Santé - La religion santé

Une amie chère qui est psychologue dans la vie me dit ceci: «La santé est la nouvelle religion; les maladies, les nouveaux péchés.» My, me serais-je penchée sur un nouveau catéchisme à mon insu?

Réfléchissons. Si la santé est un catéchisme ou une religion, cela signifie d'abord qu'il y a des principes devenus plutôt rigides, une ligne de conduite morale qui gouverne la vie, associée à des valeurs qui servent de toile de fond. Mais la religion, quand on la critique, c'est qu'elle est surtout considérée comme un carcan, un code de conduite strict qui se désincarne peu à peu pour ne plus contenir de sens mais des faux-semblants. Une coquille vide, quoi.

C'est vrai que j'ai côtoyé des gens lors d'activités «nouvel âge» qui ont provoqué chez moi une réaction allergique que j'avais déjà ressentie à l'endroit de la componction religieuse. J'ajoute tout de suite que j'ai rencontré des religieux intéressants, ouverts, des penseurs. J'ai animé l'émission Second regard pendant deux ans, après tout. Mais quand ma copine parle de religion, ce n'est pas à ces gens qu'elle fait référence.

Dès qu'on porte des principes comme des étendards, dès qu'on fait la morale à tout un chacun en se croyant investi de la vérité, dès qu'on proclame à qui veut l'entendre ses valeurs et qu'on tente de les imposer, on sent ces relents de... religion.

Ces missionnaires font la promotion de leurs idées, ne laissant pas d'ouverture pour la contestation ou la discussion critique, croyant très fort qu'ils ont trouvé une vérité. On ne sent pas que c'est une proposition, qu'on aime cette idée avec souplesse; il n'y a aucun détachement implicite ni nuances qui laissent penser qu'on a relativisé.

Peut-on dire qu'un certain discours éclairé sur la santé est en passe d'être récupéré, vidé de sa substance par les nouveaux tenants de l'orthodoxie? Quelle idée choquante!

Allons-nous au gym comme on allait à l'église autrefois, un nouveau rituel qu'on pratique par obligation en ayant placé la santé sur l'autel de notre individualisme (qui est, quant à moi, la religion suprême de notre époque)?

Lorsque le magazine US News and World Report consacre sa une à l'exercice physique (édition du 26 juin), nous disant à quel point nous n'avons plus le choix, faut-il s'inquiéter ou se réjouir? En effet, il faut aussi penser en fonction de la santé publique, se dire qu'un enfant sur cinq est obèse — du jamais vu — pour comprendre que les messages doivent être répétés ad nauseam et que les changements sociaux prennent des années, voire des décennies, avant de devenir une nouvelle norme. Il faut lire Fat Politics (merci, Lyne Mongeau!) pour se rendre compte que nous avons été les jouets malléables d'intérêts économiques qui ont pris notre santé en otage...

Alors, quand donc la religion nous guette-t-elle? Quand donc la santé est-elle la religion, et la maladie, le péché?

Cela se produit d'abord quand nous confondons responsabilité et culpabilité. Si on est responsable de sa santé, on n'est pas coupable devant la maladie. La culpabilité est nettement catholique. Cela se produit ensuite quand nous mangeons des anti-oxydants plutôt que de déguster des framboises. Je me souviendrai toujours de Martin Picard, chef-proprio du resto Au pied de cochon, qui m'avait lancé: «C'est bon en hostie, des anti-oxydants!»

Mais nous nous intéressons à la santé parce que la qualité de la vie nous importe; la responsabilisation par rapport à notre vie est une sorte de morale — il en faut bien une! Nous ne sommes pas passifs mais dynamiques et interventionnistes. Nous nous intéressons aux recherches sur les aliments qui peuvent nous aider à lutter contre les maladies. Nous avons des convictions en ce qui concerne le gras, le sucre et la quantité d'aliments dans notre assiette. Nous pensons peut-être que le bio et le commerce équitable sont à favoriser, nous nous y adonnons assez souvent.

Nous avons justement intégré l'exercice dans notre vie; parfois, c'est seulement la marche, mais nous sommes conscients qu'il faut bouger, on fait du vélo, de la natation peut-être. On s'intéresse aux progrès de la science tout en se méfiant de l'industrie pharmaceutique...

Et on regarde aussi ailleurs, on s'ouvre aux idées nouvelles, comme ce Japonais qui photographie des cristaux de glace en écrivant des mots sur les boîtes de Pétri (ces petits contenants en verre, ronds, plats et transparents, dans les labos) pour les observer au microscope. Amour, jolis cristaux. Haine, cristaux déformés. (Masaru Emoto, Le Pouvoir guérisseur de l'eau, Guy Trédaniel Éditeur.) Cet original demande que le 25 juillet devienne le jour de la gratitude et de l'amour de l'eau. Vous vous en souviendrez.

Foin, donc, des discours sentencieux sur la santé, de la morale rigide des donneurs de leçons, des obsédés de la santé qui sont les bigots de la table. Ce qui ne veut pas dire qu'on doive manger idiot ou s'encroûter dans son fauteuil... n'est-ce pas?

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Reçu

- Dr J.-C. Houdret, Garder son tonus, Éditions Solar.

- X. Pommerleau, Ado à fleur de peau, Albin Michel.

- P. Chayer-Gélineau et F. Moreau, Se guérir d'un parent alcoolique, Novalis.

- Le Guide de la phytothérapie, Éditions Alpen.

- J. Eric Oliver, Fat Politics, Oxford University Press. Non traduit.

vallieca@hotmail.com

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