Fonds d'investissement - Le coffre à outils

Quand vient le moment de choisir un fonds pour son portefeuille, il est souvent très difficile de départager celui qui nous conviendra le mieux, surtout parmi les plus de 5000 offerts à l'investisseur. Parmi les critères évidents, il y aura toujours le gestionnaire, la famille de fonds, l'historique et la constance des rendements, mais il y a aussi un peu plus.

Certaines mesures quantitatives issues de la théorie moderne du portefeuille peuvent s'avérer utiles pour analyser le rendement d'un fonds. Des mesures telles que le bêta, l'alpha, les ratios de Sharpe et de Treynor ainsi que l'écart type permettent de comparer des fonds entre eux ou par rapport à un indice, et ce, autrement que par la simple utilisation des rendements. Ça peut sembler ardu, mais ces mesures sont des outils fiables et indispensables, à moins que vous ne préfériez laisser vos épargnes entre les mains du hasard?

Le bêta

Le bêta mesure le risque du fonds par rapport au marché tel qu'exprimé par l'indice de référence. Un bêta élevé, supérieur à 1, signifie que le risque du fonds est supérieur à celui du marché.

Le bêta le plus élevé sur cinq ans de tous les fonds disponibles du côté des actions canadiennes, on le trouve dans le Mavrix entreprise. Avec un bêta de 1,6, on peut dire que, lorsque l'indice S&P/TSX augmente de 1 %, le fonds est susceptible de monter de 1,6 %, mais l'inverse est aussi vrai: quand le marché baisse de 1 %, le fonds peut aussi subir une baisse de 1,6 %. Ce que l'investisseur doit retenir avec cette mesure, c'est sa propre capacité à absorber ou non de tels écarts, à la hausse ou à la baisse, avec ses placements comparés au marché: plus le bêta est élevé, plus la volatilité est élevée par rapport à nos indices de référence.

L'alpha

La compréhension de l'alpha est quant à elle un peu plus difficile à saisir. Grosso modo, l'alpha positif est le rendement supplémentaire obtenu par le fonds par rapport au rendement qui était anticipé selon son bêta. Sans entrer dans les détails, un alpha supérieur à 0 signifie que le fonds a été en mesure de générer un rendement supérieur à celui qui était anticipé par son bêta.

Avec un alpha de 0,88 sur cinq ans, le Sceptre actions croissance est le fonds qui obtient l'alpha le plus élevé du côté des fonds d'actions canadiennes. Le produit de la famille de fonds Sceptre a donc obtenu un rendement mensuel de 0,88 % supérieur à ce qui était prédit selon le risque du fonds par rapport au marché. Plus l'alpha est élevé, plus le gestionnaire se démarque.

Le R-carré

Le R-carré mesure la portion du rendement du fonds qui est expliquée par l'indice de référence. Cette mesure varie de 0 à 100. Un R-carré de 100 signifie que la totalité des mouvements du fonds est expliquée par l'indice de référence. Un tel chiffre est atteint dans le cas des fonds indiciels et des fonds transigés en Bourse, des produits qui calquent les mouvements des indices de référence.

Pour les fonds d'actions canadiennes, le R-carré le plus faible sur cinq ans vient du Mavrix Canada. Avec un R-carré de 69, cela signifie que 69 % des mouvements du fonds sont expliqués par les mouvements du S&P/TSX. Plus le R-carré est élevé, plus le rendement du fond est du au marché et non à l'apport du gestionnaire.

L'écart type

L'écart type mesure le niveau de variation des rendements. Plus ce chiffre est élevé, plus on considère que la volatilité du fonds est élevée.

Pour les fonds d'actions canadiennes, le Mackenzie Cundill possède l'un des écarts types les plus faibles. Cette mesure s'élève à 6,1 pour ce fonds, comparativement à 11,5 pour le S&P/TSX.

Le ratio de Sharpe

Le ratio de Sharpe mesure le rendement généré par le fonds compte tenu de sa volatilité mesurée par l'écart type. Plus cette mesure est élevée, plus la volatilité est récompensée par un rendement élevé.

Du côté des actions canadiennes, ce sont les fonds composés de petites capitalisations qui obtiennent les meilleurs ratios de Sharpe. Parmi les meilleurs résultats, notons le fonds Clarington petites sociétés canadiennes, qui obtient sur cinq ans une mesure de 1,71, et le NordOuest spécialité actions avec 1,55. Par comparaison, l'indice de référence pour les petites capitalisations canadiennes, le BMO Nesbitt Burns petite capitalisation, obtient un ratio de Sharpe de 0,99. Notons également que, de façon générale, cette mesure est très faible dans la catégorie des fonds monétaires.

Le ratio de Treynor

Le ratio de Sharpe mesure le rendement généré par le fonds compte tenu de sa volatilité mesurée par le bêta. Plus cette mesure est élevée, plus la volatilité a été récompensée par un rendement élevé. Soulignons que cette mesure est similaire à celle du ratio de Sharpe.

Pour les actions canadiennes, les ratios de Treynor les plus élevés proviennent du secteur des petites capitalisations. Le fonds Clarington petites sociétés canadiennes s'en tire très bien avec un ratio de 31,96, tout comme le NordOuest spécialité actions qui obtient un ratio de 29,44. Une comparaison: l'indice BMO Nesbitt Burns petite capitalisation affiche un ratio de 15,63.

Le classement des fonds selon le nombre d'étoiles par la firme Morningstar est également une mesure qui tient compte du rendement et de la volatilité. Imparfaite et trop utilisée à toutes les sauces. Le tableau de corrélation des fonds qui composeront votre portefeuille sera aussi déterminant: inutile de multiplier les fonds trop semblables.

L'investisseur qui aura fait ses choix à partir de ces différents outils de mesure devrait par la suite faire analyser l'ensemble de son portefeuille et en extraire chacune de ces mesures pour l'ensemble du portefeuille. Pas toujours facile à trouver, mais votre conseiller pourra vous être fort utile. Le résultat de votre portefeuille sera la somme de ses composantes. Tenez-en compte, c'est la mesure la plus importante.

question@avantages.com

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L'auteur est conseiller en placement et président d'Avantages Services financiers, une société indépendante spécialisée dans le courtage de fonds communs de placement et dans la gestion privée.