Saguenay côté court

Hier soir avait lieu à Saguenay la cérémonie d'ouverture du dixième festival Regard sur le court métrage, anciennement Regard sur la relève. Dix ans, ça peut paraître court dans l'histoire d'un festival de cinéma. Or c'est long dans celle d'un festival de courts métrages.

En effet, avec le court métrage, tout est toujours à recommencer. Il faut éduquer, convaincre, ouvrir des chemins de diffusion qui, très souvent, se referment derrière nous, ne jamais rien tenir pour acquis, ni du côté de l'assistance ni de celui des institutions publiques, développer, développer, développer. J'en sais quelque chose. Dans une vie pas si lointaine, j'ai été président de l'Association pour le jeune cinéma, qui chapeautait entre autres le Festival du jeune cinéma qu'on avait transformé, avec Dominique Mostert et Bernard Boulad, en Festival du court métrage en 1993. Je me rappelle les professions de foi des gens de l'industrie, les forums de discussion sur l'avenir du court métrage, les débats avec les télédiffuseurs pleins de bonnes intentions mais menottés dans le dos par la course à l'audimat, etc.

Une conversation téléphonique avec le très sympathique Éric Bachand, directeur artistique de Regard sur le court métrage au Saguenay, a fait remonter tout ça à ma mémoire. Je ne m'y suis jamais rendu et n'ai que moi-même à blâmer puisque ça fait deux ou trois ans qu'Éric me propose d'aller constater de visu le succès de son événement, qui attire 15 000 spectateurs en cinq jours (l'événement prend fin dimanche). Il y a de quoi se réjouir: à Montréal, on en accueillait rarement plus de 5000.

Par sa fréquentation mais aussi par la réputation de qualité (110 films cette année) et de diversité (15 pays représentés) de sa programmation, l'événement s'est retrouvé sur les écrans radar des programmateurs hors Québec. Les gens de Moviola (chaîne télévisée de court métrage), de Clermont-Ferrand (le Cannes du court), de Media Set (Italie), de Bravo, ont passé ou passeront par Chicoutimi, notamment pour participer au Marché du court, qui en est à sa deuxième mouture cette année.

Car il ne suffit pas de créer. Il faut aussi diffuser, donc vendre. Pas facile pour de jeunes cinéastes, surtout dans un pays comme le Québec qui, en dehors de l'îlot ensoleillé que représente la plateforme web-tv Silence on court, n'est pas doté d'infrastructures permettant un cheminement naturel et émancipateur entre production, distribution et diffusion. Il reste qu'aux yeux d'Éric Bachand, «le court métrage québécois est en santé. On sent qu'il y a une réelle effervescence. [...] Les gens qui font du court métrage se sont pris en main depuis quelques années».

Le directeur artistique de Regard est cependant conscient du fait que, pour l'instant, le combat ne se joue pas à l'étape de la production mais bien à celle de la diffusion, où le Québec accuse un retard considérable par rapport à l'Europe. Il faut donc éduquer, créer une demande. C'est ce à quoi il s'attelle en multipliant cette année encore les tribunes: lancement en fanfare d'un DVD commémorant les dix ans du festival; réquisition des vitrines des commerçants de la rue Racine pour des projections de courts en boucle à l'intention des passants; organisation de séances jeunes publics en collaboration avec les écoles de la région; etc.

Au cours de la prochaine année, il prévoit lancer une offensive du côté des télédiffuseurs. «Pour l'instant, quand ils se déplacent dans un festival comme le nôtre, c'est rarement pour acheter des films.» Quels sont leurs besoins de programmation, quelles sont leurs attentes, en quoi Regard sur le court métrage au Saguenay peut-il leur être utile et, par la même occasion, être utile au cinéma qu'il défend? Il y a 15 ans, on se posait la question. Éric Bachand ne se la pose plus, il la pose, tout simplement. Longue vie à Regard sur le court métrage au Saguenay.

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Toujours au chapitre du court métrage, c'est aujourd'hui que s'amorce en ligne la finale du concours Le Court en web. En effet, des huit finalistes annoncés la semaine dernière, il n'en restera plus que quatre aujourd'hui. Les internautes ont jusqu'à vendredi prochain pour se rendre à l'adresse www.onf.ca/lecourtenweb, regarder les films en ligne et attribuer à chacun une cote (de une à cinq étoiles). La compilation des résultats déterminera le verdict final, annoncé le 23 février.

Collaborateur du Devoir

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