Laissez le bon temps rouler chez Savannah

Photo: Jacques Grenier

Ah! Le boulevard Saint-Laurent! Les restaurants du boulevard Saint-Laurent! Pour qui aime manger au restaurant, ce coin de la ville est souvent une épreuve, le pire y côtoyant le meilleur ou le dominant généralement. On entre toujours avec une certaine appréhension, comme lorsqu'on ouvre une splendide boîte de chocolats; c'est si beau que ça ne peut qu'être moins bon.

Neuf fois sur dix, le pire s'avère. Mais pas chez Savannah. C'est beau et, en plus, c'est bon.

Il y avait autrefois, à cette adresse, un restaurant qui dura ce que durent les roses. Une fois le tohu-bohu disparu, les grandes boiseries se lamentèrent quelques années. Les nouveaux propriétaires les ont cirées avec application et ont ajouté quelques éléments de décoration qui rehaussent la clarté des lieux. On a tout de suite envie d'entrer, on est accueilli avec élégance et on s'installe avec l'immédiat sentiment d'être là pour un bon moment.

Savannah sert des choses apaisantes en apéritif; on sent un désir sincère de contribuer au mieux-être de la clientèle, et la créativité du (de la) barman(e) — beaucoup plus joli que «barmaid», n'en déplaise à l'Académie — mérite d'être soulignée; pris en quantités raisonnables, c'est-à-dire moins de dix, le Blue Moon Martini et le Sazerac sont de purs délices. Et ce bar est si beau.

Tant à midi que le soir, on note le soin particulier apporté aux petits détails comme aux grands, notamment à ces bouchées de pain au maïs encore tièdes et cette noisette de beurre servie à même la poche à douilles.

Le restaurant portant le nom d'une coquette municipalité de l'État de la Géorgie, on s'attend à y manger plus d'alligator à la sauce piquante et de jambalayas que de fritons de canard et d'omelettes aux cèpes et aux truffes. C'est effectivement le cas, et on trouve sur la carte et dans les assiettes beaucoup de références au Sud et aux Cajuns. Dans une vie antérieure, j'ai habité dans les bayous et y ai développé, à grands renforts de coups de manche de couteau appliqués par mes maîtres sur mes jeunes phalanges, un goût très sûr pour les gombos et autres badineries gastronomiques du Sud profond. On reste marqué à jamais par un seul passage au Festival de la viande boucanée de Ville Platte ou à celui de la patate douce d'Opelousas.

En entrées, les crevettes mode cajun et sa (sic) trempette à la téquila — très fort en téquila, ça, c'est très bien; très très forte en raifort, ça, c'est moins bien quand on connaît la subtilité du vilain radis — ou les galettes de crabe miniatures, servie (sic) avec leurs pousses de maïs et leur bouillon de tomates et poivrons, pourraient effectivement figurer au menu de quelque restaurant couru d'une ville du sud des États-Unis.

Même commentaire pour le saumon de l'Atlantique à la mode cajun avec sauce d'écrevisses, plantain frit et hominy grits ainsi que pour le gumbo de poulet du Sud et saucisses andouilles, accompagné de crevettes et d'huîtres, déclinaison personnelle du traditionnel gombo Ya Ya, grand classique de la gastronomie du Sud. Le plat est servi dans une jolie corbeille de pommes de terre finement ciselées et passées en friture. Pour le poisson, parfaitement noirci, le chef a choisi des compagnons d'assiette intéressants et appropriés, quelques écrevisses et ce gruau de maïs si prisé dans la Cotton Belt. Deux lamelles de plantain élèvent le tout et apportent une note légère à la préparation.

En accompagnement, on peut toujours s'octroyer une petite assiette de verts de collard, sorte de chou dont sont friands les gens du Sud et que le chef passe à la poêle avec quelques petits lardons, ou des frites Savannah avec mayonnaise; cajun, bien évidemment.

Servis avec une constante générosité, les desserts sont de qualité inégale. La croustade aux pêches prise le mardi midi et la tarte aux citrouilles et pacanes avec une sauce au bourbon et caramel dégustée le jeudi soir étaient de grands moments dans l'histoire des desserts: équilibrés, inventifs et harmonieux. On ne peut pas en dire autant de la crème brûlée du jour, servie avec financier; cuisson manquée, dosage approximatif et financier au coeur de pierre. En fait, on n'en parle même pas car le reste est vraiment très au-dessus de la moyenne.

Dénué de prétention, le service est assuré avec sollicitude, bonhomie et efficacité. Les quelques relents de fraîcheur ou de distance qui flottent parfois dans l'air disparaîtront certainement dès que les propriétaires verront leur établissement se remplir. Les tables étant belles et la nourriture bonne, cela ne saurait prendre beaucoup de temps.

En semaine, ouvert tous les jours de 11h à 22h30. Jeudi, vendredi et samedi, menu du bar offert de 22h30 à 24h. Les fins de

semaine, brunch avec orchestre de jazz dès 10h30. Fermé le dimanche soir. À midi, comptez une quarantaine de dollars pour deux avant boissons, taxes et service.

Le soir, doublez. Triplez si vous trébuchez sur la très belle carte des vins. Ou dans les martinis.

Savannah

4448, boulevard Saint-Laurent

(514) 904-0277

***

Les nappes du mois

Quatre nappes distinguées. Les patrons n'ont pas versé de commission mais les cuisiniers y brillent pour vous. Je change la nappe régulièrement et essaie de vous en proposer toujours de bien repassées, en coton blanc, immaculées. Ou alors, à la limite, avec taches de foie gras, Romanée-Conti et clafoutis. Bon appétit!

Gandhi

230, rue Saint-Paul Ouest

% (514) 845-5866

Le restaurant qui vous réconciliera avec la gastronomie du sous-continent indien. Décor impeccable, gérant bengalais, efficace et aimable, qui semble sorti d'un roman de Kipling. La cuisine se plie aux limites des palais locaux tout en respectant les déclinaisons habituelles des plats indiens. Carte des vins remarquable et addition raisonnable. J'y vais pour le plaisir, c'est tout vous dire.

Le Prélude

2050, rue Mansfield

% (514) 282-1298

Le mariage réussi d'une hôtelière de goût et d'un cuisinier de saveurs. Dans le beau décor de l'Hôtel Germain, Le Prélude offre de grandes choses. Travail bien fait, tant en cuisine qu'en salle, qui donne les résultats attendus. On mange très bien, on est accueilli avec chaleur par Maria et son équipe et on a l'impression d'être ailleurs. Le voyage sans les valises. Rêve à portée de la plupart des bourses.

Le Café Méliès

3536, boulevard Saint-Laurent

% (514) 847-9218

Le cinéma Ex-Centris est une merveille et le Café Méliès attenant est tout aussi intéressant. Un chef allumé et créatif, un décor de cinéma, du personnel éveillé, le Café Méliès est l'endroit idéal où se sustenter avant d'aller prendre quelques nourritures spirituelles dans les belles salles de projection où l'on ne bâfre pas. Compte tenu du fait que l'on est sur le boulevard Saint-Laurent, c'est donné. Silence, on tourne.

L'Express

3927, rue Saint-Denis

% (514) 845-5333

Pourquoi parler de cet établissement alors qu'on y sert le même foie de veau à l'estragon depuis plus de 20 ans? Justement parce que c'était excellent il y a 20 ans et que ça l'est encore tout autant. Même brouhaha et même qualité de cuisine. Le meilleur rapport qualité-prix en ville en ce qui a trait à la carte des vins. Joël Chapoulie y est chef depuis les premières heures; ceci explique souvent cela.