Mauvais sang

L'Halloween, c'est la fiesta des films d'horreur. Un spécialiste du genre vous invite dans ce monde parallèle. Surveillez vos arrières.

Dans Army Of Darkness (L'armée de l'ombre), une force maléfique transporte au Moyen Âge Ash, un vendeur musclé qui travaille chez Wal-Mart. Sa tronçonneuse et son Oldsmobile 1973 sont aussi du voyage. Zombies, lilliputiens, squelettes et autres créatures monstrueusement kitsch lui feront la vie dure.

Ash réussira-t-il à retourner à son époque vendre des bébelles ?

Pour vraiment apprécier — au 2e, voire au 3e degré — un machin inclassable comme Army Of Darkness, il faut une bonne dose d'humour, pas mal de popcorn et, pourquoi pas, un gros joint. Il faut surtout le voir sur grand écran ce soir et lundi prochain, assure Mitch Davis, programmateur des films cultes au Cinéma du Parc. « La vidéocassette et le DVD, c'est comme des photocopies. Ces supports n'offrent pas une expérience complète. Le 35 mm, les réactions de dizaines de spectateurs plongés dans le noir, le trip de groupe, c'est irremplaçable. J'ai vu quatre fois The Texas Chainsaw Massacre à la télé avant de le voir au cinéma. C'est étrange, je l'ai regardé comme pour la première fois. Je me suis senti très inconfortable. Il y avait une sorte d'énergie démoniaque qui émanait du film. Dans la salle, les gens sont devenus bizarresÉ » (Ce must sera présenté les 26, 27 et 30 octobre.)

Bien sûr, Mitch prêche pour sa paroisse. Et ça marche, car il y a du monde à la messe : le minifestival d'horreur qu'il concocte à chaque Halloween fait salle comble.

Tout comme le festival Fantasia, où cet Anglo-Montréalais de 30 ans plus volubile qu'un médium cocaïnomane est l'un des programmateurs. Il y a un public pour ces productions étranges et éclatées qui mélangent l'horreur et l'humour, le sang et le sperme, les vierges et le vomi, la religion et le grand-guignolesque, le tout truffé à l'occasion de scènes d'anthropophagie et de musique disco.

Un public mordu de gore, assoiffé de films underground, dévorant en choeur une cinématographie trash.

Des gens comme vous et moi se délectant d'histoires sans queue ni tête (parce qu'elles auront été sectionnées à la tronçonneuse, au couteau ou d'un vigoureux coup de dents). Un public fort bigarré, qui va du gros épais au très branché. Bref, bienvenue sur une branche délirante, débridée et plutôt fascinante du septième art.

Grand manitou de cette sous-culture montréalaise aux ramifications internationales, Mitch Davis n'est pas seulement un théoricien allumé, capable de discourir de films aux scénarios absurdes et aux effets spéciaux ridicules avec un jargon d'universitaire et une révérence que d'autres réservent à Godard ou Fellini ; il est lui-même cinéaste et producteur.

On lui doit entre autres Divided Into Zero, qu'un fan sur Internet décrit comme « un voyage dans la tête d'enfants meurtriers, de prêtres schizophrènes et de fétichistes du sang, trente minutes d'enfer et de cauchemar réalisées par un terroriste de l'esthétisme ».

Dans l'une de ses récentes productions, Subconcious Cruelty (Cruauté de l'inconscient, écrit et réalisé par un collaborateur de longue date, Karim Hussain), une scène montre trois femmes nues mangeant avec appétit le corps du Christ (il ne s'agit pas d'une hostie).

Produit pour des peanuts (100 000 $) et présenté dans le circuit de festivals de films trash, Subconcious Cruelty a connu une jolie carrière européenne, même japonaise (on ne recense qu'un seul évanouissement parmi les spectateurs). Qui sait ? Mitch et sa clique de petits diablotins répéteront peut-être un jour l'exploit extraordinaire de Blair Witch Project, un petit rien du tout, tout croche, qui a coûté 40 000 $ et rapporté 100 millions au box office mondial.

En attendant, notre David Cronenberg local trépigne d'impatience à l'idée de redécouvrir, ce soir et mercredi prochain, Two Evil Eyes, « présenté pour la première fois sur grand écran au Canada », souligne-t-il, fier comme un pape de son bon coup.

Drame d'horreur italien réalisé en 1990 par l'Américain George A. Romero, l'un des maîtres du genre (il a débuté sa carrière en 1969 avec le mégaclassique La Nuit des morts vivants), Two Evil Eyes est l'adaptation cinématographique de deux nouvelles d'Edgar Allan Poe, L'Étrange Cas de M. Valdemar et Le Chat noir. « Ce film offre une expérience très visuelle et l'une des meilleures interprétations d'Harvey Keitel. »

Two Evil Eyes est disponible dans certains clubs vidéo, oublié sous un linceul de poussière et décoré de toiles d'araignée. Laissez-le reposer en paix. Les ténèbres du Cinéma du Parc vous attendent. Bouh !

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Renseignements : % 281-1900.