Le nouvel observatoire

Si besoin en était encore, les événements de la dernière semaine ont montré toute la richesse, la force et la sagesse du système politique américain, a déclaré un observateur des États-Unis, l'un des très innombrables experts qui gagnent leur vie en ne faisant rien d'autre qu'observer les États-Unis et qui apparaissent dans les médias lorsqu'il se passe quelque chose aux États-Unis.

«Et là, quand je parle de richesse, je suis persuadé que vous pensiez que j'allais évoquer, dans la foulée des élections au Congrès, le formidable assemblage de poids et contrepoids dans les structures du pouvoir, entre la fonction présidentielle et chacune des entités constituantes de la législature, en vertu duquel aucune institution ne peut exercer d'autorité absolue et est toujours soumise à l'arbitrage de l'équilibre des compétences et, au bout du compte, au blanc-seing décisionnel de la volonté populaire souveraine, ou quelque chose d'approchant puisque si je commence trop à nuancer et à être précis, je vais perdre dans un amoncellement de détails techniques tous les béotiens qui ne passent pas leur temps à observer les États-Unis», a déclaré le spécialiste.

«Mais c'est pas ça pantoute», a-t-il ajouté.

«Non, ce que je veux évoquer ici, c'est la démission de Donald Rumsfeld du poste de secrétaire à la Défense», a indiqué l'observateur.

«Ce moment particulier de la vie démocratique telle qu'on peut l'observer aux États-Unis nous a en effet rappelé qu'il était possible, dans l'exacte mesure où on est copain avec des grosses poches, d'atteindre le sommet de la hiérarchie, de plonger son pays d'appartenance dans une guerre absurde, de mener celle-ci tout croche, d'embourber le bourbier, d'en remettre encore, bref de foquer le chien tout en n'ayant de comptes à rendre à personne, en faisant constamment le smatte, en mentant comme un fabricant de dentiers. Et le tout, attention ça va donner un petit coup, à tel point que je vais devoir supprimer les italiques, sans jamais avoir été élu par qui que ce fût.»

«Vous, c'est votre affaire, mais moi, je trouve ça extraordinaire, même si plus grand-chose ne me surprend étant donné ma longue expérience en matière d'observation des États-Unis, a témoigné l'expert. C'est quand même un sacré indice de richesse quand on peut faire autant de choses juste parce qu'on est riche.»

«Et j'ajouterai que c'est tout un signe de santé démocratique quand, après avoir élu des centaines de personnes, le peuple peut se reposer et laisser à une avant-garde éclairée le soin de choisir ses hauts dirigeants sans que ce même peuple se fasse déranger toutes les cinq minutes par un vote ou quelque chose du genre», a-t-il relaté.

L'analyste a ensuite coupé court à la conversation, signalant qu'il devait retourner en toute hâte observer les États-Unis.

***

D'après un observateur de la politique étrangère des États-Unis dans le monde, la condamnation à mort de Saddam Hussein pourrait conduire à de la violence en Irak.

***

Les démocrates et les républicains sont sortis grands gagnants des élections au Congrès des États-Unis qui se sont déroulées mardi, a révélé, au terme d'une étude serrée, un professionnel de l'observation des États-Unis.

«Même pas besoin d'être un observateur aguerri des États-Unis pour observer ça, a confié l'américanologue. Ensemble, le Parti démocrate et le Parti républicain ont récolté, quoi, 99,9 % des voix et 99,9 % des sièges? Mettez-vous à leur place: vous ne seriez pas satisfait, vous, avec un pareil score, obtenu de surcroît dans un contexte non dictatorial? Après mûre analyse, j'en suis arrivé à la conclusion que les démocrates et les républicains ont un beau présent et un superbe avenir. Imaginez en outre s'ils procédaient à une fusion: quelle équipe ils auraient pour affronter l'électorat!»

Selon l'intellectuel, la domination des démocrates et des républicains prouve qu'un ou des tiers partis ne sont pas nécessaires puisque ces deux-là rassemblent déjà la totalité des idées politiques possibles. «De fait, il y a tellement d'idées là-dedans qu'il est difficile de distinguer un parti de l'autre. Pour cette raison, les électeurs ne prennent pas de risques et appuient l'un ou l'autre avec la certitude que peu importe qui est élu, leurs idées seront représentées et défendues par quelqu'un qui n'a pas besoin d'y croire pour faire de la politique dans un des deux partis», a-t-il déclaré.

Par ailleurs, a fait remarquer le commentateur, les élections de mi-mandat ont couronné un autre gagnant: l'homme blanc dans la cinquantaine plutôt à l'aise financièrement en veston-cravate.

«Les chiffres sont très clairs là-dessus, a expliqué l'observant. Certes, au fil des scrutins, on note une progression en nombre, au sein des membres du Congrès, des femmes, des Noirs et de divers groupes ethniques, un peu moins des jeunes. Mais au rythme où ça va, ça va prendre mille ans avant que leur percée ne soit significative. L'homme blanc dans la cinquantaine plutôt à l'aise financièrement en veston-cravate, qui s'impose depuis l'invention du veston-cravate car avant ça il était déjà au pouvoir mais simplement en tant qu'homme blanc dans la cinquantaine plutôt à l'aise financièrement, a un beau présent et un superbe avenir. Surtout qu'il affiche une forte tendance à être démocrate ou républicain ou les deux.»

Quant aux pauvres, a poursuivi le scientifique, oubliez ça.

«Le système américain, je ne saurais le souligner assez, est magnifiquement bien pensé. Les pauvres, en général, ne votent pas parce qu'ils sont trop paresseux, raison pour laquelle ils sont d'ailleurs pauvres. Le pouvoir n'a donc pas intérêt à se consacrer à eux, ni le temps de le faire. La tâche de faire des sparages autour de la pauvreté est donc confiée à un ancien président qui n'a plus aucun pouvoir et qui lui-même connaît bien la pauvreté pour gagner beaucoup d'argent à en parler. À en parler à des personnes dans l'ensemble assez riches, soit dit en passant.»

«Pendant ce temps-là, le gouvernement a la paix, et il peut tranquillement vaquer à la tâche qui lui est impartie, soit la création de richesse. C'est logique. C'est pour ça que les États-Unis, ça marche, ce qu'on ne peut pas dire du reste du monde», a noté le professionnel.

Le penseur a conclu en affirmant qu'il était plus que temps qu'il retourne observer les États-Unis.

jdion@ledevoir.com

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.