Médias - Émissions fortes recherchées

Des émissions de fiction qui peinent à trouver leur public, des chaînes spécialisées qui progressent sans cesse, la télé-réalité qui domine comme jamais, les Québécois fous du hockey, l'automne télévisuel apporte son lot de surprises. Petit bilan provisoire de mi-saison.

TVA domine toujours, mais la grande chaîne privée n'arrive plus à obtenir 30 % de l'écoute. Depuis la mi-septembre, sa part de marché est de 28,2 % (selon les moyennes hebdomadaires calculées par Le Devoir d'après les chiffres BBM, dont les dernières données vérifiées datent du 29 octobre). Et dans la liste des 30 émissions les plus regardées au Québec, tous réseaux confondus, Occupation double occupe la première place depuis cinq semaines (avec des auditoires de 1,7 ou 1,8 million de téléspectateurs).

Autre observation: TQS est en deuxième place cet automne, avec une part de marché générale de 13,9 %. L'écoute de TQS est dopée par Loft Story, tant l'édition quotidienne que le talk-show du dimanche soir.

Radio-Canada suit ensuite, avec une part de marché de 13,6 %. Tout le monde en parle demeure le principal moteur de l'écoute radio-canadienne: c'est la deuxième ou la troisième émission au Québec, échangeant quelquefois sa place avec Lance et compte de TVA.

Mais aucune des nouvelles émissions de fiction de Radio-Canada n'apparaît dans la liste des 30 émissions les plus regardées au Québec, à l'exception de C.A., apparue en fin de liste les deux premières semaines. Tout sur moi et Sophie Paquin ont des auditoires se situant entre 400 000 et 500 000 personnes, et Le 7e round, qui a été placée contre Occupation double le jeudi soir, est un échec cuisant, avec une écoute qui dépasse à peine 250 000 téléspectateurs. Les émissions les plus regardées de Radio-Canada sont, après Tout le monde en parle, Le Match des étoiles, L'Auberge du chien noir, Rumeurs, Et Dieu créa Laflaque, Providence, La Facture... Autrement dit, la seule proposition véritablement nouvelle de Radio-Canada depuis un an qui a ratissé large, c'est Le Match des étoiles.

On remarque également que, dans la liste des dix émissions les plus regardées, tous réseaux confondus, on retrouve surtout des titres éprouvés, comme Les Poupées russes, Nos étés, Annie et ses hommes.

Pourquoi investir?

Le succès de la télé-réalité, mis en parallèle avec la difficulté des nouvelles émissions de fiction, suscite plusieurs interrogations. Les réseaux commerciaux pourraient se demander pourquoi ils devraient investir beaucoup d'argent dans des fictions coûteuses alors qu'ils peuvent obtenir de l'écoute et des revenus publicitaires avec des télé-réalités (malgré le succès de Nos étés, TVA ne cesse de répéter qu'elle manque d'argent pour financer ce genre de séries coûteuses).

À Radio-Canada on semble vouloir maintenir le cap de la fiction. Sylvain Lafrance, vice-président aux services français de Radio-Canada, faisait remarquer au Devoir il y a quelques jours que Radio-Canada lançait onze nouvelles dramatiques pendant l'année 2006-2007 (y compris les séries pour enfants). «Est-ce que nous créons trop de nouveaux univers? se demande-t-il. Mais c'est notre rôle de commander la création, de faire travailler auteurs, réalisateurs, comédiens!»

Pourtant, alors que la fiction a toujours été le moteur de l'écoute télévisuelle au Québec, on sent maintenant que cette écoute s'organise autour de quelques titres en nombre plus limité... et clairement autour de la télé-réalité.

Autre phénomène: depuis quatre semaines, selon le calcul du Devoir, l'écoute des chaînes spécialisées au total se situe autour de 35 % ou 36 %. C'est énorme. À elle seule l'écoute du Réseau des Sports (RDS) entre 5 et 6 % de l'écoute totale de la semaine au Québec.

De plus en plus morcelée

La firme BBM a apporté plusieurs modifications cet automne à ses méthodes de calcul, et ces modifications ont tendance à mieux tenir compte de l'écoute des chaînes spécialisées. Selon les informations obtenues par Le Devoir auprès des réseaux, chiffres à l'appui, l'auditoire total de la télévision demeure très stable. Autrement dit, la télé n'est pas regardée par moins de gens (alors qu'on pourrait croire qu'Internet ferait diminuer l'écoute de la télévision). Son écoute est plutôt de plus en plus morcelée.

Dans un tel contexte, il devient de plus en plus difficile d'imposer un nouveau titre (Radio-Canada l'a pourtant fait il n'y a pas si longtemps avec Les Bougon). Certaines nouvelles propositions arrivent à peine à surnager. Le nouveau magazine de fin de soirée de TQS, Dutrizac, est sous la barre des 150 000 téléspectateurs. Le nouveau magazine culturel de Radio-Canada le vendredi soir, Prochaine sortie, est un désastre (entre 116 000 et 160 000 téléspectateurs).

Quant à Télé-Québec, elle devra se montrer très patiente avec Bazzo.tv, qui pour le moment rassemble 33 000 téléspectateurs à midi et 29 000 à 22h.

Pour en revenir aux nouvelles fictions de Radio-Canada, on remarque qu'elles s'adressent surtout à un public de jeunes dans la trentaine, un public urbanisé de Montréal. Est-ce un défaut? Certains se demandent si les téléspectateurs se retrouvent mieux dans des télé-réalités dont les concurrents proviennent surtout de la banlieue et des petites villes... de la même façon que le succès de Star Académie s'appuyait beaucoup sur la mise en scène des régions à l'écran.

pcauchon@ledevoir.com