La coupe du monde vous parle - Ce sera Bleus contre Bleus!

La victoire a été mince, à peine 1 à 0, et arrachée grâce à un penalty réussi de Zinedine Zidane, mais la France s’est tout de même frayé un chemin vers la finale de la Coupe du monde de soccer en battant les surprenants Portugais. L’équip
Photo: Agence Reuters La victoire a été mince, à peine 1 à 0, et arrachée grâce à un penalty réussi de Zinedine Zidane, mais la France s’est tout de même frayé un chemin vers la finale de la Coupe du monde de soccer en battant les surprenants Portugais. L’équip

Les supporters italiens voulaient la France en finale et, voyez-vous un peu ça, ils l'auront. Et pendant ce temps, parions que les Portugais continueront à faire le cauchemar récurrent, et d'autant plus cruel que bien réel, du dénommé Zidane qui leur passe un penalty nickel et renvoie leur équipe nationale à la maison.

Quelqu'un avait dit France-Italie pour les suprêmes honneurs dans la Weltmeisterschaft 2006? Si oui, ce quelqu'un ne l'a pas dit très fort. Y avait que du Brésil, de l'Allemagne et de l'Argentine partout. Beaucoup moins fort, en tout cas, que les coups de klaxons qui ont retenti dans le secteur tricolore hier, et dont il ne serait pas hasardeux de parier que les auteurs étaient au moins aussi étonnés que joyeux. Car il faut le dire, ce dénouement, même les Français n'y croyaient pas il y a trois semaines à peine. Pas avec les petites chicanes, genre Barthez-Coupet, pas avec les cliques, pas avec les deux matchs nuls contre la Suisse et la Corée du Sud en ouverture de tournoi. Et certainement pas avec Raymond Domenech à la barre.

Il doit bien rigoler aujourd'hui, Domenech, celui qui a plus l'air d'un prof de maths que d'un coach de soccer, qui fait du théâtre comme comédien amateur et qui croit si fermement en l'astrologie que, comme on l'a raconté, il n'y a pas de Scorpion dans sa sélection et qu'il se sent à l'aise avec des natifs du Lion en défense. Il s'est fait traîner dans la boue, Raymond. Mais il doit rigoler, comme l'avait fait avant lui son mentor Aimé Jacquet dit Mémé, qui avait subi le même traitement avant d'aller décrocher le championnat du monde. Domenech ne l'a pas encore, mais c'est tout comme. Pas parce que la France est sûre de battre l'Italie. Parce qu'il a déjà fait cent fois mieux que tout le monde ou à peu près lui en avait donné la chance.

Après le grand doublé Coupe du monde 1998-Euro 2000, les Bleus ont touché le fond. Pas le moindre but en 2002, et une élimination directe face à la Grèce en 2004. C'est après que Domenech est arrivé. C'est lui qui a convaincu Zidane, Thuram et Makélélé de reprendre du service. Plusieurs ont dit qu'il faisait du rapiéçage pour sauver les quelques meubles restants. Ben voilà, c'était même pas vrai. Et le plus abracadabrant des scénarios se poursuit, avec une victoire Zizou. Qui a marqué le seul but de la rencontre hier, certes, mais qui transforme surtout le jeu par sa seule présence, même quand il ne touche pas au ballon, ce qui lui arrive plutôt rarement. Luiz Felipe Scolari l'avait dit avant la demi-finale: vous pensez contrôler le match, et puis paf, Zidane fait quelque chose, n'importe quoi, et ça vire de bord. Zidane qui fait rire le ballon alors que lui, Scolari, défenseur de second ordre dans son jeune temps, le faisait pleurer.

Cette fois, c'est l'avis d'un gars qui a un oeil sur l'écran, un oeil sur le clavier et le troisième oeil sur les impondérables, l'équipe de France n'a pas été aussi dominante, aussi étanche, que contre le Brésil. (Ça fait quand même drôle à dire, «pas aussi dominant que contre le Brésil».) Les Portugais sont parvenus à se confectionner une belle brochette d'attaques dangereuses. Mais vous savez comment est le merveilleux monde du sportª: une question de centimètres. Quelques balles qui viennent lécher la barre au lieu de secouer le cordage, un penalty accordé par l'arbitre dont on pourra soupeser la justesse jusqu'à la fin des temps, et c'est l'un et pas l'autre qui, comme titrait Libération, franchit le dernier mur avant Berlin.

En fait, même la lancée en attaque du gardien portugais Ricardo, dans les derniers instants, n'aura pas suffi, quoiqu'elle ait été pittoresque à observer.

Beaucoup de récentes réminiscences, aussi, dans ce match. Le cauchemar, c'est celui qui se poursuit pour le Portugal, qui avait été sorti de l'Euro 2000 en demi-finale sur... un penalty de Zidane en prolongation. Et si les Italiens veulent la France, c'est parce qu'ils ont un équilibre des comptes à faire. En 1998, la France avait remporté le quart-de-finale contre eux à la séance de tirs de barrage. Et en 2000, en grande finale, les Français avaient sérieusement cendrillonné en marquant à la 90e minute, puis en prolongation, pour l'emporter 2-1. Ce type de circonstances laisse des traces, mettons.

À part ça, dans un autre désordre d'idées, on notera que la défaite du Portugal met fin à une impressionnante série de 12 victoires de suite en Coupe du monde pour Scolari. Le diable d'homme, surnommé «le Sergent» pour ses méthodes, disons, axées sur la discipline, avait conduit, sachons ne pas l'oublier, le Brésil au championnat en 2002. Il avait également mené les Portugais à la finale de l'Euro 2004. Il paraît que l'Angleterre aurait été intéressée à ses services pour la suite des choses, mais il paraît que, finalement, ça ne marchera pas. On lui souhaite quand même la meilleure des chances dans ses projets d'avenir.

Et pour la finale, dimanche, on aura droit aux Bleus, et on aura droit aux Azzurri. Ceux qui aiment les choses confuses seront servis. Mais un tel assortiment rend la formulation de prédictions plus facile. Hé, on connaît déjà la couleur du champion.

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Avant une finale, il est toujours intéressant de retourner aux analyses non pas de la veille, quand les zexperts se fendent de «ouais ouais, on pouvait effectivement discerner dans la particularité du parcours de la sélection qu'elle allait monter en puissance et dégager un avantage circonstancié du fait de sa cohésion accrue et s'ainsi faufiler jusqu'à l'affrontement déterminant en raison de la composition de sa moitié de tableau et puis euh», mais du début du tournoi. En prime donc, pour fins de discussion dans vos cocktails mondains au cours des prochains jours, ce que disait la bible World Soccer.

«La réalité est que si la France joue au meilleur de ses habiletés, il faudra toute une équipe pour l'arrêter. La question ne tourne pas autour des qualités d'entraîneur de Domenech ni de ce qui s'est passé dans les derniers matchs amicaux. La question est de savoir si l'équipe de France pourra tirer profit de son expérience quand ça compte vraiment ou si cette Coupe du monde sera un sommet trop lourd à escalader pour une formation aux jambes vieillissantes. Nous croyons qu'ils s'en tireront et se rendront au moins en demi-finale.

«Le fait que l'Italie se retrouve dans un groupe difficile pourrait tourner à son avantage. Le désir d'éviter le Brésil en chemin la forcera à demeurer concentrée et à offrir un bon rendement dès le départ. Et quand vous démarrez en force, un bon résultat entraîne l'autre, et qui sait ce qui peut arriver?»

C'est une bonne question, ça. Hein, qui sait?

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