Médias: L'internaute sous toutes les coutures

Ce sont 63,5 % des Québécois qui utilisent Internet régulièrement, soit près de quatre millions d'adultes, ce qui place le Québec dans le peloton de tête de plusieurs nations. Ils achètent en ligne et clavardent dans une proportion grandissante. Et ils commencent à suivre des cours sur Internet et à consulter les blogues.

Mais la fracture numérique se creuse entre les régions urbanisées et les régions éloignées comme la Gaspésie.

Vendredi dernier, le CEFRIO publiait son portrait sociodémographique annuel de l'internaute du Québec. Le CEFRIO, un centre de liaison et de transfert qui regroupe 150 membres universitaires, industriels et gouvernementaux, réalise depuis 1999 une grande enquête progressive avec Léger Marketing. Depuis le début du projet, plus de 115 000 Québécois ont été ainsi sondés sur leurs habitudes.

En cinq ans, de janvier 2000 à l'automne 2005, l'utilisation régulière d'Internet au Québec (c'est-à-dire une utilisation depuis les sept derniers jours) est passée de 39,7 % de la population à 63,5 %. Près de deux Québécois sur trois (65 % ) habitent dans une «ménage branché», les trois quarts des ménages étant d'ailleurs branchés à haute vitesse.

En matière d'utilisation d'Internet, si le Québec était un pays il se classerait au 9e ou au 15e rang. La variation dépend de la base de calcul, selon qu'on choisit les internautes adultes ou l'ensemble de la population, mais, dans les deux cas, le Québec se situerait devant la France, le Royaume-Uni et l'Allemagne. Les pays où l'utilisation est la plus massive sont Malte (eh oui!), la Nouvelle-Zélande, l'Islande, la Suède, le Danemark, Hong Kong, l'Autriche et les États-Unis.

Grandes inégalités

Ce chiffre pour l'ensemble du Québec camoufle toutefois de grandes inégalités. C'est en Outaouais que l'usage d'Internet est le plus élevé, avec près de 69 % de la population. On retrouve ensuite les régions de Montréal, Québec, Laval et la Montérégie.

Mais en Gaspésie/-Îles-de-la-Madeleine l'utilisation n'est que de 44,2 %. Monique Charbonneau, présidente-directrice générale du CEFRIO, fait remarquer que, de l'autre côté de la baie des Chaleurs, la péninsule acadienne au Nouveau-Brunswick, qui connaît pourtant des conditions socio-économiques similaires à celles de la Gaspésie, est maintenant très branchée. «L'Acadie a profité de fonds fédéraux, mais ça prend aussi un mouvement social fort qui veut implanter la technologie, dit-elle. Ce fut le cas dans la péninsule acadienne.»

Éric Lacroix, directeur Enquêtes et Veille stratégique au CEFRIO, ajoute que dans certaines régions du Québec, Internet haute vitesse manque à l'appel. «Souvent, on trouve quelques maisons bien branchées dans un village, dit-il, mais ensuite la haute vitesse ne se rend pas à l'extérieur du village.»

Le sondage CEFRIO/Léger Marketing livre plusieurs autres indications intéressantes. On ne sera pas surpris d'apprendre que le courriel demeure l'outil le plus utilisé, dans une proportion de 58 %, puisque cette donnée ressort habituellement dans tous les sondages. Signalons quand même que la proportion de Québécois qui possèdent une adresse courriel est passée en deux ans de 45,6 % à 60 %.

En plein essor

On remarquera que le clavardage et la messagerie instantanée sont en plein essor (26 % de l'utilisation). Le téléchargement de la musique représente 18,6 %. Par ailleurs, 29 % des répondants ont déjà recherché un emploi sur le Web, 12,3 % consultent un blogue, 10,5 % ont suivi une formation ou un cours et 9,5 % sont abonnés à la téléphonie IP à la maison.

Le cas du tourisme est particulier. Ce sont maintenant 35,3 % des Internautes qui utilisent Internet pour planifier leurs vacances (cette proportion n'atteignait même pas 15 % en 2000). Éric Lacroix en profite pour interpeller l'industrie touristique: les secteurs de l'hébergement et de la restauration sont parmi les plus faibles utilisateurs d'Internet au Québec, déplore-t-il. Ces deux secteurs ont donc beaucoup de chemin à faire pour répondre aux besoins grandissants des consommateurs. Et quiconque a déjà voulu réserver un chalet au Québec sur Internet sait que les adresses ne sont pas faciles à trouver et que trop de locateurs ne savent même pas encore comment mettre en valeur leur produit par des photos (plusieurs petits restaurants et lieux d'hébergement ne possèdent même pas de site Internet). «Il faut que les petites entreprises comprennent que, si elles ne sont pas sur le Web, ajoute Éric Lacroix, le consommateur ira rapidement voir le concurrent qui y est.»

Autre donnée forte: ce sont maintenant 1,3 million de Québécois qui font des achats en ligne, soit 21,5 %. Mais 53 % des répondants considèrent encore que les achats en ligne ne sont pas sûrs. Éric Lacroix s'en étonne: «C'est une mauvaise perception, soutient-il. Les méthodes de cryptage sur les sites sont maintenant très sécuritaires, et il est bien plus dangereux de laisser sa carte de crédit à la station-service ou au serveur de restaurant qui part avec. Mais, sur Internet, le problème vient de certains marchands qui protègent mal leur banque de données.»

Au Québec, on achète moins en ligne que dans le reste de l'Amérique. «Mais il y a 50 ans, ajoute Éric Lacroix, les Québécois achetaient également moins à distance dans le catalogue Sears que dans le reste de l'Amérique.»

Dernière donnée: l'usage d'Internet au Québec se situe autour de cinq heures par semaine (le chiffre varie selon les saisons), alors qu'aux États-Unis il est plutôt de 13,3 heures. Nous serions moins cyberdépendants qu'ailleurs, fait valoir Éric Lacroix... une affirmation qui étonnera probablement les parents de certains adolescents!

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