Fonds d'investissement - Les faits

Le monde des fonds communs de placement a fait la manchette des différents quotidiens du Canada la semaine dernière: on avait publié les statistiques des ventes de septembre. «Catastrophe», «panique chez les investisseurs», titraient certains d'entre eux.

Les faits: 83 % des fonds communs de placement ont perdu de l'argent en septembre 2002, et il y a eu plus de 1,1 milliard de dollars de retrait le mois dernier selon les données de l'Institut des fonds d'investissement du Canada (IFIC). Il s'agit donc du sixième mois consécutif de retrait net chez nos gestionnaires de FCP. Les sorties de fonds observées avaient été seulement de 100 millions en août, mais de 1,1 milliard en juin et juillet 2002. Selon les données de l'IFIC, cette séquence devient la plus importante et la plus longue purge de retraits nets dans l'industrie des fonds communs de placement au Canada.

L'histoire

Même si, selon les données de l'IFIC, cette dernière séquence est la plus importante qu'ait connue l'industrie des fonds communs au Canada depuis que l'organisme compile les données de l'industrie, le phénomène n'a rien de nouveau en soi.

Les investisseurs ont clairement démontré la relation directe qui existe entre le rendement du marché boursier et leur attitude envers l'investissement. Les changements d'attitude des investisseurs sont intimement liés aux variations des rendements boursiers à court terme. L'industrie a connu de grandes variations dans les comportements des investisseurs avec des hauts et des bas.

Cependant, nous avons vu une telle situation se produire de la fin de 1991 jusqu'à septembre 1992, alors que les investisseurs achetaient massivement. La période a été suivie de rachats en octobre et novembre 1992. Le même cycle a été reproduit en 1994, 1998 et depuis l'année 2000 avec un pic au mois de septembre 2002. Les statistiques de l'IFIC pour le marché canadien sont tout à fait semblables, toutes proportions gardées, à celles de nos voisins du Sud. Elles indiquent que les investisseurs achètent massivement quand le marché semble surévalué et qu'ils vendent quand le marché offre des aubaines.

Les conséquences

On observe deux conséquences importantes à la suite de la fuite massive de capitaux des familles de fonds d'investissement: pertes d'emplois massives dans l'industrie, qui compte plusieurs dizaines de milliers de travailleurs, et, pour l'investisseur, des pertes majeures de capitaux. Malheureusement, ce sont là des pertes réelles et irrécupérables.

Il est extrêmement décevant de constater que les investisseurs ne sont guidés que par leurs émotions, et non par des décisions rationnelles, comme l'investissement le commande. Pire, malgré des objectifs clairs de placement dans un horizon de long terme, les actes que fait l'investisseur sont trop souvent irréfléchis et soudains.

La comparaison des graphiques des achats ou ventes dans le marché boursier et le rendement des indices sont fort révélateurs. Pourquoi entendons-nous souvent dire que c'est toujours le petit investisseur qui perd, et le gros qui gagne? Comparez les comportements des investisseurs et celui de mon grand ami Warren Buffett. Actuellement, ses achats sont massifs dans le marché bousier: il prétend même que les aubaines sont nombreuses!

L'investisseur doit absolument apprendre à gérer ses émotions. Le marché boursier, quoi que l'on en pense, n'est pas un marché parfait et efficient: il n'est que le reflet psychologique des sentiments de l'investisseur à l'égard de la Bourse. Croyez-vous que Nortel valait plus de 120 $ l'action, ou 67 ¢? Probablement ni l'un ni l'autre, mais sûrement une valeur entre les deux. Et Bombardier? La valeur de vos fonds n'est aussi que le reflet de vos émotions, mais l'humain a tendance à passer d'un extrême à l'autre de façon irrationnelle et subite. Le succès de l'investisseur dans le marché boursier pourrait se résumer à une formule relativement simple: acheter bas, vendre haut.

Nous sommes tous d'accord avec cet énoncé, et aucun «expert» ne le contredit. Trop d'investisseurs ont acheté dans les moments euphoriques de la Bourse, quand le risque est à son maximum, et vendent au plus fort de la déprime boursière, quand le risque est à son minimum. Les données de septembre sont assez révélatrices à ce sujet. Que pouvons-nous faire? Nous arrêter pendant quelques minutes et revenir au «gros bon sens». Au lieu de consommer à outrance, réinvestir à peine quelques dollars: les derniers chiffres de Statistique Canada concernant le mois d'août 2002 montrent qu'au Québec, les ventes de véhicules neufs pour particuliers ont progressé de 7,7 % en un an. Ce ne sera pas beaucoup, mais ce sera significatif. Vos chances d'être gagnant s'en trouveraient accrues.

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Michel Marcoux est président de Avantages Services Financiers inc., une société indépendante spécialisée dans le courtage de fonds communs de placement.