Un homme, un vrai, rien de chiqué

Le néomacho incarné par Patrick Huard et le ouatcho joué par Colm Feore s’affrontent virilement dans Bon cop, bad cop.
Photo: Le néomacho incarné par Patrick Huard et le ouatcho joué par Colm Feore s’affrontent virilement dans Bon cop, bad cop.

J'aurais préféré te rencontrer, mais après avoir été sacré «personnalité de la semaine» dans un journal concurrent, il ne doit plus t'en rester beaucoup pour être le «stud du mois» au Devoir. Tu sais, ça nous arrive d'être groupies, nous aussi, même quand c'est populaire.

J'aurais tant aimé poursuivre cette conversation sur les rapports hommes-femmes entamée il y a quelques années déjà au bar de danseuses Wanda, rue de la Montagne. Nous n'avons pas gardé les cochons ensemble mais nous avons regardé les cochonnes ensemble; ça tisse des liens, il me semble. Ton pote Éric Lapointe dansait debout sur les banquettes fermes comme des seins en silicone et j'étais assise entre toi et un de tes amis qui nous avait présentés.

- «Qu'est-ce qu'une belle fille comme toi fait toute seule un samedi soir?», m'avais-tu demandé, comme si seules les moches avaient le privilège de partager leur vie avec la solitude.

- «Apparemment, j'attendais une invitation chez Wanda. Dans ma prochaine vie, j'aimerais être réincarnée en poteau d'acier inoxydable. Ça m'a l'air drôlement sympa comme boulot, tu trouves pas? On n'est jamais seule le samedi soir, en tout cas!»

Tu me pardonneras, mais j'étais remplie de préjugés quand ton film Bon cop, bad cop est sorti au grand écran. J'ai attendu, pour m'y rendre, qu'un de mes ex, plutôt intello, se pâme en me disant que tous les gars voulaient ressembler à Patrick Huard et que toutes les filles désiraient le baiser (ou se faire baiser par lui, c'est selon).

Conclusion: si tous les gars se mettent à te ressembler, on est encore plus dans la merde que l'est Guy Fournier depuis dimanche dernier. Parce que, si je me fie à ta représentation des hommes, des femmes et des rapports hommes-femmes dans ce film, nous célébrons l'époque où les danseuses de Wanda sont devenues mères de famille ou continuent de s'acharner à califourchon sur l'homme en hurlant: «Vive le Québec libre!»

Oh boy! Je n'ai pas été sidérée par la représentation sommaire de ta fantasmagorie féminine. Réduite à ses nichons et à sa fonction reproductive, une fille est mère ou putain sur ce terrain foulé et refoulé, encore que pas assez, semble-t-il. Et le mâle n'existe que parce qu'il domine la situation, ses émotions, la femme, toutes ces réponses.

J'ai été simplement déçue que ce film soit un succès national et qu'il devienne une référence culturelle. Après toi, il y a Séraphin. Tu avoueras que nos héros manquent d'étoffe même s'ils ne manquent pas de couilles. Et des couilles sans étoffe, ça fait des couilles qui se les gèlent.

L'homme ouatcho

Tu as beau incarner le mec traditionnel, non conformiste et rebelle dans ton film, tu as beau nous l'avoir badigeonné au pesto de la modernité (papa-poule cool qui partage un duplex avec son ex — Charlotte Laurier —, à qui il mentionne qu'elle peut encore «pogner» parce qu'elle a de beaux seins), tu as beau personnifier le fantasme du bad boy, du Marlboro man en bazou miteux, du mâle alpha dans toute sa splendeur délinquante, tu sers surtout de faire-valoir à ton «bon cop» torontois, à la fois métrosexuel et viril, un homme de peu de mots et d'une grande sensibilité, qui sait cuisiner l'endive et deviner la femme, si ce n'est l'inverse. On appelle ça un ouatcho. Mi-ouate, mi-macho.

Le flegme britannique, l'élégance, la dégaine, le sourire entendu, le col roulé. Fiou! Je reprendrais du Colm Feore même déguisé en pâté chinois. Mon véritable fantasme, c'est lui. Et il nous repose un peu du Québec des beaufs, sans compter qu'il n'a pas besoin, comme toi, de nous faire une démonstration permanente des sous-produits de sa virilité. Il l'assume, ça nous suffit.

