Consommation - Des certificats qui ne sont pas toujours des cadeaux

Pur produit commercial de son époque d’origine, les années 1990, les certificats-cadeaux pullulent dans les grandes chaînes afin de combler le manque d’imagination des glaneurs de présents mais aussi pour attirer des consommateurs qui, bien souve
Photo: Jacques Grenier Pur produit commercial de son époque d’origine, les années 1990, les certificats-cadeaux pullulent dans les grandes chaînes afin de combler le manque d’imagination des glaneurs de présents mais aussi pour attirer des consommateurs qui, bien souve

Après plusieurs États américains, l'Ontario a annoncé fin septembre son intention de faire le ménage dans le domaine des certificats-cadeaux. Et le Québec pourrait bien emboîter le pas pour discipliner davantage les acteurs de ce secteur commercial en pleine croissance partout dans le monde.

En voilà une bonne idée! L'Ontario planche actuellement sur un règlement qui vise à bannir les dates d'échéance et les frais de service sur les certificats-cadeaux, ces traites de 20, 30, 50 ou 100 $ — et parfois plus — associées à un commerce, qui se multiplient dans les bas de Noël depuis quelques années.

Un pas nécessaire, estime le gouvernement McGuinty, pour protéger les consommateurs contre ces «cadeaux», tout aussi répandus là-bas qu'ici au Québec, et qui ne sont pas toujours profitables à ceux que l'on croit.

Pur produit commercial de son époque d'origine, les années 1990, ces certificats-cadeaux pullulent en effet dans les grandes chaînes — Sears, Future Shop, La Baie, Zellers et consorts — afin de combler le manque d'imagination des glaneurs de présents, mais aussi pour attirer dans ces commerces des consommateurs qui bien souvent n'y seraient pas entrés d'eux-mêmes.

Selon une étude de la firme de consultants Deloitte & Touche, ces certificats-cadeaux ont occupé la première place des cadeaux offerts en 2005, devant la traditionnelle cravate, les produits pour la douche ou le bain, les ensembles d'huiles d'olive aromatiques et, bien sûr... les boîtes d'After Eight.

Les entreprises qui mettent ces traites en circulation ne peuvent d'ailleurs que s'en réjouir. Cette tendance leur permet d'en avoir plus pour leur argent.

En effet, selon la firme ValueLink, un créateur de certificats-cadeaux pour ces nombreuses entreprises, près de 56 % des consommateurs ayant ce genre de chèque ou de carte en main dépensent généralement plus que la valeur inscrite sur le document.

Mieux, en imposant de temps en temps des frais de service sur ces certificats, les commerçants réduisent par le fait même de 1,25 $ à 4,95 $ le pouvoir d'achat des propriétaires de certificat.

Sans compter qu'avec une date de péremption placée de 12 à 24 mois après l'achat dudit certificat, ils s'assurent au passage d'en voir disparaître quelques-uns de la circulation, faisant ainsi 10, 20, 50 ou 100 $ sans trop d'effort sur le dos de leur clientèle étourdie.

En avoir pour son argent

C'est donc pour que les consommateurs en aient finalement pour leur argent que l'Ontario a annoncé fin septembre son intention de revoir le cadre législatif entourant ces chèques ou certificats-cadeaux. Avec en trame de fond un objectif: «veiller à ce que [ces certificats] conservent leur pleine valeur, peu importe quand les consommateurs les échangeront», a expliqué le ministre des Services gouvernementaux de nos voisins, Gerry Phillips, lors d'une conférence de presse organisée dans un centre commercial de Toronto.

Cette province veut veiller au grain puisque «ces certificats-cadeaux et autres cartes à valeur stockée constituent une industrie valant des milliards et des milliards de dollars, a expliqué le ministère par voie de communiqué. Ils sont l'un des produits qui connaît actuellement la plus forte croissance sur le marché.»

L'an dernier, ce marché a représenté 45 milliards de dollars en Amérique du Nord, selon le groupe de recherche TowerGroup. En 2006, ce montant devrait atteindre les 55 milliards. Au Canada, la mégachaîne de café à emporter Starbucks estime que 11 % de ses ventes reposent sur des cartes-cadeaux!

L'idée de faire le ménage dans cette industrie de la carte-cadeau n'est pas nouvelle. Déjà, le Michigan, l'Iowa, l'État de New York, la Californie, le Connecticut, le New Hampshire ou Hawaii ont pris des mesures pour empêcher l'application de frais de service et de date d'échéance sur ces traites.

Ici, l'Ontario ouvre le bal et semble même avoir inspiré le Manitoba, qui se préparerait à emboîter le pas, a annoncé le ministre des Finances du coin, Greg Selinger. Et le Québec pourrait bien suivre...

«C'est une bonne idée», a commenté récemment Charles Tanguay, de l'Union des consommateurs. «D'habitude, nous sommes en avance sur le reste du Canada en matière de réglementation protégeant les consommateurs. Mais cette fois-ci, ce n'est pas le cas.»

Même s'il reconnaît qu'actuellement «la pression n'est pas très forte» ici sur les pouvoirs publics pour repenser la législation autour des certificats-cadeaux, l'organisme juge toutefois important de donner à ces produits la valeur qui leur revient. Comprendre: il s'agit ni plus ni moins que d'une somme d'argent appartenant au consommateur.

Et les commerçants doivent considérer ces traites comme telles. «Parce qu'en ce moment, ils constituent plutôt une source de cadeaux qu'on leur fait», dit M. Tanguay.

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conso@ledevoir.ca

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