Médias: Des Olympiques en or

Des sports publicitaires qui se vendent 2,5 millions de dollars, des événements captés par 400 caméras haute définition, des informations et des vidéos inondant les cellulaires, les grands événements sportifs sont des moments privilégiés pour étudier les transformations dans le monde des médias.

Nous sommes plutôt bien servis en février: après la présentation du Super Bowl hier soir, c'est vendredi que débutent les Jeux olympiques de Turin. Double occasion d'explorer de nouveaux enjeux technologiques et économiques.

On connaîtra dans les prochains jours le nombre de téléspectateurs de la soirée américaine d'hier, qui semble défoncer chaque fois le plafond financier des annonceurs. Pour cette 40e édition du Super Bowl le spot publicitaire de 30 secondes se monnayait autour de 2,5 millions, pour un auditoire qui s'approche les 100 millions de téléspectateurs (86,1 millions et 89,8 millions les deux dernières éditions). On a souvent parlé, bien sûr, des nouvelles publicités lancées par les annonceurs, mais il faut ajouter que les annonceurs explorent aussi de nouveaux concepts censés tracer la voie de l'avenir. Ainsi Anheuser-Bush (la bière Bud) devait lancer hier une série de publicités pour promouvoir un tout nouveau «média», Bud TV, qui permettrait de télécharger sur son portable, son ordinateur, son baladeur numérique des publicités et des émissions commanditées par Bud. Une façon d'appâter le consommateur de plus en plus séduit par les appareils comme l'enregistreur numérique personnel, qui permettent de faire disparaître les publicités traditionnelles.

La vraie affaire

Mais le Super Bowl, aussi gros soit-il, demeure un événement américain. La «vraie grosse affaire», ce sont les Jeux olympiques, qui ont un impact mondial et dont l'ampleur médiatique atteint des proportions stupéfiantes.

Les Jeux olympiques sont devenus un immense phénomène télévisuel. Sur le site Internet du Comité olympique international (CIO), on peut d'ailleurs lire une déclaration très claire en ce sens: la télévision a été le moteur de la croissance du mouvement olympique, est-il écrit. «L'augmentation des revenus de la radiotélévision au cours des vingt dernières années a procuré au Mouvement olympique et au monde sportif une base financière unique.»

C'est le moins que l'on puisse dire, puisqu'en vingt ans la valeur totale des accords de télévision conclus par le CIO dans le monde s'est élevée à dix milliards de dollars. Pour les Jeux d'hiver de Lake Placid en 1980, les revenus du CIO provenant de la diffusion olympique à la télévision s'élevaient à 21 millions. Ils sont passés à 513 millions en 1998 à Nagano, à 736 millions en 2002 à Salt Lake City et à 833 millions à Turin. En ce qui concerne les Jeux d'été, les chiffres sont encore plus spectaculaires. Alors que les revenus étaient de 88 millions aux Jeux de Moscou de 1980, ils ont été de 1,5 milliard à Athènes en 2004, et ils sont estimés à 1,7 milliard à Pékin en 2008.

Les Jeux de Turin semblent marquer deux premières technologiques. D'abord, la diffusion en haute définition sera massive, puisque le diffuseur hôte, Torino Olympic Broadcasting Organisation, proposera une retransmission complète en haute définition à l'aide de 400 caméras HD. Ensuite, pour la première fois les Jeux olympiques seront proposés en direct ou en différé par téléphones mobiles dans près de 20 pays, dont le Canada (où les abonnés de Bell Mobilité pourront obtenir toutes les heures un bulletin vidéo de trois minutes sur leur portable).

On sait que l'industrie de la télévision s'interroge de plus en plus sur le déplacement des auditeurs du petit écran vers les nouvelles formes de diffusion (vidéo sur demande, Internet, cellulaires, baladodiffusion, etc.). Les grands événements sportifs semblent à l'avant-garde du phénomène. Le site Internet officiel des Jeux de Turin, par exemple, s'attend à recevoir plus de 30 millions de visiteurs.

À Radio-Canada

À Radio-Canada, le site Internet des Jeux olympiques est devenu une très grosse affaire. Simple page Web en 1996 lors des jeux d'Atlanta, présentant pour la première fois des reportages exclusifs en 2000 à Sydney, le site radio-canadien est maintenant équipé pour carrément faire concurrence à la télévision. En plus d'y trouver une masse d'informations en tous genres et d'éléments audio et vidéo, on pourra y lire cette année les propos exclusifs d'une cyberjournaliste et de deux chroniqueurs, les athlètes Marc Gagnon et Jean-Luc Brassard, ce dernier se promenant avec sa caméra numérique à Turin pour proposer sa propre vision de l'événement.

Lors des Jeux d'Atlanta en 2004 le site a connu 5,8 millions de visites pendant la période olympique, avec un sommet atteint le 24 août, journée où Alexandre Despatie était en compétition, alors que site avait enregistré 517 574 visites, un record dans l'histoire de ce site Internet (le site de Radio-Canada reçoit environ de 300 000 et 330 000 visites par jour).

Radio-Canada propose également une émission quotidienne en baladodiffusion qui peut être téléchargée sur les ordinateurs et les baladeurs numériques sans qu'on soit obligé de demeurer devant son téléviseur. Bref, nous sommes vraiment à la croisée des chemins, avec un nombre encore massif de téléspectateurs devant le petit écran, mais un développement accéléré des nouveaux modes de consommation de l'événement. La suite en juin, avec le Mondial de soccer qui devrait permettre de franchir de nouvelles étapes.

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