Jardins - Curiosités horticoles

Le Jardin des curiosités. Pas seulement pour les curieux.
Photo: Le Jardin des curiosités. Pas seulement pour les curieux.

J'ai une admiration sans bornes pour ces passionnés, pour ne pas dire ces fous de la bêche, de la griffe et du plantoir. Vous savez, ceux qui ne sont jamais dans leur maison et qu'on cherche en vain dans leur jardin? Pour repérer ces bipèdes qui pratiquent avec la légèreté des chats le déplacement à quatre pattes, il vous faut un oeil vif à balayage horizontal à hauteur de coquelicots...

Imaginez le personnage rampant dans un massif de graminées à l'affût de l'ivraie indésirable, ses genouillères pleines de terre et sa serfouette menaçante. Il a tout du pointeur devant sa proie. Mais ce qui le distingue du félin et du canin, c'est son grand chapeau de paille. Faute de voir le jardinier camouflé dans ses vivaces, on l'entend. «Ah! Verbena hastata! Où êtes-vous, mon Seseli gummiferum et mon Eryngium giganteum "Miss Willmott's Ghost"?»

Ce n'est donc pas au flair qu'on détecte le jardinier mais bien à l'oreille. Avez-vous remarqué que ces personnages bizarres font l'appel de leur collection en leur criant des noms en latin? En fait, il ne reste que ces bichonneurs de la chlorophylle et quelques scientifiques qui se plaisent à chérir ou à insulter faune et flore dans la langue d'Horace, de Pline et de Caton le Censeur (l'éloge

du chou).

Bien curieux animal que ce jardinier. Et, pour lui plaire, rien de mieux qu'une visite au Jardin des curiosités, à Saint-Ours, en bordure de la rivière Richelieu. Aménagé autour d'une demeure ancestrale québécoise, il a été conçu par Suzanne

Puech, horticultrice diplômée du Jardin botanique de Montréal, avec l'aide de son conjoint, Alain Émond.

Sur une superficie de 140 000 pieds carrés, vous pouvez y admirer près de 1000 espèces et variétés de végétaux. Venez vous promener dans ces jardins fleuris. Suivez les allées et découvrez un jardin typiquement anglais où cohabite une grande diversité de plantes vivaces. Vous y trouverez aussi un jardin aquatique où quelques centaines de grenouilles ont élu domicile, des topiaires, un potager ainsi qu'une culture de petits fruits qui sauront vous surprendre par leur diversité.

Si vous désirez une plante vivace, quelle surprise de voir Suzanne armée de sa bêche découper à même la plate-bande celle de votre choix, prétextant avec un doux sourire que cela va lui faire grand bien... Du vrai jardin-réalité!

Le prix d'entrée est de 8 $. Prévoyez une bonne heure, voire plus, pour faire le tour des collections. La petite pépinière offre des plantes de bon calibre, prêtes à installer dans votre jardin.

Le Jardin des curiosités

2875, chemin des Patriotes, Saint-Ours, (450) 785-2316

suzannepuech@videotron.ca

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jeanclaudevigor@videotron.ca.

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De feuilles et de couleurs

Le Paulownia tomentosa

Le Paulownia porte ses boutons floraux tout l'hiver et ceux-ci fleurissent à partir de la fin d'avril. Les fleurs sont regroupées et ressemblent à de grosses trompettes de couleur violette. Elles répandent d'ailleurs une odeur qui rappelle celle de la violette et elles apparaissent avant les feuilles.

Voilà de quoi nous aguicher, mais, hélas, point de fleurs sous notre climat. Cette belle chinoise quelque peu frileuse ne nous les montre jamais car son bois gèle chaque année. Pour la voir en fleur, il vous faudra visiter Central Park, à New York, où j'ai déjà pu l'admirer très tôt au printemps. Sinon, on peut faire un petit tour au jardin du Luxembourg, entre les courts de tennis et l'Orangerie. Voilà une bonne raison de faire une escapade à Paris au printemps.

Pourquoi diantre cultiver et incorporer cet arbre qui se comporte comme une vivace? Comme à tous les ans, il repart de souche après le rabattage du printemps. Sa croissance est fulgurante et la dimension de ses feuilles est très impressionnante, les plus grandes pouvant atteindre 40 cm. Cela en fait une plante «vivace» qui sort de l'ordinaire. La plante «repousse» de souche en Z-4 avec une bonne protection hivernale (paillis).

Note: pour la première fois en 32 ans, le Paulownia du jardin Van den Hende de Québec n'a pas gelé. Jacques Allard n'en revient pas! Les nouvelles pousses croissent donc sur le bois de l'année dernière, et ce, à quatre mètres de hauteur. Si M. Van den Hende pouvait voir cela, il n'en reviendrait pas lui non plus, lui qui a toujours joué sur cette ligne bien mince de la rusticité. Le réchauffement climatique nous offrira-t-il des sabots de Paulownia fabriqués au Québec?

