Pas de larmes pour eux (bis)

Photo: Agence Reuters

Nombreux ont été les lecteurs à répliquer à ma chronique du mardi 12 septembre apostrophant les retraités de la fonction publique. D'emblée, dois-je préciser, ma chronique ne visait pas tous les retraités de la fonction publique mais uniquement ceux QUI OSENT SE PLAINDRE de leurs maigres rentes, eux qui bénéficient d'un régime de retraite (régime à prestations déterminées) dit enrichi.

Plusieurs défenseurs desdits retraités mentionnent la rente moyenne annuelle de tout le groupe pour illustrer leur maigre rétribution. De telles moyennes ne signifient pas grand-chose. Ces moyennes comprennent les rentes basées sur les salaires les plus récents comme ceux d'il y a 10 ans, 15 ans, 20 ans et plus. Ces mêmes moyennes comprennent également tant les retraités ayant complété leurs pleines années de service (30 à 35 ans) que ceux ne l'ayant pas fait.

Certains semblent par ailleurs ignorer que leur employeur, le gouvernement, a cotisé au moins à part égale avec eux à leur caisse de retraite.

Les régimes de retraite à prestations déterminées enrichis sont généreux et constituent un excellent coup de pouce pour prétendre à une retraite aisée. Il se peut, par contre, que les salaires en fonction desquels les rentes sont établies n'aient pas toujours été adéquats. Il s'agit là d'un tout autre débat qui n'a rien à voir avec les avantages intrinsèques des régimes de retraite enrichis. Des régimes tellement avantageux que plusieurs grandes entreprises ne veulent plus les offrir, leur préférant pour les nouveaux employés les régimes à cotisations définies, beaucoup moins avantageux.

J'arrête là mon intervention pour laisser place aux points de vue émis par les lecteurs. Vu l'espace restreint de la présente chronique, j'ai dû écourter certaines interventions tout en conservant l'essentiel de leurs arguments.

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Monsieur Chiasson,

J'ai trouvé votre réplique fort appropriée. Les gens qui n'ont qu'un REER comprennent vite ce qu'est un régime à cotisation déterminée, en comparaison avec un régime à prestation déterminée. J'ajouterai que ces mêmes retraités de l'État et de grandes entreprises ont payé bien peu pour obtenir beaucoup (les cotisations n'ayant été relevées que récemment), tout en ayant eu la chance d'être sur le marché du travail pendant une période de vaches grasses.

Lorsque j'étais étudiant, j'ai eu la chance de travailler dans une papetière et de constater à quel point nous étions improductifs (tout en étant fort bien rémunérés). Les retraités de ces papetières sont présentement bien récompensés pour avoir fait bien peu pour la société. Je suis allé en Chine récemment et je comprends pourquoi des entreprises comme les papetières, GM, etc., ont de la difficulté à rivaliser. Les Chinois travaillent bien au-delà de 50 ans. Ils embellissent leurs villes et innovent, tandis que nous on paie à grands frais des gens potentiellement rentables à traîner dans les Club Price, Tim Horton, etc. Et ces mêmes gens se plaignent! Peut-être que ces propos sont offensants pour certains, mais c'est la triste réalité, et il faut regarder ailleurs pour constater à quel point nos régimes de pension sont non viables à long terme.

G. T.

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Monsieur Chiasson,

Sachez au préalable que ces retraités ont cotisé toute leur vie de travail à même leur salaire. Ce n'est pas le gouvernement qui paie nos rentes de retraite, c'est la CARRA (Commission administrative des régimes de retraites et d'assurance) à même les montants accumulés par nos cotisations.

Par votre exemple, vous nous laissez sous l'impression que lesdits retraités reçoivent une généreuse rente de retraite de 30 000 $ à 40 000 $ par année, alors que la rente annuelle moyenne des 127 050 retraités bénéficiaires du RREGOP est de 14 395 $. La rente annuelle moyenne versée aux 9282 conjoints survivants n'est que de 3965 $. Vous constaterez, je l'espère, que ce n'est pas le pactole et que nous sommes loin des 30 000 $ à 40 000 $. Notons que le seuil de faible revenu au Canada dans les grands centres est de l'ordre de 19 500 $ par an.

Ces tableaux nous donnent aussi la moyenne des rentes annuelles versées à d'autres groupes d'employés bénéficiant d'autres régimes de retraite, mais administrés par la CARRA. Notons, entre autres, le personnel d'encadrement (32 000 $), les retraités de la SQ (40 000 $), les juges (89 000 $) et plusieurs autres. Ajoutés aux retraités bénéficiaires du RREGOP, cela fait 210 225 retraités et 23 591 conjoints survivants et orphelins. Et la rente moyenne atteinte alors pour les retraités est de 20 087 $, et celle des conjoints survivants et orphelins, de 8102 $. Ce n'est toujours pas le pactole.

