Perspectives - Philanthro-capitalisme

Ils ont longtemps attiré l'attention à cause de la vitesse à laquelle grossissaient leurs fortunes. Bill Gates et Warren Buffett attirent maintenant l'attention à cause de la façon qu'ils ont de dépenser leur argent au profit des plus démunis. On pourrait n'y voir qu'un fait divers, ou pire, une manoeuvre bassement intéressée dont on ne comprendrait pas encore la logique. Il s'agit, en fait, d'une vieille tradition qui semble en voie de se moderniser.

Pas étonnant que la nouvelle ait fait le tour du monde la semaine dernière. On avait, côte à côte, les deux hommes les plus riches de la planète. Fait extraordinaire dans le monde des affaires, il n'était pas question de mégafusion ou d'acquisition juteuse, mais d'un don à de bonnes oeuvres. Et quel don! Le célèbre financier américain Warren Buffett était là pour annoncer son intention de céder, au profit des plus démunis, la majeure partie de sa fortune personnelle évaluée à 44 milliards. Ce cadeau lui permettait de dépasser son voisin à titre de plus généreux donateur de l'histoire. Bill Gates pouvait se consoler, puisque que son ami et partenaire de bridge lui a promis pour sa propre fondation pas moins de 31 milliards.

Une telle largesse, dans un monde où l'enrichissement personnel est souvent l'ambition suprême, est presque dérangeante. On en vient à se demander quel tour de passe-passe ou quel avantage fiscal tout cela cache. La réponse: aucun. L'homme de 75 ans n'y gagnera que le droit à des déductions fiscales totalisant 30 milliards qu'il a bien peu de chance d'avoir le temps d'utiliser de son vivant. Il n'aurait eu, autrement, qu'à verser 4,5 milliards en impôt sur ses gains en capital réalisés avec les actions de son holding Berkshire Hathaway pour avoir le droit de se garder à lui seul sa fortune colossale.

Non, il ne sert à rien de chercher la magouille. Il faut simplement croire Warren Buffett lorsqu'il dit: «J'ai été très chanceux dans la vie. J'ai toujours estimé que cela devait revenir un jour à la société, et ma famille est d'accord avec moi.» Ce fils de l'État du Nebraska surnommé «l'oracle d'Omaha» tant ses opinions font office de paroles d'Évangile pour le monde financier américain n'en est pas, de toute manière, à sa première rupture avec la doctrine en vigueur dans les cercles d'affaires. Il s'est même fait une spécialité de dénoncer les travers du capitalisme, comme la rémunération excessive des dirigeants d'entreprises, l'incompétence des analystes financiers ou les baisses d'impôt répétées de l'administration Bush.

Fait remarquable, il a préféré confier son argent à la fondation fondée il y a quelques années par le couple Bill et Melinda Gates plutôt que de faire comme tout le monde et de créer sa propre fondation qui immortaliserait son geste et son nom aux côtés des Andrew Carnagie ou John D. Rockefeller. Il a expliqué son geste en rappelant que son génie en affaire n'avait pas été d'administrer lui-même des entreprises, mais de savoir reconnaître les bonnes organisations dans lesquelles investir. Il était logique, a-t-il dit, qu'il fasse de même au moment de donner son argent.

Ce gros cadeau représentera aussi un grand défi pour la Fondation Gates qui se consacre principalement à la promotion de l'éducation et à la lutte contre les épidémies. Déjà la plus importante fondation au monde, elle doublera de taille d'un coup et disposera désormais d'un budget annuel de 2,8 milliards, soit quatre fois plus que les 610 millions de l'UNESCO, l'Organisation des Nations unies pour l'Éducation, les Sciences et la Culture, à laquelle la fondation Gates est souvent comparée.

Forces et faiblesses des fondations

Très répandues aux États-Unis, mais présentes aussi dans plusieurs autres pays, les fondations privées ne se révèlent pas particulièrement douées pour dépenser efficacement leur argent, a récemment dénoncé le célèbre professeur de gestion des affaires de Harvard, Michael Porter. Elles accusent des décennies de retard sur leur mode d'organisation, dit-il, et manquent de rigueur dans l'évaluation des besoins sur le terrain et des résultats de leurs actions.

Il faut toutefois se rappeler qu'elles s'attaquent à des problèmes extrêmement complexes où il est difficile de mesurer rapidement l'impact d'une mesure, notent d'autres experts. Et puis, on leur doit tout de même de belles réussites, surtout parce qu'elles assurent souvent un financement à la fois plus patient, plus flexible et plus audacieux que les programmes mis en place par les gouvernements.