Le Sirphium laciniatum

Comme l'écrit si bien Michel André Otis, horticulteur responsable du jardin des plantes vivaces du Jardin botanique de Montréal: «J'aime cette plante pour les qualités exceptionnelles de son feuillage. Ses feuilles ont plus de 60 cm de long et se reconnaissent facilement car ce sont de véritables sculptures végétales, profondément découpées et lobées. Avec de pareilles feuilles, la floraison devient superflue!»

Plein soleil pour cette grande plante de deux mètres et plus qui produira en fin de saison une multitude de petits soleils jaunes de 10 cm de diamètre.

Une plante somme toute rare, que le Jardin des curiosités devrait avoir.

Le Canna «tropicana»

Quelle joie de vivre! Quelle luminosité! Cette vivace rhizomateuse passe comme nous la moitié de l'année à l'intérieur, nous au chaud, elle au froid (au sous-sol à 10 °C), et a très hâte d'étendre ses feuilles au soleil de l'été.

Cette variété au feuillage très coloré «Tropicana», aussi nommée «Phasion» dans certains catalogues, doit être installée à l'ombre légère, dans un sol riche et relativement humide.

Autre avantage des Canna, c'est qu'elles se plaisent aussi dans de gros contenants, permettant leur utilisation sur les terrasses, les balcons, les patios, etc.

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La semaine du jardinier

- Samedi 1er juillet, Saint-Thierry. «À la Saint-Thierry, aux champs de jour comme de nuit.» Voilà une belle journée lunaire pour les fruits. On peut cueillir des fraises ou planter des gadelliers à fruits blancs. Les meilleurs!

- Dimanche 2 juillet, Saint-Martinien. Pas de chance, encore un noeud lunaire! Une journée favorable au repos et à la fête. Mais personne n'en saura rien (quoique... ) si vous plantez ou semez quelques plants de coriandre parmi vos rangs de carottes. L'odeur de la coriandre éloigne la mouche de la carotte.

- Lundi 3 juillet, Saint-Thomas. Si vous mettez de l'ail dans vos préparations d'huiles aromatisées, les risques de botulisme sont réels. Conservez le mélange d'huile et d'ail au réfrigérateur et consommez-le très rapidement.

- Mardi 4 juillet, Saint-Florent et Sainte-Berthe. Avez-vous planté votre plante du «satyre», la sarriette d'hiver «Satureja montana»? À ma connaissance, c'est la seule plante rustique et aphrodisiaque de mon jardin... Il est vrai que la sarriette d'été (annuelle) est plus douce, mais il faut reconnaître que la sarriette d'hiver excite l'appétit, et autre chose en plus...

- Mercredi 5 juillet, Saint-Antoine. Il vous reste à séduire votre Cléopâtre. Optez pour un bouquet de roses «Lavande», que vous pourrez trouver lors de votre prochain voyage Montréal-Québec en passant par l'autoroute 20. Un arrêt chez Roses Drummond s'impose.

- Jeudi 6 juillet, Sainte-Mariette. C'est une journée «fleurs». Il faut en profiter pour couper les fleurs fanées des rosiers. Mais il faut aussi tailler (rabattre) la tige qui a fleuri en la coupant au-dessus de la première feuille complète, c'est-à-dire, en gros, au-dessus (à un centimètre) de la plus belle feuille de la tige. De cet endroit partira une nouvelle tige qui se couvrira de fleurs dans une trentaine de jours.

- Vendredi 7 juillet, Saint-Raoul. «Si le coq chante à midi, signe d'un temps de paradis.» Si vos maïs mesurent un bon pied, vous pouvez semer des haricots grimpants à leur base. Les maïs grandissants leur serviront de tuteurs (méthode amérindienne).

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Le livre de la semaine

Après 20 années consacrées à planter, propager, transplanter, éliminer et replanter des vivaces, Michel André Otis les connaît bien et sait en décrire les particularités. Voilà un véritable horticulteur de talent qui nous livre son amour pour les plantes.

Dans ce premier livre, il en a choisi 50. Il nous dit pourquoi il les aime, nous explique comment les installer et les entretenir. Il donne quelques petits secrets et nous montre comment choisir des compagnes et des compagnons de plate-bande à ses 50 plantes fétiches.

Un tiers du livre est aussi consacré aux principales questions que tous les jardiniers amateurs se posent. Comment les acheter, les utiliser, les planter, les entretenir, les multiplier...

Je n'ai que des louanges à faire pour le travail de Michel André Otis, qui est depuis quelque temps l'horticulteur responsable du jardin des plantes vivaces du Jardin botanique de Montréal. Avant d'occuper ce poste, c'est lui qui nous avait fait découvrir un bon nombre de plantes vivaces d'ombre dans le jardin de sous-bois, alors qu'il était l'horticulteur responsable de ce sympathique jardin, si peu connu des visiteurs du grand jardin.

Merci de nous avoir livré tant de petits détails qui font foi de votre professionnalisme et de votre talent d'horticulteur!

J'ose espérer que vous commettrez un second livre sous peu car il y a encore tant et tant de plantes à nous faire aimer. Voici un livre bien fait pour tous les amoureux du jardinage.

PLANTES VIVACES

Michel André Otis

Bertrand Dumont

2006, 192 pages, 27,95 $

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