Démocratie mexicaine

Droite ou gauche? Calderon ou Lopez Obrador? Dans la foulée du scrutin le plus serré de l'histoire du Mexique, et des lenteurs suspectes de la commission électorale, les urnes vont conserver leur secret pendant quelques jours encore...

Mais d'ores et déjà, on peut trouver malencontreux ce système électoral à un seul tour, dans lequel un chef d'État peut être élu avec 35 % des voix, sans devoir repasser une seconde fois devant les électeurs, comme cela se fait au Pérou, en France et dans d'autres républiques.

Il est vrai que l'élection à un seul tour est courante au niveau parlementaire, dans les pays de tradition britannique, où l'on a vu des députés élus avec 30 %, et des gouvernements «majoritaires» avec 35 % d'appuis: témoin le miraculé Tony Blair en Grande-Bretagne. Il est vrai que c'est aussi — au niveau présidentiel — le système en usage aux États-Unis. Mais les États-Unis, c'est la terre du bipartisme tout-puissant et écrasant, qui interdit durablement l'émergence d'une troisième force politique sérieuse.

Mais hormis ces deux pays nord-américains, cette méthode est plutôt rare. Et au Mexique, qui est devenu depuis 12 ans une démocratie pluraliste après sept décennies de parti unique ou presque, il y a aujourd'hui un véritable tripartisme: un parti de droite «pro-business», le PAN au pouvoir, un parti de gauche socialiste, le PRD, et l'ancien PRI hégémonique, devenu très minoritaire, mais qui conserve ses bastions.

Alors non seulement le vainqueur aura-t-il sous les 50 % — en fait, il n'aura pas 40 % — mais il aura, par-dessus le marché, gagné par un poil sur son plus proche adversaire ! Dans un pays où les inégalités sociales et l'élément «lutte de classes» restent extrêmement présents, ceci augure mal pour la solidité du mandat du vainqueur.

Pourtant, malgré un taux de participation décevant, la mécanique électorale mexicaine — dans ce pays au lourd passé de fraudes — semble avoir bien tenu le coup. C'est en tout cas ce qu'on est en droit d'espérer.... mais attendons de voir le dépouillement!

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L'élection de dimanche pourrait avoir fait une victime inattendue: le mouvement zapatiste du célèbre sous-commandant Marcos. «Célèbre» dans les salons de Paris et de Montréal, mais bien peu représentatif de l'opinion mexicaine, le personnage masqué a eu beau mobiliser, dimanche, quelques milliers de protestataires à Mexico, il sombre, aujourd'hui, dans une insignifiance vaguement bouffonne.

Marcos ne s'est pas présenté aux élections, les dédaignant ostensiblement, et prétendant se situer «ailleurs», en marge des institutions établies... En fait, les observateurs avertis pensent que s'il avait présenté sa candidature, le pauvre n'aurait même pas obtenu cinq pour cent des suffrages!

L'espoir de la gauche au Mexique, ce n'est pas le sous-commandant sans visage... C'est le très reconnaissable Andrès Manuel Lopez Obrador. Lopez Obrador, que ses adversaires ont tenté, tout au long de cette campagne, de dépeindre sous les traits menaçants d'un nouveau Fidel Castro, ou d'un clone du Vénézuélien Hugo Chavez.

Pourtant, entre «les deux gauches» très différentes qui se disputent aujourd'hui les faveurs des Latino-Américains, du Mexique à la Terre de Feu, il n'est pas du tout évident que l'ex-maire de Mexico — devenu président — serait un nouveau pion de «l'axe» anti-américain au pouvoir à Caracas. Mais c'est bien cette peur du socialisme radical qui semble avoir procuré à Felipe Calderon sa poussée de dernière minute, qui pourrait lui permettre de «coiffer au finish» le héros des masses populaires mexicaines.

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Il est de ces nations oubliées qui refont sporadiquement surface dans l'actualité. Exemples: le Tibet, englouti par la Chine... et le Timor oriental, naguère englouti par l'Indonésie. Le Timor, dont on avait espéré que l'indépendance représenterait une libération, ou du moins un pas vers un sort meilleur.

Cela fait maintenant deux mois que le Timor, petite demi-île d'Océanie, pays indépendant reconnu par l'ONU en 2002, se débat dans une crise interne qui met face à face deux groupes politiques, idéologiques et ethniques. Mutinerie d'une partie de l'armée. Émeutes dans la capitale. Insubordination du premier ministre envers le président. Démission du premier ministre...

La cause du malheur, ce n'est plus l'Indonésie occupante, qui avait exterminé un tiers de la population entre 1975 et 1995. Mais c'est peut-être en partie, et de nouveau, l'indifférence du monde extérieur — et notamment de l'ONU — qui a détourné son attention, après avoir fait un peu de zèle pendant quelques années.

Il est des endroits, comme Chypre ou le Kosovo, où les forces de l'ONU s'installent et puis s'incrustent pendant des décennies, entretenant des paix précaires mais réelles. Et puis d'autres, où elles vont faire littéralement «trois petits tours et puis s'en vont». Chypre et le Kosovo, c'est en Europe. Mais le Timor, c'est si loin...

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François Brousseau est chroniqueur et affectateur responsable de l'information internationale à la radio de Radio-Canada.

francobrousso@hotmail.com

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