Sachant que tu n'es pas qu'un excellent comédien mais que tu as aussi des idées, j'ai consulté des spécialistes pour savoir ce qu'il y avait dans un homme en 2006, histoire que ton prochain scénario n'ait pas l'air d'un évadé de prison à sécurité maximum. Les symboles qui permettaient autrefois d'identifier la virilité (la cigarette, l'alcool, les chars, le sport) sont en déclin, sauf pour le sport. Zidane peut encore donner des coups de tête, c'est perçu comme un signe de virilité.

«La virilité, c'est une violence maîtrisée, c'est une force intérieure, une attitude», me dit Nicolas Riou, auteur de l'essai Un homme, un vrai - Y'a quoi dedans?. Selon ce spécialiste en consommation et en tendances socioculturelles (français, OK, mais des beaufs, y en a partout!), les hommes sont placés devant la tâche difficile de réinventer une virilité compatible avec l'époque. L'homme rose ne fait pas rêver, mais la brute néomacho que tu incarnes ne fait pas fantasmer non plus. Sauf certains nostalgiques, peut-être. Et depuis Dawson, ils vont être obligés de revoir leur costume d'Halloween.

Un grand vide en chantier

Selon Nicolas Riou, qui voit poindre à l'horizon une virilité plus «positive», nous avons actuellement affaire à quatre types d'hommes. D'abord, les métrosexuels urbains un peu trop féminisés sont une invention des médias qui ne concerne que 5 % des mecs. David Beckam, c'est de la pub, de la frime, du marketing de crème antirides à l'huile de thé des bois et d'antisudorifique à la vanille tahitienne.

Vient ensuite son cousin, le gai, très tendance mais pas très porté sur la femme, si ce n'est pour lui donner des conseils de shopping. C'est le gai que l'hétéro de base de Queer Eye for a Straight Guy consulte pour séduire. Te dire comme l'hétéro ne sait plus rien quand il s'extirpe de son garage!

Puis, on isole l'homme en crise, généralement entre 35 et 45 ans, parfois enragé et engagé dans Fathers4Justice ou simplement adulescent attardé. Pense aux gars d'Horloge biologique et tu auras déjà un portrait assez fidèle de la situation. Et finalement, voici le néomacho, que tu connais jusque dans le fond de son tiroir à bobettes, mais il paraît que tu n'en portes pas. Oh! What fun it is to ride in a one-horse open sleigh! Hey!

Les hommes sont présentement en chantier dans toutes les sphères de leur vie, y intégrant du féminin, le soin des enfants, les crèmes, les thérapies. Tu remarqueras que je n'ai pas écrit le mot «féministe» une seule fois dans cette lettre. Plus d'égalité ne veut pas dire moins de virilité. Féministes ou non, on vous aimait droits, loyaux, combatifs, responsables et courageux. Rien à voir avec les muscles ou ton répertoire de sacres; c'est plutôt une posture intérieure.

Et tu peux cracher ta gomme à mâcher, mon homme: pour la posture, c'est du chiqué.

Joblo

cherejoblo@ledevoir.com

Ceci n'est pas un blogue

Gorille.com

Je suis tombée sur ce blogue (www.betterthanbeer.com), et des quelques règles pour être un vrai gars, je retiens celles-ci...

- Deux hommes ne partagent jamais un parapluie. Sous aucun prétexte.

- Un homme peut pleurer au cinéma (ou dans la vraie vie) quand un chien meurt pour sauver son maître ou quand Lucie Laurier commence à déboutonner in-ten-tion-nel-le-ment sa chemise (à elle!).

- Si tu connais un gars depuis plus de 24 heures, sa soeur est une intouchable, sauf si c'est pour la marier.

- Aucun homme ne devrait acheter un cadeau d'anniversaire pour un autre homme. En fait, se rappeler la date de l'anniversaire est également optionnel.

- En voyage sur la route, la vessie la plus grosse détermine les arrêts pipi, pas la plus petite.

- Tu peux demander le pointage d'une partie en cours mais jamais quelle équipe est en train de jouer.

