Théâtre: Rafales, d'hiver et autres

Grosse semaine en perspective. En plus de la vague de premières qui prennent l'affiche à la queue leu leu, comme à l'habitude, deux festivals se fendent en quatre, comme on dit, pour présenter du théâtre.

Vous avez l'embarras du choix. Du côté de Vasistas et du Théâtre La Chapelle, on penche plutôt vers la chorégraphie, l'installation ou la performance, tout en faisant une place de choix à la vidéo. Alors qu'à l'Usine C, l'événement Temps d'images verse plutôt dans le théâtre expérimentant les nouvelles technologies de l'image et du personnage. Mais si vous rajoutez à cela le fait que Montréal en lumière va aussi se lancer bientôt dans la partie, ou que le Mois Multi en est déjà à sa troisième semaine à Québec, cela commence à faire vraiment beaucoup... Même qu'avec à peine quelques flocons de «vraie vie» en plus, ça ressemble à ce que l'on pourrait appeler une semaine tempête de neige. Avec rafales. De tous côtés.

D'où le principe général, facile à saisir: il y en a trop, il faudrait se fendre en deux (au moins!) pour réussir à tout voir. Alors merci beaucoup, sauf que ça suffit; n'en jetez plus la cour est pleine... Mais comme, avec les années, j'aurai au moins appris qu'il ne faut pas vraiment le dire en direct, comme ça, restait à trouver un moyen détourné qui fasse que l'on se rende compte du ridicule de la chose... mais sans le dire vraiment non plus. Parce que le lecteur risque de constater qu'on se répète, qu'on radote et qu'en plus, vraiment, ça ne se dit pas, bon!

Et c'est là que m'est venue l'idée de vous parler de tout cela en rafales, en pièces détachées, une par une, comme autant de coups de vent subits; sauf que, même en faisant le drôle, ça tombait trop rapidement dans la liste d'épicerie. Alors voilà, comme ça, bêtement, en m'inspirant plutôt de façons de faire qu'on trouve tous les jours dans un journal de Montréal — et que mon collègue Jean Dion n'hésite pas lui non plus à reprendre une fois l'an —, je me suis dit qu'il fallait moi aussi travailler dans le subtil, le subliminal et même dans le symbolique en continuant à enfoncer le clou avec une efface à crayon, ou plutôt, avec une masse de coton ouaté. Comment? En attirant subrepticement votre attention sur des choses ou sur des gens, en multipliant les exemples à l'instar de la surenchère qui... Bon, vous avez saisi le portrait. Et comment?, disais-je donc. En recourant à de viles mais néanmoins efficaces pratiques typographiques à côté desquelles vous ne pourrez tout simplement pas passer. Un EXEMPLE? Ça va? Sûr? Vous en voulez d'autres? Bon. Plongeons!
- On vous l'a déjà dit la semaine dernière, il y a quelques spectacles à ne pas rater qui viennent s'insérer dans la programmation de Temps d'images, à l'USINE C. D'abord cette production émanant du Mois Multi et mettant en vedette GABRIEL GASCON: Fragments 2. C'est un spectacle multimédia qui fait appel à une trame VIDÉO mettant en scène le comédien dans Cette fois, un texte de Samuel Beckett. La responsable du projet, Caroline Ross a conçu un dispositif de fragmentation dynamique de l'image et du son qui engendre différents univers dramatiques. Le programme de l'événement — présenté du 22 au 25 —, ajoute que «le spectateur transforme son expérience en se déplaçant librement à travers les univers proposés et selon sa position dans l'espace sonore». On s'y croirait presque...

Et il y a aussi les New-yorkais du BIG ART GROUP qui sont là pour trois soirs seulement avec House of no more, un spectacle qui a fait lancer des dithyrambes partout dans le sillon de son passage (ou l'inverse?). Ici, «comédiens, vidéastes, graphistes et musiciens portent un regard à la fois critique et créatif sur les obsessions télévisuelles de notre société, ces images stérilisées commandées par le principe actuel de la terreur, en se référant pour cela aux journaux, aux médias et au cinéma». Rappelons que House of no more, troisième volet de la TRILOGIE Real-time-film écrit par Jemma Nelson, cofondateur de la compagnie, flirte avec la série B américaine et le thriller hollywoodien, et détourne avec humour et énergie les CODES traditionnels de la narration.
- Mes espions en Europe me rapportent la création d'une nouvelle version de L'Ogrelet de Suzanne Lebeau, un des textes majeurs de la dramaturgie s'adressant aux jeunes publics. C'est Christian Duchange, le metteur en scène et directeur de la compagnie L'ARTIFICE DE DIJON, qui en est responsable. Pour ceux qui ont la mémoire un peu courte, L'Artifice — et Christian Duchange — ont déjà commis Lettres d'amour de 0 à 10 qui avait secoué le dernier festival de l'ASSITEJ, un spectacle que j'ai jusqu'ici vu à cinq reprises et que je reverrais encore si l'occasion s'en présentait. La nouvelle mouture de L'Ogrelet semble s'appuyer sur la musique électro-acoustique pour faire ressortir la présence de cet ogre en nous qui nous fait manger du prochain dès qu'il ose exister en nous faisant de l'ombre. C'est une production que je devrais voir au festival MÉLIMÔME de Reims à la fin mars; je vous en reparlerai certainement.
- Vous vous souvenez des Levers de rideaux du CEAD? À l'occasion des célébrations diverses entourant son 30e anniversaire, l'organisme organise, dans tout le Canada français, de courtes LECTURES DE TEXTES de dramaturges québécois avant une représentation d'un spectacle circulant près de chez-vous. Eh bien, il en reste encore deux au programme en février. C'est ainsi que le jeudi 16 février à 20 h, Denis MARLEAU lira un extrait de Faust et les radicaux libres de Jacques Languirand, au Théâtre français du CNA, avant la représentation de Nous étions assis sur le rivage du monde de José Pliya présenté au récent FTA. Et que le samedi 18 février à 20h, Craig Holzschuh du Théâtre la Seizième de VANCOUVER, lira un extrait du Champion de Robert Gurik, avant la représentation de À la gauche de Dieu de Robert Marinier. N'ayez crainte: il y en aura d'autres.
- Deux presque gaffes à réparer en terminant. Ici même d'abord, en fin de chronique la semaine dernière, je soulignais la présentation de la récente création du Théâtre Bluff: Le Club social des enfants du petit Jésus en précisant qu'il s'agit d'un spectacle destiné aux 12 à 15 ans. Eh bien, C'EST FAUX! Le Club social des enfants du petit Jésus n'est pas un spectacle réservé aux seuls adolescents. Il ne vous reste plus qu'à trouver un endroit où vous pourrez le voir. On vous suggère, encore une fois, le site de THÉÂTRE QUÉBEC (www.theatrequebec.com). Et de une...
- L'autre fait plutôt référence à une entrevue que nous accordait Christian Lapointe dans notre cahier Culture de samedi dernier à propos de la création de Axël qui prend l'affiche ce soir même au Théâtre PROSPERO. Eh bien, j'aurai réussi à avoir tout faux le nom de quatre des cinq interprètes (tout comme le site de Théâtre Québec et celui de Prospero)! C'est bien Richard Thériault, Denis Lavalou, Marie-Hélène Gendreau, Éric Robidoux et Paul-Patrick Charbonneau qu'on verra aux prises avec le drame de Villiers de L'Isle Adam dans la grande salle du GROUPE la Veillée. Qu'on se le dise!

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