Vendanges en trois temps

Paris — Ça se passait la semaine dernière chez Melac, au 42 de la rue Léon-Frot, dans le 11e arrondissement, à Paris. Des enfants, des parents, des oisifs, des potes et des badauds rejoignaient Jacques Melac pour faire la fête aux trois plants de vigne agrippés à même les murs extérieurs du bistrot. La 27e vendange battait son plein quand je suis arrivé sur place. Filles et garçons foulaient déjà au pied une vendange 2006 dont on allait tirer une barrique de pinard tout simple mais tout bon. Trois vignes, donc — une de baco et deux de grenache noir —, plongeant profondément en sous-sol afin d'y trouver l'inspiration par la racine.

Jacques Melac? Une institution, voire une «appellation de quartier contrôlée» à lui tout seul, un bonhomme au caractère de vin bourru mais qui sait, au fil de la conversation, s'adoucir le tanin pour mieux raconter la vie, le vin et, bien sûr, les gonzesses. Pour le moment, la cuvée 2006 du Clos Charonne est prometteuse. Prometteuse comme l'étaient les 26 vendanges précédentes. Les nombreux amis de Melac vous le diront: il suffit d'en «vivre» une pour s'assurer que la suivante sera meilleure encore! Jacques Melac vous y attend d'ailleurs, même poste, même heure, en 2007.

Dans une semaine exactement, soit le vendredi 6 octobre, auront lieu dans le 18e arrondissement — et cela se passe depuis le XVIIIe siècle — les vendanges au Clos Montmartre. Pour la petite histoire, rappelons qu'il y a toujours eu de la vigne sur la fameuse butte qui regarde le soleil levant, alors que la commune était en rase campagne. Les ceps ont graduellement cédé leur place aux pavés galopants de l'urbanisation vers 1850. Même les dames de l'abbaye de Montmartre, qui veillaient sur la vigne, n'y ont rien pu.

À l'agonie, elle a disparu au début du XXe siècle. Il a fallu attendre le début des années 30 pour voir replanter, au square de la Liberté, angle des Saules et Saint-Vincent, derrière le Sacré-Coeur, quelques arpents de vigne. Une première vendange a eu lieu en 1934 sous le parrainage de Fernandel et de Mistinguett, ce qui n'a pas dû être triste.

De nos jours, ce sont 1762 pieds de gamay, de pinot noir et autres cépages, bien tassés sur 0,15 hectare, enracinés sur les sols très siliceux des sables de Fontainebleau et produisant quelque 850 bouteilles qui voient le jour depuis. En attendant de rencontrer l'extravagant et non moins sympathique Michou, qui parrainera la cuvée homonyme du Clos Montmartre 2006, et de goûter aux premiers jus, la cuvée 2005 dégustée cette semaine avait belle allure. Légère, vivace et fruitée, elle avait ce petit goût de campagne à la ville. Sous les pavés... la vigne? Dommage qu'il y ait encore trop de pavés!

Je rentre tout juste du Languedoc. Du Château de l'Hospitalet, pour être précis, dont le vignoble d'une cinquantaine d'hectares en appellation La Clape, à une encablure de la Méditerranée, est littéralement plombé par le soleil plus de 300 jours par an. Pas de chance cette fois-ci: les trombes d'eau qui avaient frappé le Gard la semaine précédente avec plus de 170 millimètres de flotte bien mouillée nous étaient destinées ce jour-là.

Ça démarre mal une vendange! Mais ce n'est rien pour saper le moral du dynamique Gérard Bertrand et de ses troupes, dont les blancs étaient presque tous en «boîte» alors que près de 75 % des rouges attendaient encore la main des cueilleurs. Et le clin d'oeil du soleil. Car ici, le mot d'ordre est d'attendre la maturité parfaite. Il pleut? «Les vents du nord attendus cette semaine vont sécher le tout, nous écarterons sur pied les foyers de pourriture. Il pleut encore? Même scénario. Pas question de rentrer une vendange en déficit de maturité», me confiait le directeur des domaines Richard Planas, qui estime la récolte 2006 à environs huit millions de cols.

Je connaissais le domaine pour avoir proposé en ces pages les nombreux vins de la maison (les Corbières 2003 Haut St-Georges, 15,85 $, no 853796, le Syrah-Carignan 2003 G.B. Terroir, 13 $, no 543173 et le Minervois La Livinière 2001 Laville Bertrou, 20,50 $, no 873745 sont incontournables), mais je ne soupçonnais pas l'ampleur du «phénomène» Bertrand. D'un point de vue qualitatif, bien sûr, mais aussi humain. Car l'ancien (et jeune) rugbyman de niveau professionnel qu'est Gérard Bertrand est de ces hommes de coeur doublés de meneurs qui fascinent immédiatement. Je vous brosserai ultérieurement un tableau de celui qui représente à mon sens, aujourd'hui, ce qui est déjà le demain de la filière viticole française. La soixantaine de vins dégustés sur place, dont les Cigalus, Hospitalitas, La Forge, Viala et autres Gris Blanc 2005 (qui fait un petit malheur en France actuellement!), donnent déjà une autre idée du Languedoc. Des vins de vérité qui touchent au coeur.

Vinum et musica

Musique et vins. Ce sont de prestigieux magnums, doubles magnums, jéroboams, impériales et salmanazars qui vous feront ultérieurement chanter si vous participez activement à l'encan-bénéfice au profit du non moins prestigieux Concours international de Montréal, qui aura lieu le jeudi 12 octobre. Une opération «grand format». Un cocktail doublé d'un encan silencieux précédera un dîner gastronomique et un encan crié.

Quelques exemples des vins proposés: Château Angélus, 2000, Grand Cru Classé Saint-Émilion (1,5 litre), Château d'Yquem, 1988, Sauternes (trois litres), Château Mouton Rothschild, 2000, Pauillac (cinq litres), Dominus, 1996, Napa Valley (six litres), Corton Cuvée Dr Peste Hospices de Beaune, 2000, Joseph Drouin, dans son écrin de neuf litres, et bien d'autres dont vous pouvez prendre connaissance sur le site www.concoursmontreal.ca. Renseignements: Tél: 514 845-4108, poste 247, vinumetmusica@concoursmontreal.ca. 500 $ par personne.

- Jean Aubry est l'auteur du Guide Aubry 2007 - Les 100 meilleurs vins à moins de 25 $, à paraître en octobre.

- Potentiel de vieillissement du vin; 1: moins de cinq ans; 2: entre six et dix ans; 3: dix ans et plus.

jean-aubry@vintempo.com

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