Hors-jeux - Comme une envie de danser aux Jeux olympiques de Turin

Photo: Agence Reuters

Les vrais durs ne dansent pas, à ce qu'on raconte, mais en regardant la cérémonie d'ouverture des XXes Jeux olympiques d'hiver (Turin 2006), il était extra ardu en diable de réprimer une envie d'aller s'exprimer corporellement sur la piste de toutes les séductions, sauf dans le cas de Jacques Rogge, qui avait l'air de s'emmerder un peu. Comme d'habitude, les concepteurs avaient tout fait pour, c'est-à-dire présenter un spectacle évoquant l'histoire du pays d'accueil depuis 40 000 ans avec du monde qui vole, des enfants qui chantent et des figurants ridiculement costumés et des symboles à la pelletée, mais de toute évidence, pour le défilé des athlètes, quelqu'un était allé fouiller dans sa collection de 45 tours des années 70. Pourquoi du disco, I Will Survive, I Never Can Say Goodbye, YMCA, Daddy Cool, jusqu'à l'increvable Disco Inferno, fouillez-moi, mais il devait y avoir des représentants de cette belle jeunesse de toutes les nations, la vingtaine épanouie, qui s'interrogeaient dans leur Ford Torino intérieur: «Kesséséça?»

Si vous ne savez pas quel âge vous avez parce que votre baptistaire a été détruit dans l'incendie du presbytère ou parce que, comme Moïse, on vous a trouvé encore tout jeune dans une boîte à lunch flottant sur le fleuve, voici un test à toute épreuve. Ouvrez un hebdomadaire branché à la page «musique». Si vous ne connaissez pas un seul artiste mentionné au palmarès des nouveautés de la semaine, c'est que vous avez 40 ans ou plus. Idem si vous reconnaissez toutes les oeuvres disco jouées pendant une cérémonie d'ouverture de Jeux olympiques. Re-idem si vous identifiez tout de suite, après deux notes, Peter Gabriel chantant Imagine.

Mais les jeunes, eux, pour lesquels, censément, on organise ce beau festival de la santé, vous ne pensez pas qu'ils auraient préféré autre chose, je ne sais pas moi, du hip-hop flex trash néo-garage? Déjà qu'on leur a donné les Rolling Stones au Super Bowl... Enfin.

Et d'ailleurs, puisque vous m'amenez si gentiment sur le sujet des symboles, une question: pourquoi, dans ces grands-messes un peu longuettes, faut-il qu'on nous enterre sous les symboles? Un gars arrive en patinant, il symbole la vitesse, la vitalité et la performance. Pourtant, ce n'est qu'un gars qui patine. Une fillette monte un escalier, ça symbolise ceci. Une femme sautille, ça symbolise cela. Il y avait même des araignées hémoglobules (?). Et des personnages vêtus de vêtements rappelant les coloris de la peau de vache car, n'est-ce pas, la vache est un occupant clé des Alpes. Alors ça symbolisait la vache. Saviez-vous à cet égard que la flamme olympique symbolise le feu? C'est ce que j'ai cru comprendre.

Selon des sources, il n'y a cependant jamais rien qui symbolise la drogue. Dans la même veine, lorsqu'on dresse le tableau historique de la société d'accueil, on retrouve très peu d'allusions aux périodes sombres qu'a pu traverser ladite société, probablement parce que ça ne ferait pas propre et parce que les Jeux olympiques ne sont pas faits pour ça.

Et pour ce qui est des costumes, oui, il s'en trouvait de très beaux, mais aussi de pas mal qui-donc-a-pensé-à-coudre-une-affaire-semblable. Mais je tiens à souligner un fait dont on ne vous parlera pas aux nouvelles parce qu'on ne vous y montrera que les jeux de lumière télégéniques. Dans le défilé des sportifs, les porteuses des affiches portant le nom des pays portaient — oui oui, porteuses portant portaient — une robe dont le bas évoquait une montagne, elle-même symbolisant la neige, elle-même symbolisant les Jeux d'hiver, eux-mêmes symbolisant le bob à quatre, lui-même symbolisant, euh, le bob à quatre. Or, sur une de ces robes, celle de la tête de la délégation des États-Unis si ma mémoire est bonne, on a vu en gros plan que le skieur miniature était en train de foncer direct sur un arbre. Ça ne fait pas très sérieux.

