Le pari de Parizeau

Ma chronique de jeudi figurera sans doute en bonne place dans mon mea-culpa de fin d'année. Toute interprétation d'un sondage défectueux comme le dernier CROP-La Presse le devient nécessairement elle-même.

Contrairement à ceux qui font de la politique, un chroniqueur peut difficilement refuser de commenter les sondages ou se contenter de patiner. Je ne peux donc donner aucune garantie pour l'avenir. Ce sont les risques du métier. Heureusement, je sais pouvoir compter sur la vigilance des lecteurs du Devoir pour me le rappeler au besoin.

Peu importe les chiffres de CROP, je demeure d'avis que le résultat des élections du 23 janvier représente en soi un sérieux défi pour le camp souverainiste. Que le OUI se situe à 44 ou à 41 %, cela se rapproche beaucoup de la fourchette de 40-43 % à l'intérieur de laquelle il a oscillé pendant les cinq années qui ont précédé l'éclatement du scandale des commandites.

On est très loin des 55 % dont CROP le créditait en juin dernier. L'esprit du «beau risque» demeure bien vivant chez une partie significative de la population. Évidemment, on peut toujours faire l'hypothèse que CROP avait volontairement gonflé les chiffres pour mieux déstabiliser le camp souverainiste par la suite! Le climat semble être à la paranoïa ces jours-ci.

S'étant réfugié dans le mutisme le plus complet tout au long de la campagne électorale, Jacques Parizeau avait toute latitude pour évaluer, sans risquer de se contredire, la portée de l'ouverture faite par Stephen Harper. L'analyse qu'il en a faite jeudi à l'Université Laval devrait convaincre les souverainistes qu'ils auraient tort de la prendre à la légère.

***

Contrairement à André Boisclair, M. Parizeau n'a pas cherché à minimiser les engagements pris par M. Harper dans son discours du 19 décembre devant les membres de la Chambre de commerce de Québec. Au contraire, il a trouvé la plate-forme conservatrice «extraordinaire» en ce qui concerne le Québec. C'est même à se demander s'il n'exagère pas un peu.

L'ancien premier ministre fait plutôt le pari que le Canada anglais n'acceptera pas de faire une place au Québec au sein des organismes internationaux, comme il n'avait pas accepté qu'il soit reconnu comme «société distincte» dans l'accord du Lac-Meech. Au bout du compte, malgré toute sa bonne volonté, M. Harper sera aussi incapable de livrer la marchandise que Brian Mulroney l'a été, croit M. Parizeau.

Jean Lapierre fait exactement la même analyse quand il dit craindre qu'après avoir promis mer et monde aux Québécois, M. Harper affaiblira encore plus la cause du fédéralisme s'il ne respecte pas ses engagements. Faut-il comprendre que M. Lapierre tentera maintenant de convaincre ses collègues libéraux d'appuyer le gouvernement conservateur dans sa démarche?

Il est vrai qu'en ce qui concerne l'UNESCO, M. Harper en a mis plus que le client en demandait. Le gouvernement Charest se serait contenté d'une place au sein de la délégation canadienne alors que le chef conservateur a promis d'accorder au Québec le même statut qu'au Sommet de la Francophonie. Encore faudrait-il s'assurer que l'UNESCO le permette.

Des voix s'élèveront certainement au Canada anglais pour s'indigner de ce crime de lèse-souveraineté canadienne, mais il se peut aussi qu'on y comprenne que l'encadrement imposé au Québec le rendrait bien inoffensif et qu'il s'agirait d'un bien petit prix à payer pour renforcer l'unité du pays.

On peut penser que M. Harper se montrera d'autant plus déterminé à vaincre les résistances que le Québec pourrait bien devenir la clé d'un éventuelle majorité conservatrice à la Chambre des communes. Le nouveau premier ministre donne l'impression d'être un homme qui sait très bien ou se trouve son intérêt.

M. Parizeau reconnaît avoir eu peur pendant la période de Meech et Charlottetown. Pour le camp souverainiste, une entente qui aurait permis le retour du Québec dans le giron constitutionnel aurait été catastrophique. M. Parizeau a finalement gagné son pari, mais l'histoire ne se répète pas nécessairement. Il arrive même qu'on apprenne de ses erreurs et, d'un point de vue fédéraliste, le rejet de l'accord du Lac-Meech en était manifestement une.

***

M. Parizeau prévoit avec raison que la correction du déséquilibre fiscal sera une «longue et grosse opération» et se demande si sa condition minoritaire laissera suffisamment de temps au gouvernement Harper.

S'il a simplement besoin de temps, les Québécois pourraient très bien décider de lui en donner. Pour peu qu'il commence à donner des preuves de sa bonne foi, d'autres régions risquent d'imiter celle de Québec lors des prochaines élections. À voir les gros candidats à la succession de Paul Martin se désister les uns après les autres, la reconstruction du Parti libéral pourrait être longue.

Comme on dit, il faut être deux pour danser le tango. Si les Québécois choisissent d'accorder du temps à M. Harper, ils devraient logiquement s'assurer qu'il ait en face de lui un interlocuteur intéressé à collaborer. Il serait contradictoire de lui donner le mandat de renouveler le fédéralisme et de donner au PQ celui de tenir un référendum sur la souveraineté. Bien entendu, cela suppose que le gouvernement Charest donne aux électeurs un minimum de satisfaction d'ici la fin de son mandat.

M. Parizeau a reproché au Bloc québécois d'avoir adopté une stratégie trop négative pendant la campagne fédérale et trouve inquiétant que le PQ n'insiste pas plus sur les avantages de la souveraineté.

La chose lui avait peut-être échappé, mais cela fait dix ans que le mouvement souverainiste carbure à l'indignation. Il est vrai qu'il y a eu de la matière: le renvoi en Cour suprême, l'Union sociale, la Loi sur la clarté, le scandale des commandites, Option Canada, CROP... On peut comprendre que Gilles Duceppe et André Boisclair soient un peu déconcertés par un homme qui ne semble pas animé d'intentions guerrières.

mdavid@ledevoir.com

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.

1 commentaire
  • FARID KODSI - Inscrit 4 février 2006 19 h 12

    Le dernier pari de Parizeau

    Il ne reste qu'un seul pari à Parizeau, celui de disparaître dans l'oubli et l'ignorance d'un grand bourgeois qui désirait l'indépendance pour sa propre gloire et la séparation pour semer la division au sein du Canada, c'est un homme du passé tout comme les Lévesque, Bourgault, Bouchard et très bientôt pépère Duceppe. Les Québécois se désintéressent de plus en plus à ces vieux discours de rancoeur et de révolte, ils veulent la paix, la sainte paix.