Et puis euh: On a tous besoin de quelqu'un

D'abord, avant que d'entrer dans le vif du sujet, une petite chose: contrairement à ce qu'on essaie de vous faire croire, Théo ne connaît pas une période atroce. Il ne se trouve pas au fond du baril. Il n'a pas complètement perdu ses moyens.

En fait, selon mes sources postées au fond du filet du Canadien et qui affichent leurs ecchymoses comme autant de trophées à la gloire de la tradition tricolore disparue — Georges Vézina, George Hainsworth, Bill Durnan, Gerry McNeil, Jacques Plante, Gump Worsley, Rogatien Vachon, Ken Dryden, Patrick Roy, et les sources se retiennent à deux mains pour ne pas évoquer Mike Karakas, Cesare Maniago, Ernie Wakely, Doug Soetaert, Randy Exelby et Olivier Michaud —, Théo est plutôt en train de lancer une nouvelle mode. L'avant-garde de la tendance, toujours.

Regardons un peu ce qui s'est passé au baseball. Il y a quelques décennies, presque tous les lanceurs complétaient leurs matchs, que ça aille bien ou pas. Puis est apparu le lanceur de relève. Le temps a passé, et la fin du monde ne s'est pas produite. Aujourd'hui, il est rarissime qu'un match de balle soit disputé sans qu'un releveur intervienne. Or, comme le baseball, tout le monde sait ça, est un fichu beau lieu d'enseignement des mystères de la vie, on ne peut tirer qu'une grande leçon humaine: la plupart du temps, on a besoin de l'aide de quelqu'un.

Aussi Théo est-il en train d'inventer le gardien de relève. Et il y aurait là un profond appel de détresse, allant bien au delà du hockey, que je n'en serais pas surpris outre mesure (à moins, bien sûr, qu'il ne s'agisse avant tout de créer de l'emploi chez les Français expatriés au Québec). Je communique avec le doc Mailloux et vous reviens là-dessus.

Par ailleurs, une autre précision s'impose: il y a des zexperts qui racontent qu'il est humiliant pour un gardien de but de se faire sortir pendant un match, et encore plus humiliant de se faire sortir pendant une période, devant tout le monde qui rit de vous et parle de votre salaire à voix basse avec un sourire entendu, des trémolos d'envie et une haleine de scandale. Mais les cerbères n'ont vraiment pas de quoi se plaindre: si les choses se passaient comme dans l'univers sans merci du baseball, le coach partirait du banc, il marcherait très très très lentement sur la glace (du même pas que lorsque nous jouions au hockey bottine), se rendrait jusqu'au filet, jaserait deux trois minutes avec le gardien dépité jusqu'à ce que l'arbitre vienne l'avertir, lui demanderait la rondelle, puis lui signifierait de ficher le camp devant tout le monde. (Le gardien, évidemment, n'aurait pas la rondelle parce qu'il viendrait de se faire scorer un autre but avec, mais le mime ne serait pas interdit.) Il est à noter que le gardien a en plus l'avantage, par rapport au lanceur, de porter un masque, ce qui lui permet de dissimuler sa purpurine pommette. De là, d'ailleurs, à penser qu'il serait souhaitable que l'on revienne à la pratique de cerbérer avec pas de masque, il n'y a qu'un pas, mais il faut le franchir avec force précautions de crainte que l'entraîneur, qui ne l'oublions pas n'est pas encore revenu au banc, ne se retrouve les quatre fers en l'air et que l'on exige dès lors son congédiement dans les tribunes téléphoniques.

Par ailleurs, une autre précision s'impose: il y a des zexperts qui racontent qu'il est humiliant pour un gardien de but de se faire sortir pendant un match, et encore plus humiliant de se faire sortir pendant une période, devant tout le monde qui rit de vous et parle de votre salaire à voix basse avec un sourire entendu, des trémolos d'envie et une haleine de scandale. Mais les cerbères n'ont vraiment pas de quoi se plaindre: si les choses se passaient comme dans l'univers sans merci du baseball, le coach partirait du banc, il marcherait très très très lentement sur la glace (du même pas que lorsque nous jouions au hockey bottine), se rendrait jusqu'au filet, jaserait deux trois minutes avec le gardien dépité jusqu'à ce que l'arbitre vienne l'avertir, lui demanderait la rondelle, puis lui signifierait de ficher le camp devant tout le monde. (Le gardien, évidemment, n'aurait pas la rondelle parce qu'il viendrait de se faire scorer un autre but avec, mais le mime ne serait pas interdit.) Il est à noter que le gardien a en plus l'avantage, par rapport au lanceur, de porter un masque, ce qui lui permet de dissimuler sa purpurine pommette. De là, d'ailleurs, à penser qu'il serait souhaitable que l'on revienne à la pratique de cerbérer avec pas de masque, il n'y a qu'un pas, mais il faut le franchir avec force précautions de crainte que l'entraîneur, qui ne l'oublions pas n'est pas encore revenu au banc, ne se retrouve les quatre fers en l'air et que l'on exige dès lors son congédiement dans les tribunes téléphoniques.

En revanche, si, à l'instar du receveur, le gardien pouvait ordonner par signaux la nature du prochain tir, peut-être que Théo en arrêterait plus.

***

Souventes fois, comme disait Jean-Pierre Roy, de ténébreux loustics m'accostent et me demandent tout de go: «Et puis, Chose, qui qui va gagner le Super Bowl?» Si vous voulez mon avis tellement humble qu'il se fait retirer du match tôt en deuxième période après avoir accordé cinq buts, c'est une excellente question. Mais souventes fois, ainsi que je l'appris en bas âge, le problème dans une question, c'est la réponse.

Mettons donc une chose au clair: les preneurs aux livres de Vegas ont établi les Steelers favoris par quatre points, mais cela ne signifie pas, mais alors là pas du tout, qu'ils prédisent que les Steelers vont gagner par quatre points. Ils ne savent que dalle du score final, les preneurs aux livres, mais ils savent comment gagner de l'argent. C'est tout.

Cela fonctionne en effet comme ceci: au terme d'une savante analyse, les preneurs aux livres établissent simplement quelle marge va faire en sorte que les parieurs se divisent le plus également possible de part et d'autre d'un enjeu. En somme, ils n'anticipent pas le dénouement d'un match, ils pénètrent dans le Ford intérieur du parieur moyen pour déterminer ce que lui pense du dénouement en question. Ils s'arrangent pour que les sommes misées pour et contre soient égales (et donc que les perdants paient les gagnants), ils prennent leur cote de, mettons, 5 % sur l'ensemble des paris, puis ils rigolent jusqu'au guichet automatique.

Pour cette raison, il peut arriver qu'une cote bouge pendant les jours précédant un match: c'est le cas si trop de parieurs se réfugient du même côté. À l'occasion du Super Bowl San Francisco-San Diego de 1995, par exemple, les 49ers avaient commencé la semaine avec un avantage de 13,5 points et l'avaient finie à 19,5 parce que les clients faisaient horriblement peu confiance aux Chargers. Les 49ers n'étaient pas devenus subitement meilleurs.

C'est donc dire que cette marge de 4 ne signifie rien, sinon que les Steelers ont une équipe plus connue et plus aimée — rationnellement ou non — que les Seahawks et qu'ils ont connu des séries plus impressionnantes. Le reste, c'est pile ou face. Samedi, nous verrons d'ailleurs avec époustouflance et preuves à l'appui qui va remporter ce Super Bowl XL, pourquoi, comment, où, quand, le tout accompagné de délicieuses ailes de poulet assaisonnées.

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