Des fusions et des banques

Une fenêtre d'un an, il y a. D'ici à ce que soit officiellement lancée la course au leadership du parti libéral fédéral.

Paul Martin occupe pour l'instant la tête du peloton quant à celui qui pourrait remplacer Jean Chrétien, le premier ministre sortant. Paul Martin est celui-là même qui a repoussé du revers de la main les deux tentatives de fusions de nos grandes banques, soit celle de la Banque Royale avec la Banque de Montréal et celle de la Banque CIBC avec la Banque Toronto-Dominion. Refus qu'il a décrété alors qu'il était ministre fédéral des Finances.

Ce poste est aujourd'hui occupé par John Manley. Plus jeune que son prédécesseur mais tout aussi ambitieux. Lui aussi veut prétendre au trône de Jean Chrétien. Lui aussi doit lever des fonds si précieux pour mener une campagne efficace contre Paul Martin. Et, pour ce faire valoir, quoi de mieux pour un jeune loup que de piloter un grand projet tel celui de la fusion de deux grandes banques?

Une supposition qui a gagné en substance la semaine dernière alors que John Manley a demandé à deux comités parlementaires de se pencher sur les conditions requises pour procéder à une telle fusion et, en particulier, de mieux clarifier celles exigeant qu'une consultation soit menée auprès du public avant d'approuver celle-ci.

Machine à rumeurs

Une requête qui n'a pas tardé à mettre en branle la machine à rumeurs quant à savoir lesquelles d'entre nos grandes banques seront les conquérantes et les conquises. Et, d'entre toutes ces rumeurs, une constante se dégage: la Banque de Montréal constitue la cible idéale d'acquisition. Constante qui d'ailleurs s'est reflétée dans le cours de l'action qui est passé au-dessus de la barre de 40 $ la semaine dernière.

Parmi les prédateurs figurent deux noms: la Banque Royale et la Banque Scotia. C'est la Banque Royale qui, en 1998, avait lancé la première tentative de fusion en déposant une offre d'achat de toutes les actions de la Banque de Montréal (offre autour de 45 $ l'action si on tient compte du dernier fractionnement des actions). Quelques semaines après cette offre, la Banque CIBC l'imitait en déposant une offre d'achat de toutes les actions de la Banque Toronto-Dominion.

Que risque-t-il de se produire cette fois-ci? Je crois que la Banque Royale est la seule à avoir un bilan assez solide pour tenter d'enlever une autre grande banque qui ne peut être que la Banque de Montréal. Surtout qu'à la suite de sa rationalisation (elle s'était soldée par la vente des succursales dans l'Ouest canadien), la Banque de Montréal a haussé d'un cran son degré de complémentarité avec l'exploitation de la Banque Royale dont la présence est déjà très forte dans l'Ouest canadien. De plus, Harris Bankcorp, la filiale américaine de la Banque de Montréal, reste la plate-forme idéale pour la Banque Royale qui désire s'accaparer une part enviable du marché américain.

Certains analystes estiment que la Banque Scotia pourrait également être tentée par la Banque de Montréal. Elle ne sera pas capable toutefois de mener la lutte contre une Banque Royale plus riche et en bien meilleure santé financière. Donc, actionnaires de la Banque de Montréal, attendez-vous à devenir de futurs actionnaires de la Banque Royale du Canada ce qui ne devrait pas vous déplaire. Évidemment, il s'agit là que d'une prédiction mais qui gagne de plus en plus en probabilités.

cchiasson@proplacement.qc.ca