Que la fête continue!

On l'a dit et redit: six mois, c'est une éternité en politique. Imaginez douze! Il y a un an, les souverainistes pouvaient sérieusement espérer qu'on ne leur imposerait plus très longtemps les célébrations de la Fête du Canada. Encore un peu de patience et il n'y aurait plus qu'une seule et unique fête nationale, le 24 juin.

Une fois passé le choc de la démission-surprise de Bernard Landry, les militants péquistes succombaient les uns après les autres à une «boisclairmanie», d'autant plus étonnante que celui dont on découvrait soudainement les mérites n'avait lui-même jamais envisagé de devenir chef avant plusieurs années.

Même sa relative inexpérience était considérée comme une vertu. Précisément parce qu'il n'était pas un de ces vieux politiciens qui s'accrochaient au pouvoir de façon si scandaleusement égoïste, le futur chef allait rallier la jeune génération à la souveraineté, qui atteignait déjà des sommets dans les sondages.

À Ottawa, la possibilité d'une mauvaise surprise semblait maintenant écartée. La défection de Belinda Stronach semblait avoir porté un coup mortel aux chances des conservateurs. Paul Martin pouvait maintenant choisir son heure. Stephen Harper n'était plus qu'un chef en sursis.

Avec un peu de chance, les libéraux allaient retrouver une majorité à la Chambre des communes. Les Jean Lapierre, Pierre Pettigrew et autres Denis Coderre, rassurés sur leur droit presque héréditaire d'exercer le pouvoir, seraient plus arrogants que jamais.

Les choses étaient encore plus rassurantes du côté de Québec. Il suffisait d'avoir vu la façon dont le gouvernement Charest avait encore cafouillé durant toute la session parlementaire pour écarter toute possibilité que ces gens-là puissent imaginer un moyen de retrouver la faveur de l'électorat

Décidément, l'été s'annonçait délicieux. Si Bernard Landry était trop grincheux pour goûter

les plaisirs d'une retraite bien méritée, c'était tant pis pour lui! On ne voulait surtout pas de «casseux de party».

Quand l'histoire de la cocaïne a refait surface, au début de l'automne, certains ont tout de même commencé à émettre certains doutes sur le jugement d'André Boisclair. Le tollé a été immédiat. Qu'il fallait donc être intolérant et étroit d'esprit pour reprocher pareille peccadille à un ministre! Après tout, il était si jeune!

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Les deux sondages dont les résultats ont été rendus publics cette semaine permettent d'établir un parallèle presque hallucinant entre les parcours d'André Boisclair et de Jean Charest durant les mois qui ont suivi leur accession à la direction de leur parti respectif.

Quand M. Charest a succédé à Daniel Johnson, au printemps 1998, le PLQ a été crédité d'une avance de 22 points sur le PQ. Les libéraux se voyaient déjà rééditer leurs exploits des années 70 et 80, alors que Robert Bourassa les menait à des victoires écrasantes.

Six mois plus tard, l'écart avait été réduit à cinq points. Encore trois mois et les libéraux subissaient une deuxième défaite consécutive, d'autant plus mortifiante que les espoirs avaient été grands.

Quand M. Boisclair a été élu chef, en novembre dernier, le PQ s'est retrouvé 20 points devant les libéraux. Les derniers sondages le situent quatre points derrière (Léger Marketing) ou trois points devant (CROP), celui de Léger Marketing se basant sur les données les plus récentes. Qu'en sera-t-il au début de l'automne?

Il est vrai que le chef du PQ n'a pas commis de gaffe comparable à celle de Bernard Landry, qui avait commencé son règne en qualifiant le drapeau canadien de «bout de chiffon rouge». M. Boisclair reconnaît lui-même avoir réagi de façon maladroite à l'annonce du départ de Pauline Marois, mais c'était nettement moins grave.

Le problème est d'un autre ordre. Malgré ses écarts, personne ne trouvait que M. Landry détonnait dans le poste de premier ministre, tandis qu'on arrive mal à voir M. Boisclair dans ce rôle. Il ne choque pas, il déçoit. Pire, il ennuie. Là encore, il rappelle le Jean Charest des premières années.

De l'avis général, sa réaction au rapport Moisan n'était pas à la hauteur d'un successeur de René Lévesque. Nier que le PQ savait que des entreprises contribuaient illégalement à sa caisse électorale était une insulte à l'intelligence. Louis Bernard et Bernard Landry se sont empressés de proposer leurs solutions, tandis que M. Boisclair réfléchit encore.

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Le seul avantage sur son jeune rival que tout le monde reconnaissait à Pauline Marois était sa plus grande expérience du gouvernement, mais cela est presque devenu un handicap durant la course au leadership.

L'objectif des membres du PQ n'était pas de former un «bon gouvernement», mais de tenir un référendum «le plus tôt possible à l'intérieur du prochain mandat», et André Boisclair était considéré de loin comme le meilleur candidat pour faire accepter la souveraineté.

Or le contexte a changé radicalement. Le chef du PQ, qui est tout de même lucide, a entrepris de se distancier de l'échéancier référendaire prévu dans le programme et de se donner un programme de gouvernement qui serait applicable aussi bien à une province qu'à un pays.

À cet égard, Mme Marois aurait sans doute été plus crédible, mais il est trop tard pour les regrets. Le danger qui guette maintenant le PQ est d'être boudé à la fois par ceux qui veulent toujours foncer vers le référendum et ceux qui souhaitent un bon gouvernement. Sans compter Bernard Landry, qui laisse clairement entendre que son successeur n'est pas à la hauteur, et Jacques Parizeau, qui finira bien par dire quelque chose.

Avec son fédéralisme d'ouverture, le gouvernement Harper a peut-être rejeté une grande partie de l'héritage libéral, mais il en a tout de même conservé quelque chose. Comme au cours des dernières années, le Québec accaparera plus de la moitié du budget qu'Ottawa consacre aux célébrations de la Fête du Canada: 3,7 millions sur un total de 7,3 millions. Que la fête continue!

mdavid@ledevoir.com

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