Théâtre: La vie, la mort, etc.

On est bien peu de choses, allez. Devant le plus minuscule presque invisible microbe de virus, même les grandes bêtes de 100 kg s'écrasent en émettant des râles lamentables destinés tout autant à faire pitié qu'à excuser la mollesse passagère de leurs hémisphères cérébraux; voilà à quel point le théâtre est imbriqué dans nos vies. On en met toujours un tout petit peu plus.

À l'intérieur, sur le front, le même réflexe joue, bien sûr. Et plus l'infinitésimal envahisseur est petit, plus les angles de perception de la réalité semblent décider de s'inscrire d'eux-mêmes dans le cadre qui leur plaît. Cela va habituellement dans le sens de l'auto-apitoiement «justifié» mais, parfois, cela peut aussi prendre des proportions insoupçonnées. Comme si une soudaine décharge d'acide lysergique venait de décider que le temps de la reconfiguration de certains de vos paramètres était venuÉ

C'était un mercredi soir, par une nuit venteuse; les feuilles sentaient la vanille et la nuit était par moments tellement claire que les spectres convoqués par Momentum pour hanter le cimetière n'auraient souvent même pas eu besoin d'éclairage pour se faire voir. Et devant la présence de la mort sous tant de visages — la mort en pierre, en monuments, caveaux, croix, statues, plaques de bronze ou de marbre, la mort en ombres et en personnages de théâtre lourdement maquillés pour souligner les ravages du temps surtout quand il n'y en a plus, la mort en feuilles qui craquent, en odeur de terre fraîchement retournée, la mort en gros plan, en corbillard qui remonte l'allée, en souvenirs qui remontent eux aussi de pareils moments si différents, la mort en petits morceaux de mort accrochés aux images que l'on s'est faites du cimetière et des tombes parmi lesquelles on joue devant, derrière, partoutÉ — j'ai passé deux heures exquises.

C'est que le théâtre a cette propriété de faire surgir les bribes de théâtre endormi au plus profond de soi-même. Cela ne repose pas obligatoirement sur un texte — Castelluci est récemment venu nous le rappeler —, ni sur des personnages ou sur une histoire qu'on nous raconte — Momentum et toutes les compagnies dans la mouvance des recherches du Nouveau Théâtre expérimental (NTE) travaillent à cette déconstruction depuis des années. Cela tient du rituel. Et de ce que veulent bien investir des adultes consentants dans l'expérience. Comme disait Jean-Pierre Ronfard en entrevue lors de la réouverture de l'Espace libre: «le théâtre, c'est du temps partagé». C'est tout. Et c'est beaucoup en pleine nuit, dans un cimetièreÉ

En vrac
- C'est à la salle Ludger-Duvernay du Monument-National que les finissant(e)s de l'École nationale de théâtre présenteront leur premier exercice public du 5 au 10 novembre. Ils «zé» elles présenteront pour l'occasion Baruffa, une adaptation du célèbre Barouffe à Chiogga de Goldoni. Comme le souligne le communiqué de l'École, ces exercices publics constituent «la dernière étape de formation non seulement des acteurs, mais aussi des futurs concepteurs de son, d'éclairages, de décors et de costumes, des régisseurs, des directeurs techniques, des directeurs de production qui signeront le théâtre de demain». Quand on sait aussi que les billets sont vendus seulement 5 $, il n'y a plus vraiment de raison pour ne pas aller voir ce que demain nous réserveÉ
- C'est à la fin septembre que le Théâtre de la Bordée était inauguré officiellement, à Québec, on le sait. Ce qu'on n'a pas beaucoup dit, c'est que deux espaces du théâtre ont aussi été baptisés par la même occasion: la salle de répétition devient la salle Jean-Jacqui Boutet, du nom du comédien, metteur en scène et cofondateur de la compagnie; et l'atelier des costumes devient Chez Mame Marie pour rendre hommage à Reine-Aimée Pelletier, habilleuse dans la Vieille capitale durant une bonne trentaine d'années.
- Déjà, la pièce suffit à attirer l'attention: Richard II de Shakespeare est une sorte de voyage au bout de la nuit d'une terrifiante lucidité. Mais il y a aussi que la pièce est présentée à Chicoutimi jusqu'au 10 novembre et qu'on a réussi à dénicher sur place 13 des 14 comédiens qu'exige la production. Autre fait à signaler: il y aura colloque, le 8 novembre, autour du thème «être acteur». Paule Baillargeon, René-Daniel Dubois, Jean-Pierre Vidal et plusieurs autres participeront à la rencontre. On se renseigne au Pavillon des Arts de l'UQAC au (418) 545-5011.
- Il y a quelques semaines déjà, l'équipe des Cahiers de théâtre Jeu lançait une affiche: L'Arbre du théâtre québécois. Ça se présente commeÉ un arbre, évidemment, à multiples branches avec tout plein de noms d'artisans du théâtre d'ici, comme une sorte d'aide-mémoire et de parcours à explorer. D'après le carton, la chose semble intéressante même si je me suis arraché les yeux à tenter de déchiffrer quelques noms sur la version miniature destinée aux journalistes. L'affiche est en couleur, mesure 60 cm sur 90 cm et se vend 20 $. Comme les profits serviront à financer la survie de Jeu, n'hésitez pas à sortir votre portefeuilleÉ On se renseigne aux bureaux de la revue au (514) 875-2549.