Le quatrième péché cool

Des desserts surgelés.
Photo: Des desserts surgelés.

En visitant les supermarchés européens, voire asiatiques, on constate vite à quel point le prêt-à-manger a pris de l'ampleur en quelques décennies. Le pratico-pratique est une tendance qui évolue en force et propose désormais aux couples actifs l'aspect d'utilité, certes, mais aussi une certaine maximisation côté santé et plaisir.

Chez nous, on aborde timidement la génération des produits frais du prêt-à-manger après avoir longtemps été habitués à congeler systématiquement les aliments préparés ou achetés en abondance. Mais on se dirige actuellement vers un choix grandissant de produits frais qui, surprise, peuvent le rester pendant 50 jours.

Jacques Puisais, éminent spécialiste français du bien-manger et du goût, assure d'emblée que le Québec est un pays sucré avant d'être salé. Tout cela était vrai et l'est encore, en particulier lorsqu'on attend avec joie le temps des sucres. Les différents messages adressés aux nouvelles générations prouvent aussi qu'on peut sucrer mieux, tant avec les produits de l'érable qu'avec les différentes solutions de rechange qui s'offrent aux consommateurs.

Moins sucré

On avait déjà tenté l'expérience du dessert fancy. Les grands groupes que sont Bongrain, Saputo, Danone et Yoplait, leaders dans le domaine des desserts laitiers, savent bien que ce qui marche ailleurs ne fonctionne pas à tout coup auprès des consommateurs québécois. Délaisser le classique yogourt aux fraises ou à la vanille n'est pas une mince affaire pour une entreprise qui souhaite innover dans les desserts laitiers.

Le risque est grand et le fait de changer les habitudes des consommateurs est souvent lié à l'évolution des moeurs, du marché ou des tendances venues de l'extérieur.

C'est avec dynamisme et en affichant un large sourire que le président de la Fédération des producteurs de lait du Québec (FPLQ), Marcel Groleau, voit poindre ce raffinement des consommateurs et l'accroissement de la consommation de crème à 7 %* sur le marché québécois. Cette hausse tend à démontrer que la notion de plaisir demeure forte ici.

C'est aussi pour cette raison que la FPLQ vient d'accorder son aide à la toute nouvelle entreprise Kooll Desserts, spécialisée dans la production de desserts laitiers servis frais. Grâce à de nouveaux procédés de pasteurisation, certains de ces desserts peuvent se conserver réfrigérés de 50 à 70 jours. Cette révolution dans un secteur fragile intéresse vivement les chaînes d'alimentation.

Une usine de 15 millions de dollars installée dans le fief de l'industrie agroalimentaire du Québec, Saint-Hyacinthe, emploie actuellement une trentaine de personnes et utilise uniquement du lait frais. Il s'agit d'une première en Amérique du Nord, qui dame ainsi le pion aux géants confortablement installés comme Danone. Au développement, neuf produits tendance sont lancés et innovent en matière de desserts: moins de sucre, pas de succédanés ni de substances laitières modifiées et ajout d'éléments bénéfiques et indiscutablement bons pour la santé.

Une petite révolution gourmande, dit Alain Bracchi, vice-président marketing, anciennement de la famille Parmalat. Ces desserts innovateurs correspondent au goût du jour, affirme-t-il. Comme pour les fromages, le bal semble être ouvert en matière de desserts.

Le plaisir avant tout

La firme Kooll Desserts mise beaucoup sur l'évolution des consommateurs québécois pour obtenir du succès avec ses nouveaux desserts. Mousse légère aux fraises ou au caramel, crème brûlée ou fondant au chocolat qu'il faut passer quelques minutes ou quelques secondes au four sont surprenants, de même que les creemm, qui se présentent comme des crèmes-desserts fluides avec, en prime, peu de calories.

À cela, il faut ajouter l'espace publicitaire, qui touche tant les baby-boomers que les enfants. On mise d'abord sur la beauté et la couleur des emballages puis, lorsque le consommateur y a goûté, il n'y a plus d'hésitation, précise Alain Bracchi.

Nul doute que le Québec, leader en matière d'alimentation en Amérique du Nord, soit prêt à recevoir cette nouvelle génération de desserts fortement enracinée en Europe.

