Hors-jeu: Garçon, deux siliciums

C'est bien pour dire, comme l'enseignait Kierkegaard je crois. Suffit de trouver des liens ténus entre les choses, et on peut raconter n'importe quoi tout en se donnant bonne conscience. Ainsi, si on veut faire état d'une découverte qui n'a rien à voir avec le sport mais réjouit considérablement le coeur de l'humain, on relève les propos du Dr Jonathan Powell, de l'université King de Londres, prononcés ce dimanche:

«Le silicium est un élément potentiel très important pour le fonctionnement des os, et il n'y a pas de doute que la bière est une très bonne source de silicium. La consommation moyenne de silicium est de 30 milligrammes par jour et une demi-pinte de bière vous en donnera six milligrammes, ce qui correspond à 20 % d'une consommation moyenne.

«De plus, non seulement la bière est une source relativement importante de silicium, mais la quantité que nous en absorbons est plus élevée que dans tout autre aliment.»

Avons-nous besoin d'un schéma avec des points de repère? Non, messieurs dames, on pose une demi-pinte = 20 %, donc 5 x 1/2 pinte = 2 1/2 pintes par jour, soit 912,5 pintes par année non bissextile, et voilà des os garantis, comment dire, jusqu'à plus soif. Bien sûr, il peut y avoir de menus dommages collatéraux susceptibles d'entraîner la mort et pire, mais le squelette sera une sacrée pièce pour les archéologues de l'an 10 000.

Et on poursuit avec, ailleurs dans le monde de l'actualité: un spectateur a dû être expulsé de la demi-finale de la coupe LG de snooker qui se tenait la semaine dernière au Guild Hall de Preston (Angleterre), parce qu'il ronflait trop fort. L'homme, selon mes sources dans le domaine du cross-coin, s'était assoupi après avoir consommé trop de bière. À sa décharge, faut-il préciser, le match opposant Steve Davis à Alan McManus (remporté par ce dernier, 6-4) a duré cinq heures et, à la septième manche, a dû être retrianglé (expression du terroir) à deux reprises parce que les joueurs pratiquaient une stratégie trop défensive.

Je vous le dis: bons os + sommeil réparateur = santé.

Des liens, des liens: ah les Anglais, Londres, nous.

Le nouveau stade Wembley, à Londres, dont les plans ont finalement été approuvés et dont la construction devrait débuter sous peu, promet d'être un chef-d'oeuvre du sport mondial. Son ouverture est prévue en 2006, il pourra accueillir 90 000 spectateurs et il coûtera 750 millions de lourdes livres sterling, soit près de 1,9 milliard en dollars Canadian Tire.

C'est donc dire, bonnes gens, que le Wembley II sera le stade le plus onéreux de toute l'histoire de l'humanité, délogeant celui qui aura détenu jusque-là le championnat de l'argent jeté par les gradins, j'ai nommé le Stade olympique de Montréal — entre 1,3 et 1,4 milliard pour le moment. Notre Stade olympique à nous. Les maudits.

Par ailleurs, l'équipe de York City, qui se produit en division 3 du football anglais, connaît des problèmes d'ambiance à son stade de Bootham Crescent. (Notons au passage pour les puristes qu'en Angleterre, rien n'est comme ailleurs. Ils chauffent à gauche, appellent les frites des chips et les chips des crisps et trouvent que la reine a de beaux chapeaux même s'ils n'arborent pas le même plastique que les shérifs de la région de Washington à la recherche du tireur cinglé quand il pleut. En outre, la première division de foot s'appelle Premier League, ce qui signifie que la Division 1, juste en-dessous, est en réalité la deuxième division, la Division 2 est la troisième division, et la Division 3 est la quatrième division, et ainsi de suite jusqu'à ce que le soleil se couche sur l'Empire. Je ne sais trop si c'est logique, mais si vous n'êtes pas d'accord, vous pouvez toujours leur écrire.)

Donc, problèmes d'ambiance. La solution? La direction de York City a décidé de diffuser pendant les matchs des cris et des applaudissements enregistrés. De bons vieux rires, façon de parler, «en canne».

Bootham Crescent a ainsi perdu son titre de stade le plus mortuaire au monde, le confiant à un autre, j'ai nommé le Stade olympique de Montréal — entre 1,3 et 1,4 décibel en moyenne lors d'un match de balle. L'honneur est sauf.

Dans la série «Mazette, quelle joyeuse bonne idée qui gagnerait à être exportée», le procureur du comté de Hamilton (Ohio), Mike Allen, étudie la possibilité de poursuivre les Bengals de Cincinnati, de la NFL, devant les tribunaux. C'est que le comté avait majoré sa taxe de vente afin de financer la construction d'un nouvel amphithéâtre, le stade Paul-Brown qui a ouvert ses portes en septembre 2000.

Or une clause du contrat stipule qu'un nouveau stade est essentiel pour que les Bengals «forment une équipe compétitive». Mais comme ceux-ci ont un dossier de 0-6 cette saison et de 10-28 depuis leur pendaison de crémaillère, les autorités du comté estiment qu'ils n'ont pas respecté leur part de l'entente, un bon club en retour d'argent public.

Hé hé.

Vous ne me croirez pas parce que vous ne me croyez jamais et vous avez bien raison, mais au moment où ces lignes prennent magiquement vie sous vos yeux ébahis, je suis en route pour la Pennsylvanie. C'est que de jeudi à dimanche, à l'université Penn State, aura lieu le congrès annuel de l'International Association for the Philosophy of Sport. Juré, ça existe.

Et ça tombe fichtrement bien que ce soit là, parce que l'an dernier, le congrès se déroulait à Williamsburg, en Virginie. Pas tout à fait exactement dans le coin de vous savez quoi, mais pas très loin, juste un peu plus au sud, trop près en tout cas pour faire le smatte.

Au programme des conférences, l'une sur la phénoménologie de la planche à neige, une autre sur une approche kantienne du sport extrême, une autre sur l'application des principes éducatifs néo-thomistes au sport en général. Et ce n'est là qu'un apéro pour vous mettre l'eau au moulin.

On s'en reparle. D'ici là, je prendrai un silicium à votre santé.