La Fondation Gates est un bon exemple de ces forces et faiblesses des fondations privées. Le milliard qu'elle a investi jusqu'à présent pour améliorer les écoles publiques américaines n'a pas donné les résultats escomptés. Les centaines de millions versés chaque année en subventions à la recherche de nouveaux traitements contre le sida, la tuberculose et la malaria ont fourni l'incitatif économique qui manquait à des chercheurs et à des compagnies pharmaceutiques pour qu'ils s'attaquent à ces fléaux qui saignent les pays pauvres, mais qui n'offrent que de maigres perspectives de profits.

Bill Gates arrive toutefois avec une nouvelle façon de faire qui pourrait se révéler efficace. Inspirée des modèles d'affaires qui ont fait le succès des entreprises de la nouvelle économie comme Microsoft, elle est surnommée par les experts de «philanthrocapitalisme». Elle se limite à quelques objectifs bien précis. Elle privilégie les partenariats avec les gouvernements, les organisations internationales, les ONG et les entreprises privées. Elle cherche à maximiser l'impact de chaque dollar investi. Elle se donne des mécanismes indépendants d'évaluation. Elle n'a pas peur de prendre des risques avec des projets audacieux et de longue haleine, mais n'hésite pas non plus à couper les fonds aux projets qui ne donnent pas les résultats escomptés.

Ce genre d'approche aurait convaincu les fondateurs de Google, eBay et Intel d'apporter eux aussi leur contribution. D'autres seraient apparemment sur le point d'en faire autant. Après tout, il y a tout de même 691 milliardaires dans le monde, et l'on compte 7000 ménages qui ont 100 millions et plus aux États-Unis seulement.

Mais il est plus facile de gagner des millions que de régler les grands maux qui accablent l'humanité, a noté la semaine dernière l'oracle d'Omaha. «En affaire, vous recherchez les solutions les plus simples possible, et vous gagnez de l'argent. Dans la philanthropie, c'est beaucoup plus difficile. Les problèmes auxquels vous vous attaquez sont des problèmes qui ont déjà résisté à l'intelligence et à l'argent.»

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1 commentaire
  • Maurice Monette - Inscrit 4 juillet 2006 08 h 27

    Messieurs Buffet et Gates font malheureusement fausse route...!

    Comme on n'a pas encore compris ce qu'est la VIE INCARNÉE d'un(e) esprit/âme ICI sur GAÏA ou cette TERRE d'ÉMERAUDE alors, des gens comme Messieurs Buffet et Gates font perdurer l'APOCALYPSE dont ILS sont en grande partie responsables.

    Ce n'est pas unique à leur $ituation privilégiée car, la majeur partie des gens n'ont pas encore compris(es) quel devrait être le BUT recherché par tous(tes). Notre présence sur cette TERRE n'a pour BUT que d'APPRENDRE à vivre en CONVIVIALITÉ avec nos PROCHES et moins proches. L'argent ne devrait qu'être un outil pour édulcorer notre PASSAGE INCARNÉ et NON pour thé$auri$er, comme ils ont fait.

    Les soient-disantes "bonnes oeuvres" auxquelles ils veulent donner une partie de leur$ avoir$, ce sont des organismes qui ne font que faire perdurer l'ÉPREUVE d'EXPIATION (PURGATOIRE) que ces esprits/âmes fautives c'étaient méritée lors de passages incarnés précédents. Et, c'est eux/elles qui ont LIBREMENT CHOISIES ces ÉPREUVES pour venir s'AMENDER d'ERREURS PASSÉES ou MANQUEMENT aux LOIS CÉLESTES d'AMOUR FRATERNEL qui doivent être RESPECTÉES, si on veut conserver notre POSITION ÉDÉNIQUE que nos ACTIONS ANTÉRIEURES NOUS ont mérités(es).

    Donc, je répète, après avoir privé les $ociété$ Humaine$ $aine$ de la PLANÈTE entière de cette "o$eille" qui permet d'ÉVOLUER dans l'utili$ation de notre "LIBRE-ARBITRE" personnel, ces deux "AVARES" ont choisi de remettre une partie de leur$ riche$$e$ à des oeuvres qui font prolonger des ÉPREUVES EXPIATOIRES des esprits/âmes qui se sont mérités(es) cette DÉCHÉANCE EXPIATOIRE. Alors, OÙ est l'ERREUR...?

    Je VOUS laisse faire votre propre ÉVALUATION de la "grandeur d'âme" de ces deux IGNARES...!