Le prix à payer

Le premier ministre Bernard Landry passe à la caisse. La démission de Paul Bégin est le prix qu'il doit payer pour avoir négligé de formuler une stratégie souverainiste transparente depuis qu'il a succédé à Lucien Bouchard.

M. Bégin n'a certainement pas apprécié qu'on décide, dans son dos, la nomination d'un médiateur dans le conflit avec les procureurs de la Couronne. Mais ce geste a sans doute davantage été le prétexte de sa démission que sa raison profonde. Quelqu'un qui a des convictions acceptera d'être désavoué sur une question ponctuelle s'il croit ce sacrifice utile à la cause plus importante qu'il défend.

Cette démission va faire mal. Elle va faire mal parce que la critique, cette fois-ci, vient de l'intérieur. Ce ne sont plus des supputations de militants désemparés réunies dans un rapport confidentiel comme celui divulgué au Devoir la semaine dernière. Le constat d'échec est fait par un homme qui était assis à la table du cabinet.

La fronde risque de prendre de l'ampleur. Tous les gérants d'estrade vont se sentir autorisés à frapper plus fort.

Ce qui se produit était prévisible. Chaque fois que les chefs légitimes de la mouvance souverainiste n'occupent pas eux-mêmes l'espace public sur ce sujet, ce sont les voix radicales qui prennent le dessus. M. Landry est, après René Lévesque et Lucien Bouchard, pris dans la même dynamique.

Sa promesse de tenir «un référendum dans 1000 jours si... » n'est rien d'autre que la réitération de la stratégie des conditions gagnantes de Lucien Bouchard. Aussi, personne n'y croit. C'est pourquoi des gens sont à la recherche d'autre chose. En laissant vacant le terrain stratégique, M. Landry a permis l'expression de toutes les conjectures, même les plus farfelues, y compris la proposition de tenir un référendum en juin 2003.

Comment songer une seconde à la possibilité de convaincre la majorité des Québécois de voter en faveur de la souveraineté d'ici un an, même d'ici deux ou trois ans, quand le PQ est aussi divisé, lorsque la mouvance souverainiste est déprimée à ce point et que l'ensemble de la population affirme son désir de ne pas être replongée dans une atmosphère référendaire?

Ceux qui élèvent la voix, comme Paul Bégin, pour réclamer un référendum à tout prix sont dans l'erreur. Cette obsession référendaire est susceptible de tuer l'option bien plus que les hésitations du gouvernement actuel. Pour gagner un référendum, il faut convaincre ceux qui ne le sont pas encore. Ceux-ci ne sont plus à l'écoute.

D'aucuns suggèrent de fonder un Conseil de la souveraineté pour relancer l'option. Qu'attendent-ils, ces gens-là, pour le mettre sur pied, ce conseil?

C'est cependant se bercer d'illusions que de croire qu'un mouvement comme celui-ci pourrait, seul, conduire le Québec à son indépendance. Sans un parti politique structuré capable d'exercer le pouvoir et de convaincre des Québécois qui boudent la souveraineté de devenir souverainistes, ce projet n'ira nulle part. Ce n'est pas pour rien, je suppose, que le RIN s'est transformé en parti politique et qu'il s'est sabordé au profit du PQ.

Le projet souverainiste ne peut aboutir que s'il est intégré à un projet politique pour le Québec. La souveraineté ne peut se faire sans l'appui des Québécois moyens. Ceux-ci, qui n'ont pas la souveraineté dans les tripes comme Paul Bégin, doivent être convaincus que ce projet fera progresser le Québec sur tous les plans. C'est en exerçant le pouvoir que les souverainistes peuvent le mieux illustrer comment la souveraineté peut s'incarner dans les préoccupations quotidiennes de la société.

Contrairement à ce qu'écrit l'éditorialiste en chef de La Presse, André Pratte, l'article 1 du programme du Parti québécois n'est ni un abcès ni une plaie. C'est au contraire un horizon ouvert sur l'avenir. La plaie, c'est le maintien du Québec dans une fédération qui est une contrainte plus qu'un instrument d'émancipation. La souveraineté ne

fait pas partie du problème, elle fait partie de la

solution.

Le problème du Parti québécois vient plutôt du manque d'imagination et de volonté stratégique. À côté des Paul Bégin et Jacques Parizeau, il doit bien y avoir d'autres voix capables de suggérer un chemin adapté au goût du jour pour réaliser la souveraineté du Québec.

En conférence de presse, M. Bégin réclame de l'action au delà des paroles. Si un programme d'action souverainiste était mis en oeuvre, situant le référendum non pas comme le point de départ mais comme le point d'arrivée du processus, les critiques cesseraient, ceux qu'on appelle «les caribous» emprunteraient volontiers la piste qui leur serait ouverte au lieu de se jeter dans une rivière.

Beau défi de leadership pour Bernard Landry. Celui de faire apparaître au PQ une voie nouvelle vers le pays. S'il ne relève pas ce défi, la désaffection va se poursuivre.

Autant ceux qui trouvent suicidaire la tenue d'un référendum que ceux qui veulent la souveraineté mais qui ne croient plus aux conditions gagnantes vont quitter le navire péquiste. Les uns seront repoussés par le bruit que font les radicaux, les autres par l'ambivalence du gouvernement. M. Landry aura alors présidé à l'effondrement du

Parti québécois.

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