Courants: Appalaches-les-Bains

Le site a de quoi émoustiller les plus engourdis ou secouer les pires blasés devant nos bucoliques paysages. L'ancienne station de ski Grande Coulée, désertée depuis des années à Saint-Paul-de-Montminy, renaît depuis décembre dans le décor d'un toute nouvelle auberge de spa-villégiature. Cette fois, la montagne a accouché non pas d'une souris mais plutôt de sept petits chalets blottis dans le ventre ondulé du parc régional des Appalaches. Parmi les résultats escomptés: décrocher du boulot en moins de temps qu'il n'en faut pour accrocher son traîneau.

Lorsqu'ils ne sont pas derrière une meute de chiens à glisser sur les sentiers battus, ou plantés sur des raquettes à faire jacasser la neige sous leurs pas, les clients de l'Appalaches Lodge peuvent toujours se vautrer dans l'un de ces bains dits nordiques dont les vapeurs enfument l'air froid, à l'extérieur du grand chalet. Le soir venu, il y a quelque chose d'éminemment sympathique à se trouver là, dehors, par moins dix ou moins vingt Celcius, avec l'eau pour tout manteau, les étoiles comme plafond, les boursouflures enneigées en guise de murs et les rafales sifflant tel un plaintif mantra.

Les chalets tout neufs, abritant six chambres chacun, ont poussé sur un emplacement situé à un peu plus d'une heure de route au sud de Québec, au royaume du chevreuil dans Chaudière-Appalaches. Si bien que l'hiver, mieux vaut avoir Mère Météo de son bord car la région n'en est pas à une bourrasque près. Pas de télé (sauf dans le bâtiment principal), pas de radio, pas de WWW (sinon à l'accueil, où un accès gratuit à Internet doit être installé ces jours-ci), et bien souvent pas de cellulaire pour cause de mauvais captage.

Et pas non plus d'éclairage de la montagne: à la campagne, les nuits sont noires. Que la lumière du jour aveuglante sur les blancs bancs farineux et le vent geignard agaçant parfois les lattes de bois au rythme des bûches qui pètent le feu dans la cheminée. Installés à flanc de colline et généreusement fenestrés, avec véranda à la clé, les chalets offrent au loin une vue magnifique, par temps clair, sur le mont Sainte-Anne et le fleuve Saint-Laurent.

La bâtisse centrale, où se trouvent le bar, l'accueil et l'administration, sert aussi de lieu de rencontre, un peu à l'image des places publiques dans les villages d'antan. On y a également aménagé la salle à manger, qui propose une cuisine délicieuse nullement altérée par la formule cafétéria: petits-déjeuners copieux et autres repas qui ne lésinent en rien sur la pintade, le saumon ou le bison. Puis on ne vous regardera pas comme un extraterrestre si vous commandez un allongé! Le chef Stéphane Corriveau est assisté de cuisinières de la région qui donnent au service une couleur très bonne-maman.

En fait, l'établissement s'inscrit dans ce courant des clientèles qui recherchent la nature, la tranquillité et l'éloignement, mais pas au détriment d'une offre diversifiée, et surtout pas aux dépens d'une table de qualité. Et bien que chacun puisse se donner sans limites dans les différentes activités proposées à l'Appalaches Lodge, on parle ici d'aventure soft. Pas d'extrême, donc, et la mémé tout autant que le bébé trouveront patins à leurs pieds. Clientèle cible: les jeunes de 0 à 75 ans.

Un centre qui a du panache

Derrière l'audacieux projet de l'Appalaches Lodge, planté dans un Québec profond où il faut dompter les saisons, deux passionnés de la forêt, des gens, des animaux: Jean Cyr, propriétaire du Manoir des Érables et de l'Auberge du Faubourg, et Denis Montminy, qui possède Aventure Norbec avec ses quelques centaines de chiens de meute.

À la suggestion du Groupe Transat, les comparses s'étaient rendus en Finlande pour analyser la façon de vendre l'hiver là-bas, et dans l'éventualité de développer au Québec un centre de villégiature doté d'un hébergement qui a du panache. «On a vite constaté que toutes les ressources nécessaires sont réunies chez nous pour offrir des activités de plein air en forfaits tout-inclus», dira Jean Cyr. Trois millions de dollars et 45 emplois plus tard, dans un site éloigné des grands centres, la clientèle de l'Appalaches Lodge est déjà constituée en bonne partie d'Européens, gracieuseté de la machine de Transat avec qui l'auberge a conclu une entente de collaboration pour ce marché. Ce qui n'empêche pas que les Québécois seront aussi courtisés, on s'en doute bien.

