Réserves marines: succès et difficultés

Les visiteurs de l’aquarium d’Okinawa, au Japon, observent un requin-baleine de sept mètres de long. Dans la nature, la survie de ce poisson — le plus gros connu — est plus difficile: en une seule décennie, sa taille moyenne est passée de sept
Photo: Agence France-Presse (photo) Les visiteurs de l’aquarium d’Okinawa, au Japon, observent un requin-baleine de sept mètres de long. Dans la nature, la survie de ce poisson — le plus gros connu — est plus difficile: en une seule décennie, sa taille moyenne est passée de sept

Les réserves ou parcs marins, que certains pays commencent timidement à créer sur la planète, seraient plus efficaces que prévu. Une étude réalisée dans les Caraïbes par des chercheurs de l'université de la Californie indique en effet que les populations de poissons qui fréquentent ce secteur protégé ont sensiblement augmenté, et ce, même si elles ont dû faire face à une augmentation notable du nombre de leurs prédateurs.

La zone qu'on voulait protéger accusait un déclin inquiétant des oursins de mer. Le nettoyage des fonds marins que pratiquent ces petits animaux a pour effet de laisser la place aux micro-organismes qui édifient les coraux. La disparition des oursins menaçait donc les coraux. Dans un premier temps, les oursins ont été remplacés par une autre espèce, le poisson-perroquet, aux couleurs spectaculaires, qui, lui aussi, bouffe assidûment des algues. Mais la prolifération de ce poisson, stimulée par l'abondance de nourriture laissée sur place par les oursins en déclin, a fait augmenter la population de mérous rayés, ses principaux prédateurs. Mais comme les pêcheurs de mérous ne pouvaient plus exploiter cette zone protégée, on craignait que cette population de prédateurs prenne d'inquiétantes proportions, au point de compromettre la population croissante de poissons-perroquets, ce qui aurait compromis le rétablissement des coraux...

En prime, on voit maintenant revenir les oursins, désormais laissés à eux-mêmes, ce qui ouvrira éventuellement la porte à un double contrôle des algues, c'est-à-dire par les deux espèces qui en raffolent. Et après cinq ans, la qualité des coraux du secteur protégé s'accroît, ainsi que la surface qu'ils occupent. Et plus ces derniers sont en santé, plus ils offrent de refuges à de plus petites espèces, convoitées par de plus gros prédateurs, de sorte qu'on assiste à une explosion d'à peu près toutes les populations.

Mais ce type de protection ne fonctionne pas toujours, comme le démontre un bilan publié par l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) à propos du requin-baleine tacheté, le plus gros poisson connu sur la planète (ce n'est effectivement pas un mammifère marin). En une seule décennie, la taille moyenne de cet énorme poisson, qui se nourrit lui aussi de petits organismes comme le krill, est passée de sept à cinq mètres au large des côtes d'Australie.

L'espèce est jugée vulnérable dans la région australe et le déclin de sa taille moyenne inquiète beaucoup les chercheurs. Les observations et mesures de ces requins-baleines ont été effectuées par des sociétés d'écotourisme qui fréquentent le parc marin Ningaloo, sur la côte nord-ouest de l'Australie. Les guides de ces sociétés fichent littéralement tous les spécimens, notant leurs caractéristiques particulières, leur taille et leur sexe alors qu'ils nagent avec eux en plongée.

Ce qui inquiète le plus les chercheurs, c'est que ces requins-baleines ne se reproduisent pas avant d'avoir atteint six ou sept mètres alors que la taille moyenne de chaque spécimen du troupeau se stabilise autour de cinq mètres. Cette baleine peut théoriquement vivre 150 ans et atteindre 20 mètres de longueur avec un pic d'activité sexuelle autour de l'âge de 30 ans. On pense que les captures commerciales en haute mer par des baleiniers commerciaux expliquent cette raréfaction de l'espèce malgré la protection locale dont elle jouit en Australie.

La forêt du Grand Ours

Dix ans de batailles soutenues auront été nécessaires pour assurer la paix aux grizzlys et aux loups de la forêt du Grand Ours, en Colombie-Britannique, une forêt que le gouvernement de cette province a décidé de protéger sur deux millions d'hectares, soit quatre fois la superficie de l'île du Prince-Édouard. La défense de cette forêt pluviale, qui abrite des cèdres géants âgés de 1000 ans, est le résultat d'une campagne acharnée de groupes écologistes et des autochtones, qui ont lancé des campagne de boycottage des produits forestiers de cette province aux États-Unis et en Europe. De plus en plus coincés, les industriels de cette province ont consenti, après avoir accepté une trêve il y a quelques années, à négocier directement avec des groupes écologistes comme Forest Ethics, à Vancouver. D'autres groupes ainsi que le gouvernement se sont ensuite mobilisés, ce qui a tracé la voie à l'entente de cette semaine.

