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Il y a d'abord eu les élections fédérales de novembre 2000 dont personne ne s'expliquait la raison d'être, tellement le gouvernement Chrétien n'avait rien de neuf à offrir. Les dix mois subséquents n'ont rien offert de mieux et, n'eût été des attentats du 11 septembre 2001, Ottawa se serait pratiquement transformé en statue de sel.

Les quelques mois d'activité fébrile qui ont suivi n'ont finalement été qu'un leurre, auquel le discours du Trône de septembre dernier n'a rien changé. Le gouvernement libéral fait du surplace depuis des années et ne cherche même plus à s'en cacher.

Pour que puisse être présenté ce discours du Trône, la session a été prorogée, les projets de loi sont morts au feuilleton et les comités ont été dissous. Depuis le 30 septembre, 14 projets de loi ont été présentés mais, dans 11 cas, il s'agit de vieux projets dont on a repris l'étude là où on l'avait laissée. Seulement trois nouvelles législations ont été présentées en trois semaines. Et, comme tous ces projets ont déjà été renvoyés à des comités ou au Sénat, la Chambre des communes, elle, n'a plus de législations à se mettre sous la dent depuis lundi.

La nudité du menu parlementaire illustre éloquemment l'improvisation et la léthargie libérales, mais ce n'est qu'un symptôme parmi d'autres. Des dossiers cruciaux en sont affectés. La valse-hésitation autour de la ratification du protocole de Kyoto, qui a pris cinq ans avant de prendre fin, en est un exemple. Tout comme l'indifférence face à l'effritement des forces armées ou le refus de discuter sérieusement des problèmes du système de santé.

Le gouvernement dira qu'il a amorcé un débat sur ce sujet lundi, mais la ministre de la Santé, Anne McLellan, a jugé inutile d'y participer. «Il faut attendre le rapport de la commission Romanow», a-t-elle dit lundi pour se défendre. Pourquoi alors a-t-elle présenté une motion?

Pour combler le vide, doit-on conclure, tant le texte est d'une ahurissante insignifiance. «Que la Chambre prenne note de la discussion publique courante sur l'avenir du système canadien des soins de santé.» Franchement, de qui rit-on? Le gouvernement est chanceux que les partis d'opposition n'aient pas d'un seul mouvement quitté la Chambre des communes pour dénoncer la farce à laquelle on les conviait. L'embarras aurait été total. Le gouvernement a agi comme si son rôle se limitait à tenir le Parlement occupé. Une garderie, en somme, pour des élus dont on se soucie peu.

La même nonchalance a entaché tout le débat au sujet du protocole de Kyoto. Conclu en 1997, le protocole a fait l'objet de consultations sans fin au Canada. Cinq années ont passé sans qu'on sache si le gouvernement comptait ratifier ou non l'accord. Des provinces et des entreprises ont quand même fait leurs devoirs, pendant que d'autres se traînaient les pieds en espérant s'en sauver.

Ottawa n'a rien fait pour les détromper, ce qui a nui à l'élaboration du plan d'action canadien. La pression n'a monté qu'après la déclaration du premier ministre Jean Chrétien faite à Johannesburg, au début de septembre. Il a alors annoncé que le Canada ratifierait le protocole avant la fin de l'année.

Si telle était l'intention du gouvernement fédéral, il aurait dû le faire savoir avant, ne serait-ce que pour éviter de se retrouver au pied du mur, comme c'est le cas maintenant. Au bureau du ministre de l'Environnement, David Anderson, on note que les pays qui ont déjà un plan y sont parvenus en ratifiant rapidement, forçant du même coup gouvernements locaux et entreprises à négocier sérieusement au lieu de chercher à gagner du temps.

Le Parlement a finalement débattu, la semaine dernière, de l'annonce du premier ministre, mais à l'initiative de l'Alliance canadienne. Le ministre n'est intervenu qu'en fin de journée, une fois les chefs partis. Il a aussi choisi ce jour-là pour dévoiler le plan d'action fédéral.

Depuis une semaine, on se demande ce que ferait le Parlement sans l'opposition pour inspirer les débats. Le gouvernement avait pourtant promis de nouvelles initiatives. Il a présenté celles sur l'éthique, la semaine dernière, mais à la sauvette et dans la confusion.

Lorsque la rumeur sur un discours du Trône avait commencé à circuler le printemps dernier, un nouveau greffier jugé plus activiste venait d'être nommé. Alex Himelfarb avait renforcé son image lors de son premier discours devant les hauts fonctionnaires fédéraux. Il les avait alors invités à contribuer à l'élaboration du nouveau programme gouvernemental.

Six mois plus tard, ça sent toujours le réchauffé. La bureaucratie outaouaise serait-elle en panne d'idées ou est-ce le gouvernement qui craint d'innover? On a plutôt l'impression que le coeur n'y est plus.

À Québec, l'opposition juge le gouvernement péquiste usé et en déroute. Les mêmes mots pourraient décrire celui d'Ottawa. À une différence près. À Québec, on semble continuer à gouverner, alors que, à Ottawa, on se laisse ballotter par le confort du pouvoir incontesté, l'absence d'échéance électorale et la course au leadership.

mcornellier@ledevoir.com