Votre portefeuille: Coup d'oeil sur le CP

Les compagnies de chemins de fer renaissent. En effet, nos grandes entreprises de chemins de fer — elles figurent parmi les plus vieilles du continent — semblent soudainement s'être dotées de nouvelles ailes. Pour vous en convaincre, vous n'avez qu'à regarder le graphique boursier des six grandes compagnies du continent (Canadien Pacifique, CN, CSX, Norfolk Southern, Burlington Northern Santa Fe et l'Union Pacific) pour constater une chose: toutes les actions se dirigent vers de nouveaux sommets.

À l'origine de ce nouveau dynamisme: la forte croissance de la Chine en particulier et de l'Asie dans son ensemble. Celle-ci s'est répercutée sur le volume des biens de consommation et, bien entendu, sur les ressources. C'est ainsi que nos compagnies de chemins de fer transportent de plus en plus de charbon pour alimenter les centrales électriques en cogénération au Canada et aux États-Unis et de plus en plus de containers qui transitent entre les ports d'Halifax, de Montréal, de New York et de Vancouver sans oublier la plaque tournante du transport ferroviaire qu'est Chicago. Nos compagnies de chemins de fer veillent aussi à faire le transport en vrac des métaux industriels, du blé, de la potasse et autres fertilisants.

Longtemps, nos compagnies de chemins de fer ont été confrontées à la vive concurrence du camionnage. Ce faisant, elles ont dû rationaliser leur exploitation, abandonner certaines routes pour se concentrer sur celles qui étaient les plus prometteuses. Elles ont aussi accru leur efficacité et se sont mises au diapason des technologies de l'information, se dotant d'un service intermodal des plus efficaces.

Toujours afin d'optimiser leurs routes, elles ont pris aussi des ententes entre elles, afin de maximiser leur efficacité, d'étendre leur territoire de desserte tout en minimisant leurs dépenses d'investissement.

Ce sont donc des entreprises assainies placées depuis quelques années devant une recrudescence de la demande pour leurs services. Demande encore plus pressante aujourd'hui alors que le camionnage peine à rivaliser à cause des coûts fortement à la hausse du pétrole, de l'essence et du diesel. Bien sûr, les compagnies de chemins de fer doivent également composer avec les coûts plus élevés de l'énergie. Elles peuvent cependant le faire efficacement vu le volume élevé transporté en un seul voyage par les trains.

Parmi ces entreprises, il y a le Chemin de fer du Canadien Pacifique (Tor., CP). La première compagnie ferroviaire à voir le jour au pays en 1881. La première à unir l'est du pays à l'ouest — ad mare usque ad mare — moins populeux mais riche en ressources naturelles. Au fil des années, le Chemin de fer du Canadien Pacifique a pris les allures d'un holding sous le nom de Le Canadien Pacifique ltée. Un holding qui s'est diversifié dans le transport maritime, dans l'hôtellerie, dans le développement immobilier, dans le pétrole et le gaz naturel, dans le camionnage, dans les services sanitaires et dans la sécurité en plus du transport ferroviaire.

Puis est venue l'année 2001, l'année durant laquelle le holding a été démantelé. C'est ainsi que l'entité a éclaté pour donner naissance à plusieurs sociétés ouvertes telles que Fairmont Hôtels & Resorts (le réseau hôtelier s'apprête à passer sous la coupe du prince saoudien Alwaleed bin Talal), CP Ships (la société de transport maritime a été acquise en 2005 par l'européenne TUI), PanCanadian Petroleum (elle était déjà une société ouverte qui a été ensuite fusionnée à Encana devenu le plus important producteur de pétrole du pays), Fording (dans le charbon) ainsi que la compagnie le Chemin de fer Canadien Pacifique telle qu'on la connaît aujourd'hui (encore orpheline, mais pour combien de temps?).

Avec ses ventes annuelles de 4,4 milliards de dollars, le CP n'est certes pas la plus importante compagnie de chemins de fer du continent. C'est en fait la plus petite d'entre les majeures. Mais, comme les autres, elle est portée par un nouveau souffle de croissance qui ne semble pas près de s'apaiser. En effet, toutes les entreprises de chemins de fer fonctionnent à plein régime. Dans le cas du CP, cela s'est traduit pour l'exercice 2005 par une montée de 13 % des ventes (elles ont totalisé 4,4 milliards de dollars) alors que les fonds autogénérés ont bondi de 20 % pour atteindre 988 millions, ou 6,04 $ l'action. Le bilan, avec une encaisse de 122 millions et une dette totale correspondant à 41 % de la capitalisation financière, est sain.

Le seul hic: les compagnies ferroviaires ne mènent pas une politique de dividende des plus dynamiques. La plupart d'entre elles versent un taux de dividende annuel d'autour de 1 % à leurs actionnaires. Mais, si nous nous trouvons au début d'une nouvelle ère, celle de la renaissance des compagnies de chemins de fer, les choses pourraient changer au cours de la présente décennie. En effet, ces compagnies parviennent à dégager de leur exploitation des fonds autogénérés libres de plus en plus élevés (200 millions prévus pour le CP en 2006). Ces fonds discrétionnaires permettront à ces firmes d'accroître dorénavant leur dividende au moins aussi rapidement que l'inflation.

cchiasson@proplacement.qc.ca

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