- Les vrais amis ne laissent pas leurs amis porter des Speedo.

- Si la fermeture-éclair du pantalon d'un autre homme est baissée, c'est son problème. Vous n'avez rien remarqué.

- Ne jamais permettre qu'une conversation téléphonique avec une femme dure plus que le temps où vous êtes capable de lui faire l'amour.

- Il est acceptable que vous conduisiez son auto à elle mais pas qu'elle conduise la vôtre.

www.chatelaine.com/joblo

***

Apprécié: Pierre Lebeau dans la pièce La Fin de Casanova de Denis Marleau. Un immense acteur qui n'a qu'à respirer pour vous faire sentir sa virilité, même agonisante. Du grand jeu pour notre Séraphin national. Par contre, on décroche totalement à l'arrivée de sa petite adoratrice qui joue à la marelle et s'époumone à nous faire croire qu'elle se pâme d'amour. À l'Espace Go jusqu'au 7 octobre.

Visité: le site www.cleaninghunk.com. Wow! Un vrai stud auquel on fait nettoyer la cuisine déguisé en travailleur de la construction. En plus, il enlève son «marcel» pour frotter les comptoirs. M. Muscle à l'oeuvre et qui ne fait pas que se croiser les bras en vous envoyant un clin d'oeil. Le partage des tâches, c'est vraiment merveilleux.

Salué: le courage de la comédienne Isabel Richer dans la dernière édition du magazine Clin d'oeil, qui porte sur les seins. Vous lirez les monologues du sein; celui d'Isabel nous rappelle que même les petits sont beaux.

Consulté: l'essai Où sont les hommes? - La masculinité en crise d'Anthony Clare (Éditions de l'Homme, 2004). L'auteur, qui enseigne la psychiatrie en Irlande, s'intéresse aux sources de l'insécurité masculine. Selon les psys, me disait l'auteur Nicolas Riou, l'homme éprouve des problèmes identitaires, avec l'engagement, ses érections, et il est terrorisé par les femmes. Anthony Clare nous dresse un portrait pas très jojo de la situation de l'homme: ni pourvoyeur, ni protecteur, très souvent victime du divorce et générateur de violence. L'auteur est d'avis que les hommes doivent apprendre à renouer avec leurs émotions, leur vulnérabilité, à exprimer leur tendresse. Et que l'amour s'enseigne en très bas âge. La psycho dès la maternelle, quoi!

Écouté: le disque Le Cirque du temps de Stéphane Côté. Superbes textes sur des ritournelles un peu naïves. Samedi dernier, j'ai lu que cet auteur-interprète manquait de défauts pour nous faire rêver. C'est dire comme nous sommes complètement dans le champ, les nanas. Un bon gars nous chante des choses banales mais bien tournées dans son habit de tous les jours et nous voudrions encore qu'il se déguise en rockeur mal engueulé. On a déjà Éric Lapointe pour faire ça, oui ou merde?

Noté: qu'on utilisait le mot «chantier» dans l'émission C.A. (Radio-Canada) pour décrire les parties intimes féminines. On est loin de San Antonio et de son Dictionnaire. Rien que sous la lettre c: «case délices», «case départ», «case trésor», «cramouille», «crougnozoff», «coupe des voluptés». Et je vous épargne le mot «chatte». Comment j'ai trouvé cette première mouture tant attendue de C.A.? Machiste à souhait. Il serait peut-être temps qu'on montre aux Québécois à draguer convenablement. L'élégance est un concept qui survit bien au passage du temps. Même en fiction. Et les femmes, jeunes ou vieilles, rêvent de héros un tantinet romantiques et fougueux, prêts à camper devant leur porte pour les séduire.

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1 commentaire
  • Jean-Marc Southière - Abonné 22 septembre 2006 20 h 28

    Enfin!

    Chère Josée,
    J'étais désespéré à l'idée d'avoir perdu la chroniqueuse aiguisée qui savait où mettre le doigt avec affection et humour.
    Puis, une période de flottement...?
    Et soudain, merveille! Elle est réapparrue, toute requinquée!
    Dommage pour Patrick...
    Bienvenue back!
    Je vous aime pas mal mieux comme ça.

    Jean-Marc Southière.