Fonds d'investissement - Une couverture... pourquoi?

Difficile de passer sous silence la «débandade» du fonds de couverture (hedge fund) américain Amaranth après avoir tant vanté les vertus de cette catégorie. Je suis donc tout à fait d'accord pour en faire la rétrospective et une analyse en bonne et due forme.

Le fonds Amaranth est un produit avec un actif sous gestion d'environ 10 milliards $US. L'insuccès est survenu à la suite de la récente baisse du prix du gaz naturel, dont la valeur a diminué d'environ 65 % en plus ou moins deux semaines. Et, comble de malheur, le fonds Amaranth avait pris des positions importantes sur le prix du gaz naturel... mais à la hausse.

De plus, les gestionnaires des fonds de couverture ont la mauvaise habitude d'utiliser l'effet de levier dans des proportions frôlant l'exagération. Dans le cas qui nous intéresse, le fonds Amaranth aurait emprunté 4,50 $US pour chaque dollar d'actif sous gestion... C'est donc dire que pour chaque milliard de dollars américains investi pour une position dans le gaz naturel, par exemple, l'effet sur le marché est de 4,5 milliards de dollars américains. Et se dégager rapidement d'une telle position quand le marché est en baisse de 65 % en moins de deux semaines... voilà qui est plus facile à dire qu'à faire. Le résultat? À ce jour, une perte qui serait évaluée à environ 6 milliards $US, mais pour un actif sous gestion de seulement 10 milliards $US. En pourcentage, on parle d'une perte de 60 %. Cependant, le désastre qui en résulte semble avoir moins ébranlé notre système financier que lors de la débandade du fonds de couverture Long Term Capital, qui, en 1998, avait des positions représentant plus de 200 milliards $US. Même si les pertes financières semblaient moins importantes, l'effet de levier du Long Term Capital était beaucoup plus élevé. En 1998, les gestionnaires du fonds avaient emprunté 25 $US pour chaque tranche de capital en avoir propre. Tout à fait irresponsable tant de la part des gestionnaires que des prêteurs. Évidemment, l'effet de levier à 5 pour 1 dans le cas d'Amaranth est moins considérable que celui de 25 pour 1. On peut quand même se demander si les gestionnaires ont été sages...

Les investisseurs le réalisent pleinement, la position du fonds dans le secteur de l'énergie était beaucoup trop importante. Selon des études qu'avait commandées Amaranth, de nombreux météorologistes avaient prévu une saison d'ouragans record aux États-Unis. Une saison plus dévastatrice que celle de l'an dernier avec Katrina et ses consoeurs. Jusqu'à maintenant, ça a été tout à fait le contraire. Et voilà le désolant résultat.

Actuellement, tout porte à croire, du moins selon le président du fonds Amaranth, que l'on dispose d'assez de liquidités pour traverser la crise actuelle et qu'il est hors de question de parler de liquidation ou de faillite du fonds. Malgré ce discours rassurant, il est encore trop tôt pour évaluer l'ensemble des effets secondaires. À ce jour, selon les informations obtenues, seules quelques grandes institutions comme la Caisse de dépôt et placement du Québec, l'Union bancaire privée de Genève ou divers assureurs et caisses de retraite étaient porteurs d'actions. Pour notre Caisse, on parle d'un investissement qui aurait déjà atteint 77 millions, mais impossible, compte tenu des règles de divulgation de notre institution, de savoir sa position actuelle. De toute façon, si l'on met dans la balance l'actif de la Caisse, 215 milliards sous gestion au 31 décembre 2005, il n'y a pas de quoi s'inquiéter.

L'effet pourrait par contre se faire sentir du côté des fonds de couverture accessibles aux petits investisseurs. Dans un premier temps parce qu'il est d'usage, pour les fonds de couverture, question d'augmenter la répartition, d'investir dans d'autres fonds de couverture, ce qui par définition devient un fonds de fonds. Et dans un deuxième temps parce que ce type de «catastrophes» suscite toujours des craintes, tout à fait normales, chez les investisseurs envers le produit lui-même. Et qui dit fuite d'investisseurs signifie aussi baisse d'actif sous gestion et liquidation rapide de certaines positions. L'effet? Une diminution plus rapide du prix de certaines commodités et du secteur.

Quant au prix du gaz naturel ou du pétrole, personne n'ira se plaindre de leur baisse trop subite. Il faut pourtant se rappeler que nous sommes, comme contribuables canadiens, de grands producteurs d'énergie et que chaque baisse nous appauvrit collectivement, ce qui peut parfois faire mal. D'ailleurs, la très grande volatilité du marché boursier canadien actuel n'est pas étrangère au prix de l'énergie.

Mais qu'est-ce que tout ça pourrait signifier pour un investisseur, et que doit-il en retenir? Dans le domaine du placement, la première mise en garde à faire est de ne pas spéculer à la bourse. Ce n'est pas un jeu, surtout pas pour des non-initiés comme les petits investisseurs: trop dangereux et très rarement payant. Pour le fonds qui nous intéresse, l'Amaranth, le responsable de cette débandade est un spéculateur professionnel de Calgary spécialisé en énergie et considéré par ses pairs comme l'un des meilleurs de sa catégorie. Et pourtant, tout comme Icare, il s'est brûlé les ailes lui aussi. Première leçon.

Pour la grande majorité des fonds de couverture, ou des fonds de fonds, vendus au Québec et accessibles aux petits investisseurs, la vente de ces produits est associée à une garantie de capital offerte habituellement par de grandes institutions financières, dont le crédit n'est nullement mis en doute. En plus de ceux offerts par nos grandes institutions financières, c'est aussi le cas pour les deux promoteurs les plus connus au Québec: Blumont et Tricycle. Si telle est votre situation, vous pouvez donc dormir tranquille, et, en cas de catastrophe, attendre tout simplement l'échéance de votre placement. Vous pourrez ainsi retrouver votre capital. Cependant, ce n'est pas le cas de tous les fonds de couverture. Avez-vous bien lu le prospectus ou avez-vous un conseiller qui l'a fait pour vous? D'où la seconde leçon: bien lire ou être bien conseillé.

En appliquant ces deux leçons, on s'assure d'une certaine quiétude.

question@avantages.com

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L'auteur est conseiller en placement et président d'Avantages Services Financiers, une société indépendante spécialisée dans le courtage de fonds communs de placement et dans la gestion privée.

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