La montagne? Elle a été en quelque sorte «donnée» aux entrepreneurs en échange d'un projet d'envergure. Et même avec des installations nécessairement imposantes pour une telle structure, les 1000 hectares y ont été aménagés avec un certain souci pour l'environnement, bien loin de cette mentalité de gros villages disneylandiens à l'américaine. Si ce n'était de ce vacarme qui détonne parmi tant de beauté silencieuse lorsque s'ébranlent les motoneiges... Hormis leurs visées utilitaires, ces engins n'en demeurent pas moins un univers de bruit à deux-temps à travers champs et forêts.

«Après quelques années d'amortissement de l'investissement, on projette de faire de l'Appalaches un écolodge, où serait absent tout type de motorisé», explique Denis Montminy. De toute façon, poursuit-il, les pressions des écologistes se font de plus en plus insistantes. Sans compter toute la question des droits de passage consentis par les propriétaires au fil des sentiers, et qui parfois se situent carrément entre la grange et la maison...

Certes, l'Appalaches Lodge est encore un peu en période de rodage, vu sa jeunesse. Mais il n'y a pas là, ma foi, de grosse montagne d'irritants; plutôt quelques ajustements qu'une simple rencontre au sommet peut suffire à expédier.

Des projets sont déjà sur la table à dessin pour les prochaines années, comme l'ajout de quelques chalets, par exemple. Aussi, il est aisé d'imaginer les paysages idylliques qui envelopperont le site dans leur verdeur ouatée lorsque se pointeront la faune et la flore estivales. Pour l'heure, on peut compter sur un accueil chaleureux, convivial, voire familial, dont les gens des régions ont d'ordinaire le secret. Le pari, c'est que ça dure.

En vrac
- L'hiver québécois — et même l'été! — étant ce qu'il est, surtout en montagne, mieux vaut se munir de vêtements adaptés à tout type de température: nous y avons essuyé des pluies torrentielles en plein mois de janvier, dans ce coin de pays plutôt neigeux habituellement.
- Pour les activités de plein air, pas besoin de s'en faire une montagne: l'équipement peut être loué sur place si on ne dispose pas du nécessaire.
- Le sentier de randonnée qui longe le ruisseau des Origneaux, sur le site même de l'Appalaches Lodge, offre de très beaux paysages, dans le silence et le calme.
- On peut assister à une séance d'information sur les techniques de la trappe, une activité encore pratiquée aujourd'hui par quelques mordus et qui est assujettie à des droits souvent légués de génération en génération.
- Toute une gamme de massages sont offerts dans le spa jouxtant les bains extérieurs, qui, eux, permettent d'alterner le chaud et le froid. Plusieurs forfaits de séjour sont aussi proposés.
- Il est écrit dans le ciel que par moins 15 degrés Celcius, à la belle étoile, flirtant avec une importante concentration d'humidité autour des bains, les serviettes figeront vite dans la forme du poteau qui les soutient! Vivement des peignoirs, que les spas fournissent dans bien plus chaud que ça.
- Malgré toutes les précautions qu'on semble avoir prises en utilisant une méthode «spéciale», les chalets, tout de bois vêtus, restent quelque peu fragiles côté isolation contre les bruits ambiants. Bon, nous sommes dans un cadre champêtre et les noceurs trop délurés ne représentent pas tout à fait le type de clientèle visé. N'empêche. Un nuitard est si vite arrivé... La solution? Louer le chalet au complet!
- Dans chaque unité: six chambres équipées de deux lits doubles et d'une salle de bains privée, une salle commune, un foyer au bois et un frigo, mais pas de micro-ondes. On peut réserver en individuel ou occuper le chalet en entier. Dans ce dernier cas, la cuisinière sera activée pour permettre les petites bouffes en toute intimité.
- Le permis de conduire est obligatoire pour faire de la motoneige.
- Lecteurs compulsifs, apportez vos propres munitions: les librairies ne sont pas la porte à côté.
- Tant qu'à être dans le giron de Québec, la ville au charme qui ne se dément pas, pourquoi ne pas en profiter pour faire un saut au royaume d'Andrée Boucher? Et, oui, on peut apprendre des choses en y faisant un tour de ville touristique. Une question, comme ça: quelqu'un peut-il nous dire pourquoi diable les gens de la vieille capitale font dans le «Mârialle» en parlant de la métropole? Cela fait-il partie du «mystère de Québec»?
- Appalaches Lodge: 1, rue de la Coulée, Saint-Paul-de-Montminy G0R 3Y0, (418) 469-0100, 1 866 661-0106, appalachesspa.com.

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1 commentaire
  • Roland Berger - Inscrit 11 février 2006 17 h 48

    Appalaches LODGE

    Le publi-reportage est aguichant à souhait. Un seul irritant, le nom anglophone du site.