Cette entente crée un vaste parc provincial qui englobe certains parcs existants de cette forêt pluviale unique au monde. Elle englobe aussi un territoire deux fois plus grand tout autour, qui agira comme zone tampon là où les activités forestières seront gérées par des règles beaucoup plus écologiques. Les nouvelles stratégies forestières devraient être élaborées et prêtes à être appliquées en 2009. Ainsi, par exemple, on projette de construire des routes plus petites ou de les faire disparaître après les opérations de coupe, lesquelles seront plus sélectives et éviteront les milieux humides ou les aires essentielles aux animaux.

Le territoire ainsi protégé englobe une vaste région côtière, y compris les îles riveraines, sur une distance de près de 400 kilomètres, ce qui comprend l'essentiel du territoire côtier entre l'île de Vancouver et la frontière de l'Alaska. Constamment tempéré par l'air de l'océan Pacifique et sans cesse humidifié par les pluies, ce territoire qui ne gèle à peu près jamais abrite une dizaine de tribus autochtones. Les lacs et surtout les rivières à saumon de cette région, où le grizzly abonde, sont accessibles par bateau et par hydravion.

Les signataires de l'entente ont convenu d'investir 120 millions de dollars dans différents projets de conservation et dans le soutien à de petites entreprises, souvent autochtones, qui veulent amorcer une exploitation durable du territoire, notamment en y intensifiant l'écotourisme. Plus de 60 millions ont déjà été amassés, principalement par l'organisme Conservation de la nature. Le gouvernement de la Colombie-Britannique versera près de 30 millions. Tous se tournent désormais vers le gouvernement fédéral pour la dernière tranche de 30 millions.

- Priorité: une entente a été conclue entre la Fédération des pourvoiries du Québec et le ministère des Ressources naturelles et de la Faune, qui permet aux chasseurs québécois d'obtenir la priorité de réservation dans la zone 22B, où on chasse le caribou. Les pourvoyeurs spécialisés de cette zone accessible par la Baie-James, soit les pourvoiries Mirage, Tourisme Nouchimi, les Camps Kiskamaastakin et la pourvoirie Radisson, disposent de 190 places au total. Ces pourvoyeurs mettront en priorité à la disposition des chasseurs québécois les places les plus convoitées, soit celles disponibles entre le 15 novembre et le 9 décembre. Mais les Québécois auront jusqu'au 15 février prochain pour faire parvenir leurs réservations. Après cette date, les places seront en vente libre, et il y a fort à parier que les chasseurs d'ailleurs sauteront dessus. Ce genre d'entente devrait être imité dans d'autres régions où les pourvoyeurs, avec l'argent de nos taxes fédérales, évincent les chasseurs québécois par des grilles tarifaires à la portée des millionnaires étrangers, des sites Internet unilingues en anglais et même des grilles tarifaires présentées uniquement en argent américain, de quoi penser qu'il s'agit de clubs privés déguisés en pourvoiries, dont il faudrait penser à abolir les privilèges exclusifs, comme on l'a fait en d'autres temps pour d'autres territoires publics.

- Gardes-faune: Québec a ajouté cette semaine 1,5 million de dollars pour conférer leur permanence à 40 agents de la faune «saisonniers» et pour ajouter 20 nouveaux «saisonniers» aux effectifs actuels, qui s'élèveront à 400 agents permanents et 130 saisonniers. Inutile de dire que la Fédération québécoise de la faune (FQF), qui représente les chasseurs et pêcheurs organisés, a vivement félicité Québec pour cet investissement dans la conservation.

- Lecture: Raquettes et marche hivernale au Québec, publié par la Fédération québécoise de la marche, Éditions Bipède, 284 pages. Avec les pluies, les redoux, les croûtes et les neiges tassées au sol, plusieurs ont délaissé leurs skis de fond au profit des raquettes équipées de bons crampons. Ce guide publié par la FQM fait découvrir plus de 400 sentiers et autant de destinations à explorer d'un bout à l'autre du Québec avec des tableaux précis sur les horaires d'accès, les numéros de téléphone ou adresses Internet, les prix ainsi qu'une évaluation du degré de difficulté. Tout pour préparer une fin d'hiver dynamique et en beauté avec la possibilité de ne pas rater sa sortie en ayant les moyens de s'informer préalablement sur l'état des lieux.

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