Grâce aux avancées technologiques et à l'évolution du goût, le monde du sucré redécouvre le plaisir pratique et, surtout, contrôlé.

Les produits Kooll Desserts sont disponibles aux comptoirs réfrigérés dans tous les supermarchés.

* Données compilées par la firme A. C. Nielsen sur 52 semaines finissant en septembre 2006.

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Biblioscopie

Spécial coups de coeur au Salon du livre de Montréal: sept livres choisis

- Un bon cru, Peter Mayle, Éditions Nil, 283 pages, 2005.

Dans ce roman, Peter Mayle s'attaque au classique des Français: le vin. Il décrit avec passion son amour de la Provence, cette fois-ci par la magie de la vigne. L'histoire raconte comment un Anglais peu scrupuleux qui vient d'hériter de vignobles essaie de vendre de la piquette à ses compatriotes tandis que les habitants du village vont tout faire pour le démasquer.

- Histoire de la cuisine familiale au Québec, volumes 1 et 2, Michel Lambert, Éditions GID, 2006.

Le premier volume traite des origines autochtones et européennes de la cuisine québécoise tandis que le deuxième, une brique de 907 pages, témoigne de la cuisine de la mer, des régions et des produits qu'on y trouve. Ce travail de recherche colossal a été effectué par Michel Lambert, chef à ses heures et personnage érudit, spécialiste de littérature et de linguistique. En plus des recettes traditionnelles qu'il propose, on découvre un Québec méconnu à ce jour en matière d'alimentation.

- Plats canailles, Michel Villemur, Éditions Aubanel, 221 pages, 2006.

Avec cet ouvrage resurgissent des bistros et les plats typiques qui ont fait leur renommée: Lipp, Au pied de cochon ou La Coupole, par exemple. C'est le plus beau livre qui existe sur ces restaurants uniques, avec de magnifiques photos témoignant de recettes qui émergent du placard. Vive le saint cochon et la soupe à l'oignon servie aux Halles de Paris!

- Au pied de cochon - L'album, Ouvrage collectif publié à compte d'auteur, 239 pages, 2006.

Martin Picard est fier d'être un marginal et joue son rôle à la perfection. Cette petite merveille rend hommage à un artiste qui manie aussi bien le canard que le cochon, sans omettre sa poutine au foie gras. Avec une bande dessinée et de superbes photographies, cet ouvrage montre Picard à l'oeuvre avec des copains et au quotidien. Un DVD de deux heures complète le livre et présente des trucs, des découvertes et les recettes du chef. Un des plus beaux livres de l'année, produit par l'auteur et ses amis.

- Parker illustré, Robert Parker, Éditions Solar, 810 pages, 2006.

Robert Parker est une sommité dans le milieu du vin. On le craint autant en France qu'ailleurs dans le monde, mais lorsque sa critique est favorable, on l'adule et on le louange. Avec cette bible de toute beauté, véritable ouvrage de luxe, on achète une référence. Avec Johnson en Angleterre, il s'agit d'une des plus belles encyclopédies du vin. De magnifiques photographies présentent les plus beaux vignobles du monde.

- Un privilège à votre table, Diane Tremblay, Éditions Québec Amérique, 158 pages, 2006.

Chef émérite au Saguenay, Diane Tremblay nous fait partager sa passion autant pour sa région, dont elle utilise certains produits, que pour sa philosophie, qui accorde une large place aux producteurs et aux artisans des métiers de bouche. Créative et intuitive, elle nous fait partager les recettes de son restaurant, une destination incontournable dans cette si belle région.

- Dictionnaire amoureux du vin, Bernard Pivot, Éditions Plon, 476 pages, 2006.

Plus besoin de présenter Bernard Pivot, journaliste et amateur de bons vins. Dans ce nouveau dictionnaire amoureux, il témoigne de sa passion pour le bien-manger et le bien-boire. Anecdotes et histoires délectables se déclinent sous la plume habituelle de l'auteur. Du plaisir assuré, avec ou sans la dive bouteille.

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Philippe Mollé est conseiller en alimentation. On peut l'entendre tous les samedis matin à l'émission de Joël Le Bigot, Samedi et rien d'autre, à la Première Chaîne de Radio-Canada.