L'information lue, communiquée, commentée...

Au Québec, les artistes sont omniprésents à la télévision, mais ce qui marque véritablement la personnalité d'un réseau, ce sont les services d'information.

Et le chef d'antenne, c'est l'emblème par excellence de la chaîne, c'est «la valeur humaine ajoutée à l'information».

On peut entendre ces propos ce soir dans une émission documentaire diffusée sur Historia, 50 ans d'informations télévisées, présentée dans le cadre de la série Je m'en souviens.

Même si l'émission est inégale, on peut y mesurer l'incroyable chemin parcouru en 50 ans dans le domaine des nouvelles télévisées, alors que les chefs d'antenne sont passés du statut de lecteur à celui de communicateur. Même encore dans les années 70, lorsque TVA a confié son bulletin de nouvelles à Pierre Bruneau, c'était le premier journaliste à jouer un tel rôle. Avant, il y avait des lecteurs qui pouvaient aussi lire plein d'autres trucs en ondes, y compris de la publicité et des auto-promotions (comme c'était le cas à Radio-Canada dans ses débuts).

L'émission fait un survol des grandes étapes de l'évolution des nouvelles télévisées: la naissance de grandes émissions d'affaires publiques à Radio-Canada, l'arrivée de Bernard Derome, la domination absolue de la télévision publique jusqu'au grand réveil de TVA, l'accélération des changements à TVA après la crise d'Oka de 1990, où TVA a damé le pion à Radio-Canada avec sa couverture nerveuse et en direct, l'arrivée d'un troisième joueur, TQS, qui a forcé les autres à se redéfinir, les nouvelles commentées de Jean-Luc Mongrain, la création de RDI (que les artisans de Radio-Canada appelaient «la bête», parce qu'il fallait la nourrir 24h sur 24), et ainsi de suite.

Mais si le chef d'antenne est l'emblème par excellence du réseau, pourrait-on ajouter que les bulletins de nouvelles d'aujourd'hui sont contaminés par le vedettariat et le showbiz? Non seulement parce que les nouvelles offrent des reportages sur les concurrents de Star Académie et de Loft Story, mais aussi parce que les présentateurs des nouvelles sont eux-mêmes devenus des vedettes, qui font le tour des émissions de variétés et dont les magazines populaires scrutent la vie privée (bon d'accord, Bernard Derome résiste et n'a pas encore dansé au Match des étoiles). TVA est passé maître dans cette façon d'«humaniser» les nouvelles et de mettre en valeur ses artisans «comme du vrai monde».

Remarquez qu'on n'a pas encore atteint le niveau de ce qu'on peut voir ces jours-ci aux États-Unis, où l'arrivée de Katie Couric comme chef d'antenne à CBS a donné lieu à un véritable déluge d'articles, où surnagent les considérations sur son salaire de 15 millions et sur son habillement. Les curieux trouveront même sur YouTube les extraits télévisuels où on peut le mieux voir ses jambes (sans blague).

Au Québec, l'information s'est placée elle-même dans les années 90 au coeur de la bataille des cotes d'écoute. Certaines personnalités sont passées d'un réseau à l'autre, ce qui aurait été impensable avant. Les réseaux se sont mis à publiciser leurs scoops et leurs grands reportages comme n'importe quelle autre série dramatique. Les nouvelles de proximité de TVA ont été dépassées à un certain moment par les nouvelles commentées de Jean-Luc Mongrain à TQS, et l'arrivée des chaînes d'information continue a dynamisé (sinon dynamité?) les nouvelles traditionnelles, les poussant encore plus vers le direct et le spectaculaire.

L'émission d'Historia étudie assez peu les changements les plus récents dans les bulletins de nouvelles. Il nous semble qu'avec l'information continue et le vedettariat, l'autre grande tendance serait sûrement l'interactivité et la participation directe du citoyen dans le bulletin.

Cette tendance n'est pas nécessairement récente: depuis plusieurs années, les bulletins de nouvelles utilisaient souvent les sondages maison, les micro-trottoirs, les entrevues express avec l'homme de la rue (pourquoi ce badaud-ci plus qu'un autre? Que représente-t-il véritablement? Personne ne semble se poser la question...). La stratégie visait à incarner la nouvelle dans le quotidien du téléspectateur, à faire en sorte qu'il soit mieux concerné, qu'il puisse imaginer être lu-même interviewé en allant au dépanneur!

La tendance semble maintenant s'accélérer. Non seulement parce qu'on lit maintenant des courriels et des commentaires de téléspectateurs en ondes (enlevant ainsi du temps précieux qui aurait pu être consacré à un travail journalistique), mais on utilise aussi le matériel envoyé par le téléspectateur lui-même.

Ainsi, au lendemain de la fusillade du Collège Dawson, TVA et LCN ont largement diffusé en boucle quelques secondes tournées à l'intérieur du collège par un étudiant avec son cellulaire. L'important ici était de pouvoir montrer qu'on y est... même si les images diffusées n'apportaient pas grand chose, sur le strict plan de l'information.

pcauchon@ledevoir.com

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