Vous mentionnez la réversibilité de ladite rente de retraite au conjoint; ce n'est pas la totalité de la rente du RREGOP qui est réversible mais plutôt 50 %, et les crédits de rente accordés par la CARRA après les rachats de services passés ne sont pas toujours réversibles.

Vous parlez d'une rente «de surcroît indexée», du moins partiellement. Mais c'est ce «partiellement indexée» que les retraités du public et du parapublic contestent, car nous croyons que nos rentes de retraite devraient être pleinement indexées pour suivre le coût de la vie, qui va sans cesse croissant. Tout a commencé le 1er juillet 1982, quand le gouvernement de ce temps a décrété que les rentes de retraite gagnées et accumulées durant les années de travail après le 1er juillet 1982 seront indexées au taux d'indexation des rentes du Québec moins 3 %.

P. V.

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Monsieur Chiasson,

Je vous félicite pour votre article. Je suis avocate au gouvernement depuis 1979 et je me considère privilégiée à tous égards. J'ai un formidable boulot, une qualité de vie extraordinaire, un salaire tout à fait convenable, payé par chaque citoyen(ne) du Québec, et un régime de retraite que personne, au privé, ne peut se bâtir à moins d'être richissime. Je pourrai donc prendre ma retraite après 35 années de service et retirer 70 % de mon salaire pour le reste de mes jours... Qui dit mieux? Je suis même gênée par l'indexation, car il me semble que de tels régimes n'existent plus ailleurs (je me trompe?) et qu'un jour viendra où le gouvernement devra avoir le courage de réviser tout cela. Je salue votre courage de dénoncer les jérémiades de M. Vallerand par une démonstration très honnête. Une abonnée qui apprécie son journal et ses analystes.

L.P.L.

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Monsieur Claude Chiasson,

Vous contestez aux retraités de l'État le droit d'obtenir une rente indexée en fonction du coût de la vie en utilisant des arguments tordus. Est-ce bien nécessaire de frapper à tort sur un groupe qui a simplement pris ses responsabilités au plan financier? Plutôt que d'établir des comparaisons boiteuses, M. Chiasson aurait peut-être eu avantage à prendre en considération toutes les données pertinentes. Une simple consultation du rapport annuel 2005 de la CARRA aurait apporté un meilleur éclairage sur son propos, évitant ainsi d'induire en erreur les lecteurs.

Peut-être que M. Chiasson ne sait pas que plusieurs retraités de l'État qui touchent une rente de 30 000 $ par année ont cotisé, leur vie durant, une somme valant plus de 400 000 $, capital et intérêts, et cela sans prendre en compte la part de l'employeur? Il faut savoir que la CARRA et la Caisse de dépôt et placement du Québec ont obtenu un rendement moyen de 9,66 % par année depuis 1966 et que, avec un tel rendement, la caisse accumulera chaque année, pour plusieurs retraités, des sommes supérieures à la rente versée.

Une somme de 400 000 $ jumelée à un rendement de 9,66 % rapporte annuellement 38 400 $. Après le versement d'une rente de 30 000 $, à la fin de l'année, le capital investi par cet ex-employé de l'État augmentera, malgré tout, de 8640 $. Comme le coût de la vie a augmenté en moyenne de 4,66 % par année depuis 35 ans, même si ces retraités voyaient leur rente pleinement indexée au coût de la vie, ils laisseraient à la CARRA, à l'âge de 85 ans, des sommes de plus d'un million de dollars. Faut-il ajouter que, dans ces cas, l'État n'aura même pas versé un seul sou pour ces retraités?

M. Chiasson sait-il que, durant leur vie active, les retraités de l'État n'ont pas eu le droit de cotiser la pleine somme admissible au REER? En effet, du maximum consenti à 3500 $ au REER, les actifs du temps, employés de l'État, devaient soustraire le montant des cotisations versées à leur fonds de pension.

Les retraités ne demandent pas de s'enrichir, ils veulent seulement cesser de s'appauvrir. La pleine indexation de leur rente de retraite ne serait qu'un retour juste et équitable sur leur investissement.

Rodrigue Dubé

Président de l'Association démocratique des retraités

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Cher Monsieur Chiasson,

Merci et félicitations pour votre chronique de ce matin (Pas de larmes pour eux). Ayant moi-même cotisé au RREGOP pendant ma vie active et jouissant depuis deux ans d'une rente garantie pour le reste de mes jours, j'ai été ahuri de lire les propos de Luc Vallerand, directeur de l'AQRP. Mais sur quelle planète vit donc ce bonhomme?

Avec mon admiration,

M. P.

Courriel : cchiasson@proplacement.qc.ca

Classe Internet: www.proplacement.qc.ca

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