Théâtre - Histoire de famille

Questembert — Quelque part au coeur du Morbihan, en Bretagne, la commune de Questembert et ses 7400 habitants accueillent un festival de théâtre consacré à la petite enfance. Pendant une dizaine de jours, du 4 au 15 novembre, onze compagnies venues de toutes les régions de France et même du Danemark composeront ici le menu du deuxième Festi'Mômes. Voilà qui est déjà étonnant: que cette petite ville qui forme le noyau central de ce qu'on appelle ici une «communauté de communes» — l'équivalent de nos municipalités régionales de comté (MRC) — réussisse à mettre sur pied un événement de cette envergure a de quoi surprendre. Comment s'y prend-on pour faire bouger autant de gens aussi loin? Surtout que vous ne percevez encore que la toute petite pointe de l'iceberg puisque Questembert accueille aussi un colloque sur le théâtre destiné à la petite enfance, le tout servi avec les ateliers, les stages de formation et les conférences qui pimentent toujours ce genre de réunion...

Regardons cela de plus près. Questembert, qui est donc le pivot d'une «communauté de communes» — ç'a une certaine élégance, non? — regroupant dix localités différentes, accueille trois de ces spectacles puisqu'on vient d'y construire une nouvelle salle des fêtes bien équipée. Mais les autres productions au programme du festival sont présentées dans les neuf autres composantes de la MRC locale, au rythme d'une par communauté. On pense tout de suite aux problèmes de logistique occasionnés par la formule, aux locaux nécessaires, aux structures d'accueil...

Mais il y a plus étonnant encore: huit des onze spectacles offerts ici s'adressent à des tout-petits de moins de deux ans! Cousu main, de la Compagnie Éclats, par exemple, est un spectacle auquel peuvent assister les bébés à compter de six mois! Six mois! Tout cela mis ensemble, je me suis dit que les gens derrière ce petit festival présenté dans ce qu'on pourrait appeler une région perdue ont probablement des choses à nous apprendre qui pourraient peut-être servir chez nous...

Si on commence par la fin, on trouvera déjà un visage connu: celui de Joël Simon, le directeur du festival Méli'môme de Reims, qui assure la direction artistique à Questembert. C'est donc lui qui a programmé les 11 spectacles de Festi'Mômes, certains ayant déjà été présentés chez lui, dont Toot ouïe, de la compagnie Ramodal, qu'on verra aux prochains Petits Bonheurs à Montréal, en mai. Et s'il s'est tapé les 600 kilomètres qui séparent Reims de Questembert, le Joël Simon, c'est parce qu'il est natif de ce patelin de la Bretagne profonde et que c'est une conseillère municipale (qui se trouve à être sa soeur) qui lui a demandé d'assumer ce rôle. Mais il y a là beaucoup plus qu'une histoire de famille.

L'existence même de ce festival pose en fait tout le problème — et toutes les solutions originales qu'on se voit forcé d'inventer quand on veut leur donner forme — des événements culturels en région. Ici comme chez nous.

Si la qualité de la programmation est assurée du simple fait de la présence du sieur Simon, comment met-on tout le reste en place? Commençons par le financement de l'événement, dont l'origine est le seul paramètre de l'équation qui n'ait pas cours chez nous puisqu'il est supranational, c'est-à-dire assumé à hauteur de 35 % par un programme du Parlement européen. Mais l'exemple vaut quand même puisque le budget global du festival tourne autour de la somme faramineuse de 55 000 euros, soit plus ou moins 80 000 $CAN. Onze spectacles répartis sur une dizaine de jours, 11 compagnies différentes, un colloque, des ateliers, des formations, tout cela pour 80 000 $: on a déjà vu de l'argent moins bien investi... Une MRC de taille équivalente au Québec, celle de Coaticook par exemple, aurait les moyens de financer un projet semblable... si elle en avait la volonté politique.

Bien sûr, le festival compte sur une armée de bénévoles avec un responsable pour chacune des communes en présence: Berric, Lauzach, Limerzel, Caden, La Vraie Croix, Larré, Le Cours, Molac et Pluherlin, dont vous n'entendrez probablement plus parler d'ici la fin de vos jours. Dans chacune de ces communes, les comédiens et les techniciens sont logés gratuitement chez l'habitant, tout le monde ayant choisi de se mobiliser de cette façon. Les productions, comme c'est souvent le cas avec les petites formes que favorise le théâtre pour la petite enfance, sont «autonomes», comme on dit ici. En clair, elles nécessitent peu de moyens techniques et peuvent être présentées dans tous les genres de salles, ce qui réduit considérablement, on s'en doute, les coûts. Comme disait l'autre: quand on veut, on peut!

C'est pour quand, le premier Questembert au Québec?

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En vrac

- Même si le fond de l'air est frais en Bretagne, cela ne nous empêchera certainement pas de vous signaler comme ça la 50e Entrée libre des Cahiers de théâtre Jeu, qui se tiendra au Théâtre La Chapelle lundi prochain de 17h à 19h. Le sujet à l'ordre du jour: «Y a-t-il trop de compagnies théâtrales pour les fonds disponibles?» La question est un peu crue, et les participants au débat (David Lavoie, de la Pire Espèce, Pierre MacDuff, des Deux Mondes, et Richard Simas, de La Chapelle) verront sans doute à la nuancer. Entrée libre.

- L'École supérieure de théâtre de l'UQAM présente, les 24 et 25 novembre, une série de rencontres et de discussions sur un sujet fort intéressant: «Filmer le théâtre: mémoire ou oeuvre d'art?» La rencontre s'amorcera le 23 avec la projection à la Cinémathèque du film Le Temps et la Chambre de Botho Strauss dans la mise en scène de Patrice Chéreau, qui a aussi réalisé le film. Plusieurs invités de marque participeront à l'événement: Josette Féral et Paul Tana, qui dirigent la série «Paroles d'artistes», Eric Darmon, qui a tourné avec Ariane Mnouchkine, Michèle Lanctôt, qui parlera de l'adaptation du théâtre à l'écran, Martin L'Abbé, qui a réalisé un film sur Denis Marleau, Stéphane Metge, qui travaille avec Chéreau depuis une dizaine d'années, le cinéaste Jean-Claude Coulbois ainsi que plusieurs autres. Tout cela se passera au foyer du Studio-Théâtre Alfred-Laliberté au pavillon Judith-Jasmin de 9h à 18h. Comme toujours, l'entrée est libre.