Mais l'ensemble, il faut le dire, reste incroyable. C'est du moins ce qu'ils ont dit à la télé. (Là-dessus, je vous suggère un petit jeu pour meubler le temps entre deux matchs de curling. Regardez les Jeux à la télé et comptez le nombre de fois où on vous raconte que quelque chose est incroyable. À la fin, contemplez le résultat obtenu et songez qu'il est incroyable. Puis, faites la liste de tout ce dont on vous a dit que c'était incroyable et dites-vous que vous n'aviez jamais pensé, avant, que toutes ces choses pouvaient être incroyables.) Par exemple, M. Goldberg a noté que la Roumanie avait remporté 275 médailles lors des Jeux d'été, et il a dit: «C'est incroyable.» Pourtant, 25 Jeux d'été ont été tenus depuis que le baron a remis le tout en selle, ce qui nous fait 11 médailles par olympiade, et en fait de trucs incroyables, c'est un sceptique fervent qui vous le dit, on a déjà vu plus incroyable que ça.

D'ailleurs, un peu plus tard, M. Garneau a parlé d'une boisson typique de Turin faite de café fort surmonté de chocolat lui-même surmonté de crème fraîche. «Et il y a interdiction de touiller le tout», a dit M. Garneau. Ce à quoi M. Goldberg a ajouté: «Incroyable.»

Imaginez maintenant quel qualificatif il faudra trouver quand un lugeur empruntera par erreur le tremplin de saut à ski.

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Quelques nouvelles fraîches du finastéride, le truc qu'on retrouve dans le Propecia, le produit utilisé par José Théodore pour éviter que sa crinière ne prenne le large alors qu'il serait si facile, plutôt, de jouer avec pas de casque ni de masque puisqu'il paraît que le port du couvre-chef en situation de match nuit grandement à la luxuriance du scalp. (Question de truc, soyons clairs, que diable. Dans sa réalité effective, le finastéride est un «inhibiteur compétitif et sélectif de la 5 alpha-réductase de type II — enzyme intracellulaire responsable de la conversion de la testostérone en dihydrotestostérone — employé pour traiter l'hypertrophie bénigne de la prostate et la calvitie commune». Il n'est pas précisé quel peut en être l'effet sur la moyenne de buts accordés par match.)

Donc, Zach Lund, un spécialiste américain de skeleton qui occupait jusqu'à sa récente expulsion la tête du classement de la Coupe du monde de la discipline, a été banni hier des Jeux de Turin et suspendu pour une période d'un an après que le Tribunal arbitral du sport (TAS) l'eut reconnu coupable d'avoir eu des traces de finastéride dans son moi.

Lund, 26 ans, s'était fait pincer en novembre dernier lors d'une course à Calgary. Après étude de son cas — Lund avait prétexté qu'il craignait de perdre ses cheveux —, l'Agence antidopage des États-Unis (USADA) lui avait simplement administré un blâme public, refusant de le suspendre. Mais l'Agence mondiale antidopage a porté le dossier devant le TAS, et voilà. «M. Lund n'est pas un tricheur, mais il a fait une erreur», a fait savoir le TAS dans sa décision.

Évidemment déçu, Lund a indiqué qu'il restera deux jours à Turin, logé par le Comité olympique américain puisqu'il est interdit de séjour au village des athlètes, puis il rentrera chez lui. Mais déjà, dès après l'avertissement de l'USADA, il avait fait amende honorable dans des propos qui méritent qu'on termine avec eux avant d'aller regarder tous ensemble le match de hockey féminin Canada-Italie, cet après-midi, qui promet d'être vigoureusement passionnant.

«J'ai appris ma leçon, avait-il dit. Si c'est le moyen qu'a choisi Dieu pour me dire qu'il veut que je devienne chauve, j'ai compris le message.»

jdion@ledevoir.com

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