Le spectre de la récession

Nul doute. L'économie ploie sous le fardeau des taux d'intérêt plus élevés. La Réserve fédérale, la banque centrale américaine, a donné un solide coup de vis pour resserrer sa politique monétaire en haussant sans cesse son taux directeur qui, de juin 2004 à aujourd'hui, est passé de 1 % à 5,25 %.

Cette longue série de hausses constantes de 0,25 % du taux directeur se fait sentir sur nos économies. En particulier sur le secteur de la construction résidentielle. Les mises en chantier américaines se sont singulièrement repliées au cours des derniers mois pour atteindre en août 1,67 million d'unités sur une base annuelle. Le nombre de permis de construction délivrés est aussi nettement à la baisse (1,72 million de permis en août) et laisse présager des mises en chantier sous la barre de 1,8 million d'unités pour les prochains mois au sud de notre frontière. Le stock de maisons à vendre est maintenant très élevé, assez pour exercer des pressions à la baisse sur la valeur marchande des propriétés aux États-Unis.

Cette dégradation du contexte immobilier américain se répercute chez nous. Norbord et Ainsworth, nos deux principaux producteurs de panneaux à lamelles orientées, doivent composer avec des prix de leurs produits qui tardent à se redresser par rapport à leur creux saisonnier de près de 165 $US le mètre cube atteint en juillet.

Cette faiblesse des prix combinée aux coûts d'énergie plus élevés et à un huard fort ont incité la compagnie forestière américaine Louisiana Pacific à fermer son usine de panneaux à lamelles orientées de Saint-Michel-des-Saints. Ainsworth a procédé il y a quelques semaines à la fermeture d'une de ses usines du Minnesota dont les coûts de production sont devenus trop élevés. La semaine dernière, elle a annoncé la fermeture prochaine de deux autres usines.

Le secteur des pâtes et papiers, déjà affligé par un contexte difficile, ressent l'impact de ce ralentissement au sud de notre frontière. Tembec a procédé à plusieurs arrêts de production. Domtar a jugé bon d'unir sa destinée au géant américain Weyerhauser pour former le plus important producteur de papiers fins en Amérique du Nord. Cette union permettra à la nouvelle entité de réaliser des économies d'échelle indispensables à sa survie dans un contexte de ralentissement de l'activité économique.

Norampac, le fabricant de cartons caisses détenu à part égale par Domtar et Cascades a fermé récemment son usine de Red Rock en Ontario, procédant du coup à 300 licenciements permanents.

Des taux d'intérêt qui ont du mordant

Nul doute. Les hausses de taux d'intérêt ont du mordant. L'immobilier s'est révélé une source importante d'enrichissement du consommateur américain depuis sept ans. Un enrichissement qui a atteint son apogée et qui amorce maintenant son déclin. Ce déclin ébranle déjà le consommateur dont l'indice de confiance a reculé sous la barre de 100 en août tel que cela a été mesuré par le Conference Board.

Le PIB américain, après avoir crû à des rythmes annuels de près de 4 % au cours des derniers trimestres, a ralenti la cadence pour s'établir à 2,9 % au second trimestre.

Plusieurs autres indices laissent présager un ralentissement de la croissance économique aux États-Unis. Il y a la courbe des taux d'intérêt qui est maintenant inversée, les taux à long terme étant descendus sous ceux à court terme. Une courbe inversée est souvent le prélude d'un ralentissement, voire d'une récession.

Le sous-indice des transports du Dow Jones est en net recul depuis mai dernier. Cela est aussi le prélude à un ralentissement de l'activité économique aux États-Unis.

Au Canada, les ratés de l'économie américaine nous affectent déjà. En dépit des énormes investissements dans les sables bitumineux, la croissance économique ralentit. Le produit intérieur brut marque le pas depuis quelques mois. Il n'a crû que de 2 % au second trimestre sur une base annuelle. Les exportations se butent à un dollar trop fort et à une économie américaine épuisée. Les importations — elles sont un indice de la santé de la demande interne — montrent aussi des signes d'essoufflement depuis quelques mois. Les ventes d'automobiles baissent et, par leur poids, elles entraînent dans leur sillage l'ensemble des ventes de détail.

Heureusement, l'Ouest canadien carbure de ce temps-ci aux dizaines de milliards de dollars d'investissement annoncés pour le développement des sables bitumineux. Résultat: l'industrie de la construction fonctionne à plein régime, en moyenne du moins. Car, il faut le dire, la croissance économique est répartie inégalement au pays. Les régions du centre et de l'est souffrent déjà du ralentissement de l'économie américaine en plus de devoir composer avec un dollar très fort. Celles de l'Ouest poursuivent sur leur forte lancée.

Voilà tout de même un tableau qui incite à la prudence en matière d'investissement.

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