personnes qui courent dans le métro et certains autres lieux publics parce que cela le gêne lorsqu'il est planté en plein milieu d'un endroit très passant en train de jaser, en personne ou au cell, alors qu'il raconte «des choses essentielles».

«Je suis un ardent défenseur du civisme, a indiqué le gars. Par exemple, je déteste quand les gens essaient d'entrer dans un wagon de métro avant que les passagers n'en soient sortis. Moi, je ne fais pas ça. Moi, je n'entre pas, mais je reste devant la porte. L'effet est le même, remarquez, les gens sont tout autant empêchés de sortir, mais c'est beaucoup plus poli.»

Le gars a conclu en notant que le fait de courir lui avait somme toute été utile puisqu'il avait attendu 30 secondes de plus sur le quai, ce qui lui avait permis de retrouver son souffle.

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