La chasse périurbaine, un loisir sécuritaire

L'effroyable saga du tireur fugitif américain qui terrorise Washington — il n'a d'ailleurs rien du tireur d'élite qu'une presse ignare présente chaque jour — est un exemple parfait de situation qui a une forte incidence sur les tirs croisés dont le monde municipal, québécois et d'ailleurs, crible de plus en plus la chasse périurbaine.

La majorité des gens, qui ne chassent pas et ne connaissent rien aux armes de chasse et les confondent avec la panoplie guerrière sans cesse rabâchée par le cinéma américain, ont inévitablement de plus en plus peur des armes en général. Faisant fi des importantes différences entre armes de guerre, armes de poing et armes de chasse, ils demandent de plus en plus à leurs conseils municipaux d'interdire jusqu'à la chasse dans les milieux périurbains, généralement constitués en majeure partie de terrains privés.

Pourtant, la petite chasse qu'on y pratique est fort sécuritaire: en effet, les fusils à chevrotine n'ont pratiquement aucun impact au delà de 100 mètres et le tir des carabines à plus longue portée survient dans des bois ou suffisamment loin des résidences. Mais les armes de chasse font du bruit, un bruit qui fait traditionnellement partie du paysage automnal, autant que celui des tracteurs et des silos.

Il y a de nouveaux conflits d'usage, y compris le fait que les chasseurs doivent désormais partager les milieux naturels avec les cyclistes, les randonneurs et les canoteurs, par exemple. Mais de véritables antichasseurs utilisent ces situations pour réclamer non pas des arbitrages intelligents mais la mise en place de règlements municipaux sur l'usage des armes, règlements qui, dans les faits, constituent des entraves souvent incontournables à la pratique de la chasse. Les récriminations sont d'ailleurs souvent basées sur des abus réels, mais marginaux, qui ne devraient pas commander les réactions excessives et probablement illégales que constituent plusieurs règlements municipaux.

Déconnection croissante

La Fédération québécoise de la faune (FQF), qui représente le quart de million de chasseurs et pêcheurs organisés en association au Québec, a voulu faire enquête en 2000 sur ce phénomène qui traduit mieux que tout autre la déconnection croissante des urbains par rapport à la nature.

La FQF a ainsi relevé 89 contraintes réglementaires ou des combinaisons de contraintes susceptibles d'entraver la chasse en milieu périurbain, un phénomène dont l'ampleur devient carrément inquiétante pour l'avenir de cette activité traditionnelle.

Ainsi, selon cette enquête, près de 10 % des municipalités interdisent ou limitent la chasse sur leur territoire, et celles qui le font sont en général près des grandes agglomérations citadines ou de villégiature. Dans 3 % des situations relevées — 15 % des municipalités ont refusé de répondre au questionnaire pour fournir des réponses pourtant du domaine public —, on interdit totalement la chasse, pas l'usage des armes! Des interdictions partielles ont été relevées dans 7 % des cas. Heureusement, dans 75 % des cas, il n'y avait encore aucune entrave à la chasse comme telle.

Les municipalités n'interdisent pas souvent la chasse elle-même parce que celle-ci est une activité autorisée par permis provincial, ce qui lui confère en principe une validité juridique supérieure aux règlements municipaux. Elles imposent plutôt une interdiction ou des limites à l'usage des armes de chasse sur leur territoire. C'est ce type de règlement qui se multiplie et menace de plus en plus l'activité cynégétique en milieu périurbain. Pas moins de 53 % des municipalités interdisent ou limitent l'usage des armes à feu de chasse sur leur territoire.

Si on examine le détail de ces contraintes, on apprend que 4 % des municipalités interdisent toute arme de chasse en général. Près de 49 % ont mis en vigueur des interdictions partielles de sorte que seulement 35 % des municipalités n'ont aucune règle dans ce domaine (12 % n'ont pas répondu). Plus aberrant, 2 % des municipalités interdisent jusqu'à l'usage d'arcs et d'arbalètes, une activité que chacun peut pourtant pratiquer chez soi en toute sécurité et pour le plaisir de pratiquer une activité très zen. Quant aux armes à feu de chasse, on interdit leur usage dans 27 % des cas.

Un lobby marginal

L'ampleur du phénomène est d'autant plus surprenante que le «lobby» antichasse est marginal au Québec et que ses maillons québécois sont souvent si peu ancrés dans notre culture qu'ils doivent être financés de l'extérieur. Il faut donc en déduire que la plupart des règlements municipaux antiarmes ou antichasse se veulent une réponse non pas aux doléances de ces groupes mais à des abus de quelques chasseurs qui n'hésitent pas à envahir sans permission des propriétés privées, comme le font des dizaines de propriétaires de VTT et de motoneiges. Ce qui surprend, cependant, c'est que les conseils municipaux n'interdisent pas le passage des VTT et des motoneiges pour régler les abus de quelques-uns, même si le problème perdure dans certains cas 12 mois par an et qu'il est, celui-là, véritablement dommageable pour l'environnement et les espèces vivantes.

Le malaise de société que traduit cette vendetta antichasse est d'autant plus important que, comme nous l'écrivons ici depuis des années, les espèces chassées sont les plus en santé grâce aux pressions et aux investissements des chasseurs. Et ce, partout en Amérique. Les règlements municipaux antiarmes de chasse contrecarrent d'ailleurs non seulement l'exercice d'une activité légitime mais aussi l'usage de terres privées, constituant ainsi des formes d'expropriation déguisées en interdisant aux propriétaires ou aux mandataires d'en profiter à leur gré. Plusieurs anciennes fermes ont d'ailleurs été achetées pour leur intérêt comme milieux de chasse. En effet, c'est sur les terres privées du Québec — et la plupart se retrouvent en milieu périurbain — que se pratique 60 % de la chasse au cerf de Virginie, 42 % de la chasse au petit gibier et 40 % de la chasse à l'ours, une chasse qu'il faudrait d'ailleurs intensifier pour des motifs de sécurité dans certains cas. Comment qualifier cette volonté inquisitoriale des municipalités à entraver l'activité traditionnelle des prétendus «sauvages» qui appliquent en réalité le principe premier du développement durable, soit la récolte d'une faune omniprésente, abondante et exempte d'hormones et d'antibiotiques pour réduire leur consommation de ces merveilleux substituts alimentaires, produits à grands renforts de pollution et de dévastation des milieux naturels, qu'offre ce qu'on appelle la... «civilisation»?

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Manif: samedi prochain à 13h30, beau temps, mauvais temps, des défenseurs des espaces verts métropolitains organisent une marche de protestation dans le parc régional du Bois-de-Liesse, menacé par la construction du boulevard de Salaberry (six voies). Le maire Tremblay et le conseiller vert De Sousa seraient là, dit-on! Après le parc de Saint-Lazare aux VTT, le Bois-de-Liesse aux autos. Un lecteur qui me signale cette initiative propose que nous adoptions comme guide de planification de société civilisée l'antique règle amérindienne de jauger les grandes décisions en fonction de l'intérêt supérieur des sept prochaines générations...